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La popularité des personnages d’influence générés par ordinateur explose

Une humanoïde prend la pose avec un chandail jaune sur un fond sobre.

Shudu est une mannequin influenceuse générée par ordinateur.

Photo : Shudu.Gram/Instagram

CBC News

Avant que Hope Jacobson ne se lance dans l'exploration de l'univers des influenceuses et influenceurs virtuels dans le cadre d'un travail universitaire, elle avait déjà été attirée par le sujet en tant qu'amatrice. Plus elle suivait l’avatar Miquela sur les réseaux sociaux, plus elle trouvait son personnage réaliste.

Miquela, qui se décrit elle-même comme un robot de 19 ans, mélange l'humour et le style dramatique de la téléréalité sur les réseaux sociaux, qu’elle utilise un peu comme un journal intime.

D'une manière étrange, elle est très humaine.

Une citation de :Hope Jacobson

Ces avatars d’influence sont parfois caricaturaux, parfois étonnamment réalistes, mais toujours des plus attachants pour leur public. Leur objectif : entretenir leur communauté.

Et pour les publicitaires, cette offre est très alléchante. Nullement contraints dans leurs mouvements ou leurs activités, ces personnages fictifs peuvent accomplir ce que les internautes ordinaires ne peuvent tout simplement pas faire en temps de pandémie.

Avec la fermeture d'une grande partie du monde du divertissement, c'était un bon moment pour ces avatars, croit Paul Budnitz, PDG de Superplastic. Cette entreprise du Vermont, qu’il décrit comme une société de gestion pour les célébrités animées, possède sa propre collection de personnages virtuels.

Ils ne transmettront à personne la COVID-19.

Une citation de :Paul Budnitz

Une grande influence

Guggimon, un personnage en forme de lapin brandissant une hache, a été créé par cette firme originaire du Mile End à Montréal. Il compte quelque 1,4 million d’abonnements sur Instagram, ce qui correspond à plus de portée sur le réseau social que des joueurs du Canadien de Montréal, mais beaucoup moins que Céline Dion, par exemple.

Je n'ai pas l'impression que l'expérience est différente de celle de suivre une célébrité humaine, indique Paul Budnitz.

Les jouets à l’effigie de Guggimon partent comme des petits pains. Avant la pandémie, le magasin Toronto Collective organisait même des fêtes de lancement de produits avec des DJ et des concours de danse de rue.

Un lapin à l'apparence humaine tient un verre de vin dans la main, porte un chandail Pride, le tout sur un fond de fleurs.

L'influenceur virtuel Guggimon.

Photo : Compte Instagram de Guggimon

Sean Commandant, copropriétaire de Toronto Collective, qualifie ces jouets de super, super populaires. Lors d'une entrevue récente dans sa boutique du quartier chinois de Toronto, il s'est demandé si les personnages en ligne, poussant leur public vers des compagnies telles que la marque de mode de luxe Gucci, ne deviendraient pas plus populaires dans les années à venir.

Les vedettes virtuelles de Superplastic ont par ailleurs des projets médiatiques assez importants à venir, impliquant notamment le cinéma et la diffusion en continu.

En octobre, Miquela a été photographiée devant un restaurant McDonald's, portant des bottes de la marque Timberland. Avec ses quelque 2,9 millions d'adeptes sur Instagram, l’influenceuse virtuelle prouve la croissance générale que connaît cette industrie dont la valeur était estimée à 8 milliards de dollars américains en 2019 et qui pourrait presque doubler d'ici 2022.

Selon le site virtualhumans.org, qui suit l'industrie, des centaines de ces personnages virtuels peuplent les réseaux sociaux. Beaucoup se vantent de compter des centaines de milliers – voire des millions – d’abonnements sur Instagram, TikTok, YouTube et autres plateformes.

Un rapport récent de Hype Auditor, une société d'analyse des réseaux sociaux, suggère que ces leaders d’opinion virtuels ont un taux d'engagement presque trois fois supérieur à celui des véritables internautes d’influence.

Risques de dérapage

Hope Jacobson, qui a récemment obtenu un diplôme de sociologie au Loras College de l'Iowa, s'est concentrée sur les personnages générés par ordinateur pour son projet de fin d'études.

Il n'est pas aussi clair [si] c'est une tendance positive ou une tendance effrayante. [...] Il y a beaucoup de zones d'ombre ici, soutient-elle.

Elle soulève également des questions sur l'appropriation culturelle et la transparence, car ces avatars ont souvent une équipe créative derrière eux, qui conçoit leurs vêtements, écrit leurs messages sur les réseaux sociaux et signe des accords promotionnels pour les rendre lucratifs.

Mais pour plusieurs, cette industrie peut poser problème, surtout quand on pense que les personnes qui gagnent de l'argent n'ont rien à voir avec le personnage. Et le malaise est encore plus palpable lorsque l'avatar se présente comme une personne racisée.

À commencer par la première mannequin virtuelle, Shudu, qui se décrit elle-même comme telle. Cette dernière représente une femme racisée, grande et mince. Le hic : le personnage est en fait la création d’un homme blanc.

D'autres robots influenceurs publient régulièrement des messages mettant en lumière des causes sociales, comme la campagne Black Lives Matter, en éclipsant le vécu de personnes réelles.

Un manque de transparence

Makana Chock, professeure associée à l'école de communication publique de l'Université de Syracuse, souligne que la tendance des faux personnages promouvant de vrais produits n'est pas nouvelle.

Nous avons passé des décennies à nous faire vendre des céréales par un tigre en dessin animé, lance-t-elle, en faisant référence à Tony, la mascotte des Frosted Flakes.

Cependant, selon Mme Chock, l'arrivée d'avatars réels avec des personnalités et des histoires de fond crée un problème potentiel de transparence.

Le grand problème sera de savoir si les entreprises qui produisent ces avatars le font sans en informer le public.

Une citation de :Makana Chock

La professeure craint que les entreprises soient tentées de brouiller la ligne entre réalité et fantaisie en ne déclarant pas ouvertement que le personnage n'est pas le même que celui qui tire les ficelles, surtout avec la montée de l'intelligence artificielle.

Mais les robots influenceurs ne signifient pas la fin pour les personnalités du web en chair et en os.

Il y aura toujours un marché pour les vrais influenceurs et influenceuses, croit Makana Chock.

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