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Les bons coups et les flops technos de 2020

Illustration de 9 personnes connectées sur un logiciel de visioconférence.

La plateforme de visioconférence Zoom s'est incrustée dans notre quotidien en 2020.

Photo : Getty Images / Blake Callahan

Stéphanie Dupuis

Que ce soit pour briser l’isolement, se divertir ou encore travailler à distance, il n’y a pas de doute : la technologie a occupé une place de choix dans notre quotidien cette année. Si elle nous a souvent prêté main-forte, elle nous a aussi donné des maux de tête. Trois spécialistes de la techno dressent le portrait des bons et des moins bons coups des derniers mois.

Les succès

1- Zoom

Impossible de parler de 2020 sans mentionner le succès monstre qu’a connu la plateforme Zoom.

Ça été utilisé autant pour diffuser des concerts en direct que pour tenir des événements virtuels, des réunions de travail ou même des messes. Les gens ont rapidement compris que c’était un outil incontournable pour le télétravail, mentionne Pascal Forget (Nouvelle fenêtre), chroniqueur techno.

Alors qu’en décembre 2019, le logiciel comptait quelque 10 millions d’adeptes au quotidien, quatre mois plus tard, on en dénombrait plus de 300 millions.

Une personne tient un téléphone intelligent qui affiche le logo de l'application Zoom.

En décembre 2019, 10 millions de personnes se servaient de Zoom; le service compte aujourd’hui plus de 300 millions d’utilisateurs et d’utilisatrices.

Photo : sopa images/lightrocket via gett / SOPA Images

Zoom termine l’année en tête de liste des applications mobiles les plus téléchargées de l’App Store, détrônant le géant TikTok. Et pour couronner son succès, le fondateur et président-directeur général de la société, Eric Yuan, a été nommé entrepreneur de l’année par le magazine Time.

2- Les jeux vidéo multijoueurs

La communauté de joueurs et joueuses s’est tournée cette année vers les jeux vidéo multijoueurs en ligne, dont les titres Fall Guys, Among Us et Animal Crossing: New Horizons en sont les porte-étendards.

Among Us, c’est une belle histoire. Le jeu vidéo est sorti il y a deux ans, il n’était pas très joué. Puis, ça a connu un gros boom parce qu’on peut jouer ensemble sur plusieurs plateformes et c’est très facile à comprendre.

Carl-Edwin Michel, expert en techno et jeux vidéo

L’élue démocrate au Congrès américain Alexandria Ocasio-Cortez a certainement contribué à cristalliser ce succès en diffusant une partie sur Twitch à l’aube des élections américaines. La vidéo en direct a attiré plus de 400 000 internautes et est ainsi devenue l’une des plus regardées de l’histoire de la plateforme de diffusion en continu.

La congressiste américaine se filme en train de jouer au jeu vidéo Among Us sur la plateforme Twitch.

La congressiste Alexandria Ocasio-Cortez a joué au jeu vidéo Among Us sur Twitch.

Photo : Capture d'écran de Twitch

Le chef du Nouveau parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh a aussi tenté le coup en se joignant à la démocrate sur Among Us à la fin du mois de novembre.

La politique a donc permis d’étendre l’engouement pour les jeux vidéo à l’extérieur de la communauté traditionnelle de joueurs et joueuses. On pense aussi à Joe Biden qui a fait campagne pour les élections américaines dans Animal Crossing: New Horizons.

3- Starlink de SpaceX

L’actualité a été particulièrement riche du côté de SpaceX, l’une des entreprises du milliardaire Elon Musk. Ce magnat de l’innovation techno souhaite déployer des milliers de satellites en orbite basse pour démocratiser l’accès à Internet haute vitesse dans les régions rurales.

Trois écrans de cellulaire montrant un aperçu de différentes pages de l'application Starlink.

L'application mobile Starlink peut maintenant être téléchargée sur Android et iOS.

Photo : Courtoisie SpaceX

Ça a déjà commencé au Canada en version bêta, et c’est très prometteur pour 2021. C’est non négligeable d’avoir Internet partout à une vitesse qui permet de regarder des films et de télécharger des données rapidement. C’est très agréable pour les gens qui habitent en région et en banlieue, mentionne Pascal Forget.

Ce nouveau service arrive à point avec le télétravail forcé par la pandémie, mais aussi avec les récentes promesses brisées du gouvernement Legault, qui avait annoncé l’accès Internet à haut débit pour tous d’ici 2022.

