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Les Canadiens sont moins heureux que par le passé

Un homme portant un masque passe près d'un grand arc-en-ciel collé à une vitrine.

La pandémie va « probablement changer ce que les gens considèrent comme étant important et les valeurs auxquelles ils s’attachent », estime le coéditeur du Rapport mondial de l'ONU sur le bonheur, John Helliwell.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« La pandémie a eu des répercussions sans précédent sur de nombreux aspects de la vie », indique une étude de Statistique Canada publiée plus tôt cette semaine.

Selon l’organisme public, les Canadiens se disent insatisfaits à l'égard de la vie. Ce niveau de satisfaction est à son plus bas depuis 2003. Les chercheurs recueillent cette donnée depuis maintenant 17 ans. Les personnes interrogées évaluent leur sentiment à l’égard de leur vie sur une échelle de 0 (très insatisfait) à 10 (très satisfait).

En juin 2020, la moyenne était de 6,71, en chute nette par rapport au sondage précédent, réalisé en 2018 (8,09). Lors de la dernière enquête, 40 % ont répondu moins de 6, contre seulement 12 % deux ans plus tôt.

Les jeunes de 15 à 29 ans et les populations immigrantes sont les deux catégories de population dont la satisfaction a le plus chuté, relève Statistique Canada.

Une image floue d'un homme assis sur un lit dans une petite chambre d'hôpital.

L'isolement et les difficultés financières font partie des facteurs associés à la dégradation de la santé mentale des Canadiens.

Photo : Radio-Canada

De plus, une série de sondages du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) effectués depuis mai dernier démontre que la situation psychologique des gens fluctue selon les périodes de restrictions liées à la COVID-19.

La dernière enquête, publiée à la fin du mois de novembre, montre que près d’un quart (24,3 %) des Canadiens ressent une anxiété modérée à sévère, contre 19 % en juillet, lorsque les mesures sanitaires étaient plus souples.

La moitié des personnes anxieuses indiquent par ailleurs que leur état psychique est alimenté par l’inquiétude financière.

Ottawa souhaite mieux intégrer les mesures de la qualité de vie

Outre la lutte effrénée contre la COVID-19, l’urgence actuelle repose sur la relance économique, que les divers niveaux de gouvernement s’échinent à amorcer.

Ainsi, le gouvernement fédéral table sur un plan de relance chiffré de 70 à 100 milliards de dollars sur trois ans lors de son prochain budget, prévu pour mars 2021.

Bien que les détails de ce dernier restent à être approfondis, Ottawa souhaite cependant prendre en compte plus que le seul produit intérieur brut pour prendre nos décisions, affirme Mona Fortier, ministre de la Prospérité de la classe moyenne et ministre associée des Finances.

Mona Fortier dans la station de Radio-Canada Ottawa-Gatineau.

Mona Fortier, ministre de la Prospérité de la classe moyenne et ministre associée des Finances. (archives)

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Elle a reçu de la part de Justin Trudeau le mandat de mieux intégrer les mesures de la qualité de vie dans le budget du gouvernement, à l’image des politiques sur le bien-être national de la Nouvelle-Zélande et de l’Écosse.

Vers une économie du bien-être au Canada?

Des experts en science du mieux-être estiment que les prochains choix politiques à la sortie de la crise sanitaire devront être axés sur le bien-être général de la population, notamment sur les liens sociaux, et non sur des critères strictement économiques.

En entretien avec Radio-Canada, Mme Fortier déclare travailler sur des indicateurs tels que la santé mentale, la santé physique, l'emploi et l'environnement, ainsi que sur des approches communautaires.

On sait que la pandémie a relevé plusieurs lacunes dans notre filet de sécurité sociale. Entre autres, les femmes et les Canadiens racialisés ont été très touchés.

