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Près de Douvres, les chauffeurs bloqués célèbrent Noël dans leur camion

Deux rangées de camions immobilisés le long de la route.

Des milliers de camions sont bloqués sur les routes entre la Grande-Bretagne et la France depuis la découverte d'une nouvelle souche du coronavirus au Royaume-Uni.

Photo : Getty Images / AFP / JUSTIN TALLIS

Agence France-Presse

À part parfois un sapin miniature suspendu dans leur cabine, il n'y a pas grand-chose pour rappeler Noël sur la piste de l'ancien aéroport du sud de l'Angleterre où des milliers de routiers, bloqués loin de leur famille, attendent d'être testés pour rentrer chez eux.

C'est impossible, soupire Pawel, un chauffeur polonais de 34 ans qui fait partie des heureux élus à avoir pu être testés, interrogé par l'AFP. Je n'ai pas les mots pour décrire ce que nous ressentons. Toutes nos familles nous attendent, cela nous brise le cœur.

Testé, il compte rejoindre Folkestone, où se trouve le terminal permettant de prendre le tunnel sous la Manche, et rentrer en Pologne.

Comme lui, des milliers de chauffeurs se sont retrouvés bloqués lorsque la France, inquiète d'une nouvelle souche de nouveau coronavirus potentiellement plus contagieuse repérée dans le sud-est de l'Angleterre, a fermé ses frontières aux arrivées du Royaume-Uni. Y compris Douvres, le principal port transmanche, et le tunnel voisin, par où circulent des milliers de poids lourds tous les jours.

En plus des bas-côtés de l'autoroute M20, les camions se sont retrouvés parqués sur la piste de l'ancien aéroport de Manston, formant d'impressionnantes files qui donnent l'ampleur de la tâche à accomplir pour pouvoir tester tous les conducteurs.

« Frontières françaises fermées », peut-on lire sur un panneau de signalisation, près duquel se trouvent des gardiens de sécurité.

La fermeture de la frontière à la sortie du Royaume-Uni sème le chaos autour du port de Douvres, déjà très encombré depuis des semaines à cause des stockages de produits en vue du Brexit.

Photo : Reuters / MATTHEW CHILDS

En colère contre la France

Car si la France a autorisé le trafic à reprendre mercredi matin, elle exige un test négatif, nécessitant des jours de travail pour contrôler le statut positif ou négatif à la COVID-19, malgré la mobilisation de l'armée et d'une équipe de pompiers français. Et ce malgré les fêtes de Noël.

Selon Pawel, les chauffeurs sont furieux contre la France. Et lors de son trajet retour, il ne compte d'ailleurs pas s’y arrêter, ni pour manger, ni pour faire le plein, ni pour quoi que ce soit d'autre.

90 % des gens ici ne vont pas s'arrêter en France.

Une citation de :Pawel, chauffeur polonais immobilisé à Douvres

Pour les chauffeurs, sur la piste balayée par un vent froid, l'attente se fait quasi sans éclairage et sans certitude sur le moment où ils vont pouvoir rentrer, malgré les assurances des autorités françaises et britanniques que le trafic se poursuivrait le jour de Noël.

De plus en plus excédés, ils ont à un moment klaxonné tous ensemble pendant une demi-heure. Sur le port de Douvres voisin, certains d'entre eux ont eu des échanges musclés avec des policiers.

Nourriture, toilettes et douches

Des camionnettes sont venues leur apporter de la nourriture gratuite, des hamburgers ou des plats thaïlandais. Des associations se sont mobilisées pour leur apporter des repas chauds, notamment au sein de la communauté polonaise.

Des toilettes portables ont été installées, mais selon certains chauffeurs, elles étaient rapidement pleines.

On est coincés depuis trois jours. Ils nous ont parqués là et nous ont dit d'attendre. On doit rentrer à la maison maintenant. Peut-être qu'on arrivera à temps pour le Nouvel An.

Une citation de :Valéri, chauffeur ukrainien attendant d'être testé

Il n'y a pas d'installations, pas de douche, rien, déplore-t-il.

Selon d'autres chauffeurs, des douches ont bien été installées, mais il faut marcher longtemps pour les atteindre sur cette immense piste.

En colère, Radko Ivanov prend à partie les militaires présents, demandant d'être testé. Il accuse les chauffeurs de camionnettes de passer devant les poids lourds.

La situation est terrible, proteste ce Bulgare de 56 ans, qui dénonce le manque d'organisation. Il faut se débrouiller pour deviner quoi faire.

Un soldat cherche à l'apaiser et l'assure qu'il sera le prochain à être testé.

À la mi-journée jeudi, il restait 3200 camions sur place et au moins 1800 chauffeurs avaient déjà été testés, selon l'armée.

Au total, 320 militaires sont mobilisés pour réaliser les tests à Manston, à Douvres et sur l'autoroute M20.

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