4- La puce M1 d’Apple

De tous les produits qu’Apple a lancé en 2020, c’est sa nouvelle puce maison au silicium M1 qui a attiré le plus l’attention. Combinant au même endroit un processeur graphique et une mémoire unifiée, ce nouvel outil qui alimente MacBook et l’iPhone 12 tient sa promesse d’une puissance deux fois plus élevée que la concurrence, sans toutefois drainer la batterie pour autant, selon Pascal Forget.

M1 vient complètement changer la donne pour les appareils portatifs. C’est un écart considérable avec les puces d’Intel, qui sont à moitié moins performantes, insiste-t-il.

Image montrant l'intérieur d'un processeur ARM M1 d'Apple

M1, la nouvelle puce au silicium d’Apple

Photo : Apple

Ces processeurs à huit cœurs viennent aussi mettre un terme à la collaboration entre le géant californien et Intel, qui fournissait depuis 2005 les processeurs pour les appareils iOS.

J’ai hâte de voir la réplique d’Intel, ajoute-t-il.

5- Le projet de loi S-21 sur la vie privée

Dans la dernière année, le Canada a planché sur une réforme des lois en matière de vie privée, un effort salué par Anne-Sophie Letellier, experte en cybersécurité et fondatrice du Lab 2038.

La loi est complètement désuète. Elle remonte aux années 2000.

Anne-Sophie Letellier

Il y a une volonté d’essayer d'encadrer les activités numériques. C’est quelques années trop tard, mais heureusement, on est en train de réformer tout ça en s’inspirant du modèle de l’Union européenne qui est un bon exemple en ce moment, ajoute-t-elle.

L’experte en cybersécurité ne se fait toutefois pas trop d’illusions. Selon elle, il ne reste plus qu’à attendre de voir comment les lobbys des entreprises technos vont essayer de diluer le projet de loi.

6- La diversité dans les jeux vidéo

L’année 2020 n’a pas toujours été reluisante pour l’industrie des jeux vidéo, notamment en raison  d’allégations de harcèlement sexuel au sein dUbisoft Montréal. Mais les artisanes et artisans du vidéoludique en ressortent grandis, selon Carl-Edwin Michel.

On a pris la parole, on a discuté de sujets difficiles et un ménage a été fait, se réjouit-il.

Les différents mouvements, notamment Black Lives Matter (La vie des personnes noires compte), ont permis d’ajouter de la diversité dans les jeux vidéo. Selon l’expert, les femmes, les personnes trans et des gens de toutes les nationalités sont maintenant au cœur d’intrigues de jeux vidéo de haute qualité.

À noter le jeu vidéo Spider Man: Miles Morales, dont le protagoniste est un homme afro-américain de descendance hispanique.

Mon petit gars était très content de voir que le personnage principal lui ressemblait, souligne au passage Carl-Edwin Michel.

7- Oculus Quest 2

Mordu fini de réalité virtuelle, Carl-Edwin Michel s’émerveille encore du casque Oculus Quest 2 : C’est le début de la promesse de la vraie réalité virtuelle, c’est-à-dire d’avoir un casque qui t’immisce dans un monde virtuel sans avoir quatre ou cinq fils qui pendent autour de toi.

Pascal Forget est du même avis : J’ai fait du wingsuit et j’avais des frissons. Au lieu d’être dans ton salon, t’es dans un espace immense.

Une femme utilise un casque et des manettes de réalité virtuelle.

L’Oculus Quest 2 en action

Photo : Sonny Costin/Oculus from Facebook

Avec son champ de vision plus large, une qualité vidéo 4K et l’absence de fils, le casque Oculus Quest 2 vaut le détour, selon ces deux experts.

8- Le VPN

L’un des grands gagnants de l’année 2020 est certainement le VPN (réseau privé virtuel), cet outil qui permet de se connecter à distance au réseau de son bureau.

C’est un outil qui va techniquement créer un corridor un peu plus opaque entre un ordinateur et un serveur. Ça ajoute un intermédiaire, vulgarise Anne-Sophie Letellier.

Toutefois, l’experte en cybersécurité n’est pas convaincue que ce soit le chiffrement du VPN qui a attiré la population vers ce type d’outil, mais bien les besoins du télétravail.

Elle émet également une certaine réticence : Si c’est une bonne chose? Oui et non. Ce n’est pas parce que quelque chose est chiffré que c’est bien chiffré. On doit quand même faire confiance à un tiers.

