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Une ancienne psychologue revient de voyage... et rend visite à des aînés

Un pilote marche à l'aéroport Montréal Trudeau, le 29 décembre 2020.

Une ancienne psychologue de l’Estrie qui conteste les mesures sanitaires est visée par de nombreuses plaintes après un voyage.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Une ancienne psychologue d’Estrie qui conteste les mesures sanitaires est visée par une enquête en raison de nombreux signalements à la police. Dans des vidéos qu’elle a partagées elle-même sur Facebook quelques jours après avoir atterri au Canada et qui ont depuis été retirées, la femme fait des accolades à des personnes âgées, sans masque, dans le but de « leur apporter du bonheur ».

Ses agissements ont soulevé l’ire de nombreux citoyens, qui l’ont dénoncée aux autorités. Rappelons que les personnes revenant de voyage doivent se soumettre, sous ordre du gouvernement fédéral, à une quarantaine obligatoire de 14 jours. Pendant cette période, ils ne peuvent pas quitter leur domicile, sauf pour obtenir des services médicaux d’urgence ou essentiels, ou dans des situations préautorisées.

Contactée par Radio-Canada, la femme en question indique avoir reçu des menaces de mort de la part d’internautes après qu’un militant eut partagé sa vidéo sur Internet, et craindre pour sa sécurité. Elle souligne aussi qu’elle n’a reçu aucune critique de la santé publique ni d’amende, et n’a pas tenu à commenter la situation davantage.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a indiqué, dans un courriel à Radio-Canada, être au fait de la situation et la suivre de près.

Le bris d'une quarantaine peu importe le motif n'est pas endossé par la Direction de santé publique, puisque cela peut mettre à risque la santé et la sécurité d'autres personnes, surtout celles les plus vulnérables comme les personnes âgées.

Une citation de :Marie-France Thibeault, relationniste au CIUSSS de l’Estrie-CHUS

Comme la Loi sur la quarantaine est de compétence fédérale, le CIUSSS indique avoir averti les responsables de quarantaine de l’Agence de la santé publique du Canada.

La Régie de police de Memphrémagog a aussi reçu des plaintes de citoyens. Encore une fois, comme il s’agit d’une loi fédérale, l’information a été transférée à la GRC, explique Denis Lafond, attaché aux communications. La femme n’a toutefois reçu aucun constat d’infraction.

Selon le site Internet du gouvernement du Canada, les gens qui enfreignent la Loi sur la mise en quarantaine s’exposent à un maximum de six mois d’emprisonnement ou à 750 000 $ d’amende.

Si le non-respect de quarantaine entraîne la mort ou des lésions corporelles graves à quelqu’un d’autre, ces peines maximales peuvent s’élever à 1 000 000 $ ou à trois ans d’emprisonnement.

Plus membre de l’Ordre des psychologues du Québec

L’Ordre des psychologues du Québec se dissocie de la femme et de ses agissements, puisqu’elle a démissionné du tableau des membres en 2019.

Elle n’est plus membre de l’Ordre des psychologues, elle ne peut plus porter le titre de psychologue et ne peut plus non plus pratiquer la psychologie à titre de psychologue, explique la Dre Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec.

Elle explique que cette démission signifie que la femme, qui se présente comme psychologue à la retraite, n’a pas non plus le droit de revendiquer ce titre. L’Ordre a d’ailleurs reçu des plaintes du public à ce sujet.

Elle n’est pas inscrite comme membre à la retraite, elle n’est plus membre, point final. Ça induit les gens en erreur de porter le titre de psychologue retraitée, et elle ne peut plus porter ce titre-là, martèle-t-elle.

Les mots de madame [...] lui appartiennent, comme n’importe quelle citoyenne, elle peut dire ce qu’elle veut, mais elle ne peut pas le faire à titre de psychologue ni de psychologue retraitée, conclut-elle.

Un discours classique

Ce n’est pas la première fois que l’ancienne psychologue s’oppose aux mesures sanitaires. Depuis plusieurs mois, elle partage sur ses pages Facebook et YouTube son désaccord avec le confinement.

Selon Marie-Ève Carignan, professeure au Département de communication de l’Université de Sherbrooke et experte en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, ce genre de discours et d'agissements pourrait rallier des gens rendus plus vulnérables par la pandémie.

D’avoir des gens comme ça qui démontrent de la compassion, qui ont l’air très sincères, ça va venir chercher des gens qui n’ont peut-être pas le profil de base qu’on pensait qu’ils adhéreraient aux thèses complotistes. Mais dans une situation où ils se sentent vulnérables et où ils ont besoin d’être rassurés, c’est un discours qui va les rassurer et ils vont adhérer à cette vision des choses là.

Une citation de :Marie-Ève Carignan, professeure au Département de communication de l’Université de Sherbrooke et directrice du Pôle médias de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents

Eux croient vraiment propager peut-être le bien pour de vrai, très sincèrement, en disant : "On se fait tromper par les mesures sanitaires, les médias ne disent pas toute la vérité, nous, on va montrer qu’on est pleins de compassion, puis que ce qu’on veut, c’est le bien", ajoute-t-elle.

Or ces discours peuvent se révéler dangereux.

En faisant ça, comme ils nient les mesures sanitaires, ce dont ils ne se rendent pas compte, c’est tous les risques de contagion qu’ils vont transmettre en se promenant d’une personne à l’autre. C’est là qu’il y a des mouvements très durs entre ceux qui sont très promesures et certaines personnes qui sont antimesures, parce qu’on les accuse de mettre la vie des autres en danger.

Elle rappelle que le dialogue, l’empathie et l’écoute sont de bons moyens d'interagir avec les gens qui refuseraient de suivre les mesures sanitaires.

Dire : "Il y a une partie de votre discours qu’on peut comprendre. On comprend que vous soyez tannés des mesures, on comprend que vous aimeriez être à proximité". [...] En commençant un dialogue, on se rend compte qu’on est quand même capables de se rejoindre sur certains points et de susciter une certaine prise de conscience sur les gens qui adhèrent à ce mouvement-là, suggère-t-elle.

D'après les informations d'Alexis Tremblay

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