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Rage au volant : un employé du ministère des Transports suspendu

Un camion du ministère des transports

Le fonctionnaire a vu sa suspension réduite de cinq à trois jours par la Commission de la fonction publique.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Le ministère des Transports a suspendu l’un de ses cadres qui a été impliqué dans un cas de rage au volant et a voulu se faire justice en utilisant les caméras de surveillance du réseau routier.

Les détails de cet événement, qui aurait pu causer un carambolage majeur sur l’artère la plus achalandée à Québec, sont détaillés dans une décision de la Commission de la fonction publique, rendue il y a quelques mois.

Le cadre, Donald Lafontaine, s'est adressé à ce tribunal administratif pour contester sa suspension de cinq jours. La Commission lui a donné en partie raison, en réduisant sa suspension à trois jours.

Le centre administratif du gouvernement du Québec, où se trouve la Commission de la fonction publique, sur la rue Saint-Jean, à Québec.

La Commission de la fonction publique, sise sur la rue Saint-Jean, à Québec.

Photo : Radio-Canada / Hans David Campbell

La séquence des événements

Le 25 avril 2019, Donald Lafontaine termine son quart de travail au Centre intégré de gestion de la circulation (CIGC), à 17 h 30.

Alors que le chef de service retourne chez lui, dans sa voiture personnelle, il aperçoit un véhicule blanc qui coupe la route aux voitures et tente de se faufiler devant la sienne.

Monsieur Lafontaine ne le laisse pas passer.

Le véhicule se glisse en arrière de lui et l’automobiliste, visiblement mécontent, lui adresse des gestes incivils.

Extrait de la décision de la Commission de la fonction publique

À un feu rouge, Donald Lafontaine sort de son véhicule et se dirige vers la voiture blanche, les deux mains en l’air. Le fonctionnaire veut demander des explications à l'automobiliste qui repart lorsque le feu passe au vert.

Les choses auraient pu en rester là, mais l'employé du ministère revoit le véhicule sur l'autoroute de la Capitale, à la hauteur du boulevard Pierre-Bertrand. Il décide de le rattraper.

Donald Lafontaine active la caméra de son tableau de bord et accélère.

Autoroute Félix-Leclerc à l'heure de pointe

Le fonctionnaire a enclenché sa poursuite, en pleine heure de pointe, sur l'autoroute de la Capitale.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Nadeau

Un grand risque

L'autre automobiliste s'aperçoit qu'il est poursuivi et immobilise son véhicule, au beau milieu de l'autoroute de la Capitale.

Les deux véhicules restent immobiles pendant 23 secondes, causant un grand risque en pleine heure de pointe, constate la commissaire Nour Salah.

Après cet arrêt impromptu, l'autre véhicule se dirige vers l'accotement, suivi par le cadre du ministère, qui en profite pour alerter la Sûreté du Québec.

Quand la répartitrice demande à une collègue d'avoir accès aux caméras de surveillance, Donald Lafontaine lui indique qu'il en est le chef de service et qu'il est déjà en communication avec le centre.

Il a en effet communiqué avec un collègue pour raconter sa mésaventure et demander qu'on utilise les caméras du ministère pour documenter l'événement.

Caméras de surveillance du ministère des Transports

Caméras de surveillance du ministère des Transports

Photo : Radio-Canada / Hans David Campbell

Le véhicule blanc reprend la route et Lafontaine décide de le suivre, estimant qu'il représente un danger pour les autres automobilistes.

Une poursuite s'enclenche alors que l’automobiliste essaie de semer M. Lafontaine en faisant des manœuvres de diversion. Le fonctionnaire le rattrape sur l'autoroute Charest et le suit jusqu'au stationnement d’un commerce où les deux véhicules se font face durant trois minutes.

Les collègues fonctionnaires de Donald Lafontaine suivent l'action en direct.