Les échecs

1- Zoom (oui, encore)

Zoom n’a pas été un succès sur toute la ligne en 2020.

Le premier scandale qui a frappé la plateforme est lié à la façon dont elle prétendait crypter les conversations. Zoom était loin d’offrir le chiffrement de bout en bout qu’elle annonçait, selon Anne-Sophie Letellier.

Et lorsque l’option a finalement été introduite, elle n’était pas automatique. Ce sont les internautes qui devaient l’activer manuellement.

Aussi, comment parler de Zoom sans mentionner le zoombombing, ce nouveau mot qui a émergé au début de la pandémie et qui fait référence aux internautes qui ont pu s’immiscer dans des conférences aléatoires pour y faire des performances... inusitées!

Quand Zoom a été conçu, ils n’ont pas soupçonné qu’il y aurait autant de réunions importantes à haut déploiement, ajoute-t-elle.

La fonction de salle d’attente, qui était d’abord réservée aux personnes abonnées au forfait Pro de la plateforme, a été étendue en avril à tous les utilisateurs et utilisatrices pour éviter ce type de dérapage.

2- Quibi

Le passage de la plateforme de diffusion en continu Quibi dans l’actualité techno aura été bref, puisque le service a fermé ses portes après six mois d’activité.

Des millions de dollars ont été injectés dans la plateforme, qui promettait des contenus originaux courts de qualité hollywoodienne générés par une technologie entièrement conçue pour les téléphones intelligents et la mobilité.

Captures d'écran de l'interface de l'application mobile Quibi.

Une cinquantaine de séries étaient offertes au lancement de Quibi.

Photo : Quibi

Piloté par Jeffrey Katzenberg, le cofondateur de DreamWorks, Quibi avait réussi à séduire des vedettes du grand et du petit écran pour produire des films et séries, dont Steven Spielberg, Guillermo del Toro, Jennifer Lopez et Reese Witherspoon.

Avec toute l’offre qui existe déjà, personne n’avait besoin de ça, tranche Pascal Forget.

3- Les géants du web

Les têtes dirigeantes de la Silicon Valley n’ont pas impressionné Anne-Sophie Letellier en 2020. À commencer par leur incapacité, malgré leurs efforts, à limiter la propagation des fausses nouvelles sur les réseaux sociaux.

Les patrons de Google, de Facebook et de Twitter ont par ailleurs été appelés à maintes reprises au Congrès américain pour expliquer leur décision de bannir certains contenus de leurs plateformes. Dans les derniers mois, les fausses informations sur la COVID-19 et sur les élections américaines ont été bannies de ces plateformes, tout comme les groupes liés au mouvement QAnon ainsi que les pages leur étant associées.

Un homme tient à bout de bras une pancarte en forme de Q aux couleurs du drapeau américain.

Les communications de Q concernent presque exclusivement la politique américaine, ce qui n'a toutefois pas empêché des adeptes au Canada de les réinterpréter à la sauce locale.

Photo : Getty Images / Rick Loomis

Tandis que le camp républicain au Sénat américain estimait que Donald Trump subissait un traitement injuste de la part des réseaux sociaux alors que de nombreux gazouillis et publications Facebook contenant des messages fautifs étaient épinglés d’avertissements, les démocrates plaidaient plutôt qu'ils n’étaient pas suffisamment sévères.

Les réseaux sociaux se sont tous positionnés comme des porte-étendards de la liberté d’expression devant ces personnes élues.

Les géants disaient : "Voici comment nous sommes de bons clients corporatifs, donc nous n’avons pas besoin de régulation."

Anne-Sophie Letellier

De son côté, Google a été ciblée par trois poursuites en deux mois pour ses pratiques anticoncurrentielles. Une quarantaine d’États américains accusent l'entreprise d’abuser de sa position dominante pour mettre en avant ses propres offres parmi les résultats de son moteur de recherche.

Ça s’inscrit définitivement dans une nécessité d’enlever un si grand pouvoir à ces géants, résume Anne-Sophie Letellier.

4- La 5G

2020 devait être l’année de la 5G. Or, cette technologie qui promet d’améliorer la vitesse de transmission de données et de propulser l’internet des objets n’a pas eu l’effet escompté, selon Pascal Forget.

Tous les géants de la techno ont lancé leurs appareils compatibles avec la 5G, mais le réseau n’est pas encore là.

