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Un concert unique avec des cloches d’église

Les travaux dans le clocher d’une église du Centre-Sud, à Montréal, auraient dû sonner le glas de ses cinq cloches. Mais le sens de la persuasion du compositeur et chef de chœur André Pappathomas permet d’envisager, à travers une série de concerts, la mise en valeur de ces éléments du patrimoine sonore du quartier.

Trois des cloches, installées dans la rangée de côté, font face aux gradins. Elles sont munies de leur système de balancement.

Les socles sur lesquels sont fixées les cloches ont été réalisés par le sculpteur André Fournelle.

Photo : André Querry

Mathias Marchal

L'année 2020 se termine sur un aboutissement heureux pour M. Pappathomas, fondateur de l’Ensemble Mruta Mertsi.

Depuis que l’archevêché de Montréal a accepté de sauver les cloches de l’église du Sacré-cœur-de-Jésus, au lieu de les entreposer ad vitam aeternam, à la suite des travaux dans le clocher, il a désormais à sa disposition cinq grandes cloches centenaires qui pèsent ensemble près de 9000 kilos.

Il y a Pierre-Pie-Paul (dit le grand Do, ou le bourdon), Jules (le Fa), Anne-Marie (le Sol), Marthe-Marie (le La), François-Paul (le Do à l'octave).

La grue rétractable d'un camion fait passer une cloche par la grande porte de l'église.

Comme dans beaucoup d'églises, les cloches ont mis à mal la structure du clocher, qui a été raccourci dans le cadre des travaux.

Photo : André Querry

Pierre-Pie-Paul est resté sur le parvis, parce que le camion-grue n’était pas assez costaud pour le déplacer jusqu’au pont coulissant, chargé ensuite de lui faire passer les marches menant au cœur de l’église de la rue Ontario.

Dans le clocher, il y a encore le système d’engrenage qui a permis en 1907 de hisser à bras d'homme les cloches tout en en haut. Imagine la finesse et la puissance du système utilisé alors!

Une citation de :André Pappathomas

Depuis 40 ans qu’il se spécialise dans l’importation, l’installation et la maintenance de cloches et de carillons, Michel Lucien Rowan a visité plus de 200 villes, principalement en Europe, pour assouvir sa passion.

D’après ses archives, 800 à 1000 cloches (environ 10 %) ont été décrochées de leur clocher d’origine au Québec ces 30 dernières années. Elles sont parfois revendues au Canada ou à l’étranger, transférées dans d’autres églises, entreposées ou même revendues à des ferrailleurs.

Selon lui, le projet du Sacré-cœur-de-Jésus est unique en son genre. Si des églises ont déjà exposé, par le passé, une de leurs cloches, en garder un jeu complet serait probablement une première, dit-il.

Des cloches qui clochent?

La plus jeune des cloches, c’est Jules, 97 ans l’année prochaine. Son prédécesseur ayant fait une chute fatale d’une vingtaine de mètres lors de l’incendie de 1922, les fidèles ont dû se cotiser pour la remplacer. Les cloches de l’église sont fabriquées dans les Alpes françaises par la fonderie Paccard, qui se transmet de père en fils depuis 1796 (sept générations).

Les deux hommes regardent les visages sculptés sur la cloche où on voit plusieurs visages portant la moustache.

André Pappathomas et Daniel Leroux admirent la finesse des détails sculptés de la couronne de la cloche.

Photo : Mathias marchal

Après plus d'un siècle à sonner aux quatre vents, les cloches n'ont toutefois plus entre elles la même justesse des écarts entre leurs notes. Par exemple, si on fait résonner Jules conjointement avec Pierre-Pie-Paul (le grand Do), on obtient un écart de tierce majeure, c'est-à-dire, un Mi (au lieu du Fa attendu).

Il y aura des défis inspirants dans le travail de composition et d'interprétation des futures pièces qui seront conçues pour ces cloches, prévoit André Pappathomas.

Avec les différents instrumentistes qui seront impliqués dans les concerts pour cloches, il faudra développer des approches nouvelles d'ordre technique et même stylistique, afin de mettre en valeur la pertinence de l’utilisation des cloches dans la composition musicale.