Une citation de :Mona Fortier, ministre de la Prospérité de la classe moyenne et ministre associée des Finances

Le directeur de l’Indice canadien du mieux-être (ICME) Bryan Smale trouve intéressant le fait que le gouvernement Trudeau commence à s'orienter vers ce que l'on appelle une "économie du bien-être".

Selon lui, l’amélioration de la vie des gens passe par le fait de conjuguer toute une série d’aspects, en plus de l’économie.

L’ICME est un outil pour mesurer la prospérité au pays en s’appuyant sur des indicateurs regroupés dans huit catégories :

  • Le niveau de vie;
  • la santé;
  • l'éducation;
  • le dynamisme communautaire;
  • la participation démocratique;
  • les loisirs et la culture;
  • l'aménagement du temps;
  • l'environnement.

Chacun de ces indicateurs est extrêmement interconnecté avec les autres, explique-t-il.

Bryan Smale lors d'une entrevue en vidéoconférence.

Pour Bryan Smale, le temps libre est « probablement le facteur le plus important pour ramener à une qualité de vie élevée » et plaide en faveur de l'établissement d'un revenu universel de base.

Photo : Radio-Canada

Jetons un œil à la santé mentale : les gens ressentent une perte de lien social. Or une grande partie des activités de loisirs que les gens pratiquent sont de nature sociale.

Et si vous enlevez cela, continue-t-il, vous avez perdu la connexion avec les autres qui peuvent déborder sur la vitalité communautaire, des activités démocratiques comme la défense de l'environnement, l'implication dans la politique, etc., qui contribuent à la fois à la santé physique et psychologique.

Si nous nous concentrons uniquement sur un problème à la fois, nous pouvons ignorer un certain nombre d'autres déclencheurs et d'autres facteurs qui affectent notre bien-être.

Une citation de :Bryan Smale, directeur de l’Indice canadien du mieux-être et professeur à l’Université de Waterloo

À Vancouver, le spécialiste de la science du bonheur John Helliwell s’attend à ce que la COVID-19 creuse les inégalités non seulement financières, mais aussi en matière de satisfaction de la vie en général.

Le coéditeur du Rapport annuel mondial de l’ONU sur le bonheur assure que ces derniers mois vont probablement changer ce que les gens considèrent comme étant important et les valeurs auxquelles ils s’attachent.

Le prochain rapport, prévu pour mars 2021, se concentrera sur ce que les différentes populations priorisent dans leur définition du bien-être par rapport à l’époque prépandémique.

M. Helliwell affirme que ce type d’enquête sert d’indicateur aux gouvernements qui souhaitent développer des politiques publiques orientées vers le bien-être.

Plaidoyer en faveur du revenu universel garanti

Pour M. Smale, une première étape dans la reconstruction de la qualité de vie serait d’instaurer un revenu universel de base. L’idée n’est pas neuve et une majorité de Canadiens l’appuie, selon un récent sondage effectué plus tôt en 2020.

Cela donne le choix aux gens, dit-il. Et à partir d'études qui ont été faites ailleurs dans le monde, nous voyons que les gens font de bons choix.

Ils obtiennent de meilleurs logements, ils achètent de meilleurs aliments, ils trouvent des endroits où vivre qui donnent un meilleur accès aux transports et aux possibilités de travail, aux écoles, aux activités récréatives au sein de leur communauté afin de communiquer avec les autres.

Mais alors que les gouvernements s’efforcent d'amoindrir la deuxième vague et à maintenir l’économie, la résilience des gens doit passer par le recours à leurs cercles proches, clame M. Helliwell.

L'essence de ce que nous apprenons dans la science du bien-être est que la vie est très locale. Donc votre bonheur dépend vraiment de votre quartier, de votre travail et de votre famille bien plus que tout, peu importe ce que font les gouvernements.

Une citation de :John Helliwell, coéditeur du Rapport mondial de l’ONU sur le bonheur et professeur à l’École d’économie de Vancouver (Université de Colombie-Britannique)

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