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L'Argentine légalise l'avortement

Des dizaines de femmes habillées de vert manifestent leur joie.

Les Argentins prochoix célèbrent mercredi la légalisation de l'avortement par le Congrès.

Photo : Getty Images / Ricardo Ceppi

Agence France-Presse

L'Argentine est devenue mercredi l'une des rares nations d'Amérique du Sud à autoriser l'avortement, après l'adoption par le Congrès d'une loi qui a profondément divisé l'opinion publique.

Déjà approuvé par les députés le 11 décembre, le texte autorisant l'avortement jusqu'à 14 semaines de grossesse a été voté par les sénateurs avec 38 voix pour, 29 contre et une abstention, deux ans après l'échec d'une première tentative qui avait déjà secoué le pays.

C'est devenu une loi et cela passe désormais dans les mains de l'exécutif, s'est félicitée la présidente du Sénat et ancienne chef de l'État, Cristina Kirchner, à l'issue d'un débat homérique de plus de 12 heures.

Des milliers de partisans du oui ont manifesté leur joie devant le parlement, où seulement quelques sénateurs étaient présents, la plupart débattant par visioconférence en raison de la pandémie de COVID-19.

Alors que les députés avaient adopté le texte par 131 voix pour, 117 contre et six abstentions, le vote du Sénat, réputé plus conservateur, semblait loin d'être acquis.

En 2018, le Sénat avait rejeté par sept voix un texte similaire.

Auparavant, l'avortement n'était permis en Argentine qu'en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère, selon une loi datant de 1921. Le pays, encore très catholique, est profondément divisé sur la question.

Cette loi n'oblige pas à avorter, elle ne promeut pas l'avortement, elle lui donne seulement un cadre légal, a déclaré au cours des débats le sénateur membre de la majorité Sergio Leavy.

Pour tenter de convaincre les sénateurs de voter le texte, ce dernier incluait la possibilité pour les médecins d'invoquer leur objection de conscience.

Le président de centre gauche Alberto Fernandez, au pouvoir depuis fin 2018, avait promis pendant sa campagne de soumettre à nouveau la légalisation de l’avortement aux parlementaires.

Je suis catholique, mais je dois légiférer pour tous, c'est un sujet de santé publique très sérieux, a récemment déclaré le chef d'État.

Mais tous les sénateurs de sa majorité ne sont pas favorables au texte.

Les pour et les contre

Le pape argentin François, jusque-là silencieux sur la question, a publié mardi un message sur Twitter dans lequel il souligne que le Fils de Dieu est né rejeté pour nous dire que toute personne rejetée est un enfant de Dieu. Il est venu au monde comme un enfant vient au monde, faible et fragile, afin que nous puissions accepter nos faiblesses avec tendresse.

Bien que ne faisant pas référence explicitement au débat, le message a été interprété par la presse argentine comme un rejet de la loi.

Malgré la pandémie, plusieurs milliers d'Argentins s'étaient rassemblés à proximité du parlement pour exprimer leur soutien ou leur rejet du texte, avec force banderoles, musique et écrans géants transmettant les débats en direct.

L'Église catholique et les protestants évangéliques, opposés au texte, avaient lancé un appel à s'unir pour implorer le respect et le soin de la vie à naître, avec une journée de jeûne et de prière.

Les proavortement, ralliés autour de la couleur verte, ont fait une intense campagne sur les réseaux sociaux. En particulier la Campagne pour un avortement légal, sûr et gratuit, qui regroupe plus de 300 organisations féministes, déjà très mobilisées en 2018.

Selon le gouvernement, entre 370 000 et 520 000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année dans le pays de 44 millions d'habitants, où 38 000 femmes sont hospitalisées pour complications lors d'avortements clandestins.

Parallèlement au projet de loi autorisant l’avortement, un autre projet de loi crée une allocation des 1000 jours destinée à soutenir les mères de famille pendant leur grossesse et les premières années de l'enfant, de façon à réduire les avortements pour raisons économiques.

Avec ce texte, l'Argentine rejoint Cuba, l'Uruguay, la Guyane et la province de Mexico, les seuls à autoriser l'avortement sans condition en Amérique latine.

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