Une citation de :André Pappathomas

Des chercheurs sur la c(l)oche

Pour mettre en valeur les cloches, André Pappathomas entrevoit plusieurs avenues. Une portion muséale mettra en vedette différents artéfacts reliés à la bande de cloches qui, au passage, seront assises sur des socles en bois de pruche, œuvre du sculpteur André Fournelle. Et un concert musical, où les cloches sont invitées à tinter de concert avec l’orgue, des instruments à vent, à cordes et des solistes.

Le lecteur (mélomane) averti aura noté, dans le paragraphe précédent, l’usage du verbe tinter. En effet, pas question de faire lancer une volée de cloches dans l’église (c’est-à-dire les faire osciller, comme dans le clocher), sous peine de vriller les tympans des spectateurs…

Car oui, ça vibre énormément une cloche, même lancée à une fraction de sa hauteur (voir la vidéo ci-dessous où le téléphone portable ne rend pas justice à l’effet de vibration qui dure plusieurs secondes après la fin du son).

Test de cloches

Cela pourra peut-être surprendre certains puristes, mais des percussionnistes frapperont à des endroits bien précis sur les différentes cloches pour en faire sortir des notes, oui moins puissantes, mais tout aussi expressives.

Il n’y a pas encore de joueurs de cloches d’église, ni au Québec ni ailleurs, et celles-ci sont bien plus complexes que leur apparence ne le laisse présager. Regarde, si je cogne légèrement en haut de la robe de la cloche, je sors une note complètement différente que si je tape 20 centimètres plus bas, illustre André Pappathomas.

Ce dernier travaillera donc avec deux percussionnistes et chercheurs, Olivier Maranda et François Gauthier, afin de cartographier où se cachent les différentes notes de chaque cloche. Ces recherches, ainsi que l’amorce de l’écriture d’un répertoire pour cinq grandes cloches, mèneront à une suite de concerts qu’André Pappathomas espère pouvoir présenter d’ici l’été.

Une vue en gros plan de l'une des cloches. On y voit notamment une représentation du Christ en croix, ainsi que des indications sur le nom et la localisation de la fonderie.

Les motifs et les inscriptions que l'on retrouve sur une cloche sont installés en négatif sur le moule en argile.

Photo : André Querry

Comme André Pappathomas, M. Leroux aimerait que l’initiative soit reprise ailleurs, au Québec ou en Europe.

Ces cloches font partie du patrimoine sonore du quartier, ça aurait été dommage de les perdre.

Une citation de :Daniel Leroux, organiste

Michel Lucien Rowan, lui, envie la Suisse, l’Autriche et l’Allemagne, dont la majorité de la population continue volontairement de payer la dîme à l’Église, ce qui permet de sauvegarder le patrimoine religieux.

Une vue en plan large de l'église richement décorée.

Située sur la rue Ontario, l'église du Sacré-cœur-de-Jésus abrite aussi un orgue Casavant.

Photo : André Querry

Quelques faits en rafale :

  • Une cloche neuve contient environ 78 % de cuivre et 22 % d’étain. Le moule est fait à base de brique et d’argile auxquels on ajoute encore fréquemment du crottin de cheval (Nouvelle fenêtre) et du poil de chèvre pour le solidifier.
  • Durant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont confisqué 175 000 cloches pour fabriquer armes et munitions. Un casse-tête, lorsqu’il a fallu restituer celles qui n’avaient pas été fondues.
  • Au Québec, les sonneries se font en majorité par rétrolancer (utilisation d’un contrepoids qui limite l’oscillation de la cloche), afin entre autres de préserver la solidité des clochers. Cette méthode empêche néanmoins toutes les harmoniques de s'exprimer, selon les adeptes du lancer franc, qu’on retrouve en Europe (la cloche bascule de tout son poids).
  • La plus grosse cloche à balancement est autrichienne, mais se trouve à Bucarest, dans la cathédrale nationale orthodoxe. Elle pèse 25 tonnes.

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