Pascal Forget

Je ne connais pas grand monde qui s’est dit : "Je vais me garrocher là-dessus." Ça n’a pas été l’engouement que les entreprises espéraient, ajoute-t-il.

Le chroniqueur techno estime qu’il faudra encore quelques années avant que la technologie soit exploitée à son plein potentiel.

5- Cyberpunk 2077

Trois reports de lancement, des bogues incessants, des demandes de remboursement, des mises à jour volumineuses… Cyberpunk 2077, l’un des jeux vidéo les plus attendus de 2020, a été frappé par une série d’échecs ces dernières semaines.

Le lancement est un flop total, mais le jeu en soi ne l’est pas. Il n’est simplement pas fini.

Carl-Edwin Michel

Selon l’expert en jeux vidéo, le studio CD Projekt Red s’est donné un trop gros défi en lançant son jeu en simultané sur neuf plateformes différentes.

Un homme se tient devant une voiture en regardant une ville futuriste.

Cyberpunk 2077, du développeur polonais CD Projekt Red, était l'un des jeux les plus attendus de l'année.

Photo : Courtoisie / CD Projekt

C’est dommage, car les développeurs ont enchaîné les heures supplémentaires obligatoires. Ils ont tout donné pour que le jeu soit prêt, mais ils ont été victimes des décisions de la direction qui voulait sortir à tout prix le jeu avant les Fêtes, explique-t-il.

6- L’App Store

Apple s’est attiré les foudres de nombreux développeurs cette année, notamment avec les commissions faramineuses empochées sur les recettes des jeux vidéo de son App Store.

Apple a défini que c'était eux qui avaient le magasin et qui vendaient les produits, donc qu’ils se permettaient de prendre 30 % des ventes.

Carl-Edwin Michel

Pour contourner cette taxe, Epic Games, éditeur du populaire jeu Fortnite, a instauré son propre système de paiement. Résultat : Apple l’a banni de son magasin d’applications et des poursuites judiciaires ont été lancées.

Apple s’est depuis rétractée en diminuant à 15 % sa commission, mais seulement pour les petits développeurs.

L’infrastructure de l’App Store, ça coûte de l’argent, surtout avec les besoins en serveurs. Mais Apple pourrait demander beaucoup moins, soutient l’expert en jeux vidéo.

En refusant d’assouplir ses règles sur les commissions, l’App Store s'est aussi mis à dos les entreprises de jeux vidéo en nuage. Les Nvidia, Google Stadia et Amazon Luna de ce monde ont été forcées de développer des applications web pour faire fonctionner leurs services respectifs sur iOS.

7- La saga TikTok et Donald Trump

Aux États-Unis, les adeptes de TikTok ont eu chaud plus d’une fois en 2020, Donald Trump ayant posé un ultimatum à ByteDance, l'entreprise chinoise derrière le réseau social. Selon le président, la plateforme devait passer aux mains d’une gestion américaine sur son territoire, sans quoi il la bannirait.

Le logo de TikTok est coincé entre des drapeaux américains et chinois.

Le président Donald Trump était en guerre contre l'application chinoise TikTok, très populaire en sol américain.

Photo : Reuters / Florence Lo F

On s’est rendu compte que le problème, c’était en partie les données collectées, mais surtout les données collectées par des non-Américains.

Anne-Sophie Letellier

TikTok, comme n'importe quelle autre compagnie, est très opaque, et c’est difficile de savoir ce qui se passe avec nos données. Et c’est pareil avec Facebook, qui collecte énormément d’informations, et il n’y a aucune manière de savoir ce qu’ils font avec, ajoute-t-elle.

8- Les rançongiciels

L’année 2020 s’est conclue avec des attaques aux rançongiciels, perpétrées dans des institutions importantes. La Société de transport de Montréal (STM) n’a pas été épargnée, et des  hôpitaux et cliniques vétérinaires  ont également été ciblés.

Les pirates s'intéressaient beaucoup aux personnes et possédaient un certain sens de l’éthique. Avec la pandémie, plusieurs se sont rendu compte qu’ils pouvaient se faire beaucoup d’argent en allant collecter des données utiles au fonctionnement de ces institutions essentielles.

Anne-Sophie Letellier

Si les effets de la pandémie se sont bien fait sentir sur nos habitudes de vie et notre connectivité, les trois spécialistes technos croient que ça se reflétera encore plus au cours de la prochaine année.

Ce qui est certain, c’est que 2020 aura au moins permis de mettre sur la table l’importance de discuter des enjeux de cybersécurité.

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