Scène spectaculaire

Un autre cadre de l'organisation, qui s'est rendu dans le Centre de gestion pendant l'événement, a déploré le fait que trop d'employés regardaient les mêmes images et ne faisaient plus leur travail.

Selon ce cadre, il y avait de l'excitation dans l’air. Il qualifie les images montrant l'arrêt sur l'autoroute de scène spectaculaire.

Fin de la poursuite

M. Lafontaine continue de surveiller la voiture blanche en lui bloquant l'accès alors qu'elle se dirige vers le stationnement d’un autre commerce.

La police municipale, suivie de la Sûreté du Québec, arrive alors pour mettre fin à la poursuite du fonctionnaire.

Une policière demande à Donald Lafontaine de lui remettre son permis, ce qu'il fait tout en profitant pour lui remettre sa carte professionnelle.

Quelques mois plus tard, M. Lafontaine reçoit un constat d’infraction de 1546 $ pour avoir mis en péril la sécurité des autres usagers de la route.

Mais ce n'est pas la raison pour laquelle le ministère des Transports le suspend après l'avoir relevé de ses fonctions pendant la durée de l'enquête.

Le ministère lui reproche d'avoir mobilisé une équipe pour retrouver, et suivre — en direct — la poursuite entre les deux véhicules.

Les bureaux du Centre intégré de gestion de la circulation du ministère des Transports

Les bureaux du Centre intégré de gestion de la circulation du ministère des Transports

Photo : Radio-Canada / Hans David Campbell

Carambolage évité de justesse

En agissant de la sorte, le chef des opérations a utilisé les biens du ministère à des fins personnelles.

Lors de l’événement, lorsque les caméras sont braquées sur le stationnement, le réseau routier n’est pas surveillé, constate la juge administrative.

Son supérieur Benoit Carrier a expliqué à la juge qu'un carambolage a été évité de justesse, tout en s'inquiétant de l'image de son organisation.

Quelle mauvaise publicité pour le ministère si un accident était survenu et que l’automobiliste avait su que M. Lafontaine était un cadre du ministère et qu’il avait alerté les médias.

Extrait de la décision de la Commission de la fonction publique

M. Carrier s'était aussi soucié des répercussions de l'affaire dans un courriel transmis au sous-ministre associé, à la suite de l'événement.

Les images recueillies le montrent conduisant agressivement en tentant de rejoindre le véhicule. De plus, sur l’autoroute de la Capitale direction ouest, le conducteur du véhicule poursuivi, voyant quelqu’un lui coller au derrière, a ralenti subitement dans la voie du centre. Les images montrent avec éloquence à quel point la situation a failli engendrer un carambolage majeur sur l’artère la plus achalandée à Québec.

Extrait du courriel transmis au sous-ministre associé

Le fonctionnaire se défend

Donald Lafontaine s'est défendu en disant avoir agi pour la sécurité des automobilistes, sans en tirer un avantage personnel. Il admet avoir manqué de jugement et se montre repentant.

La commissaire note qu’il a du mal à différencier son rôle en tant que gestionnaire du CIGC et celui de simple citoyen.

M. Lafontaine a utilisé le temps des employés du ministère, ainsi que des caméras du CIGC qui ont été braquées sur un événement privé au lieu de surveiller le réseau routier public.

Nour Salah, juge administrative Commission de la fonction publique

La juge Salah souligne que le fonctionnaire est allé chercher de l’aide pour régler ses problèmes comportementaux et qu'il montre un dossier disciplinaire vierge en quatorze années de service. Elle réduit donc sa suspension de cinq à trois jours.

Pendant l'enquête, qui a duré six mois, le fonctionnaire a été relevé de ses fonctions tout en touchant son salaire.

Tout en qualifiant cette durée de longue, la juge administrative a rejeté la requête du fonctionnaire Lafontaine, qui réclamait des dommages et intérêts au ministère. Il estimait que son employeur avait porté atteinte à sa réputation, à son honneur et sa dignité.

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