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Faire pousser le vaccin parmi les papayes

Denis Leclerc a orienté ses recherches sur la grippe vers la COVID-19.

Vue sur pont de Québec entre les feuilles de papayers.

Bruno Savard a rencontré Denis Leclerc

Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard

Érik Chouinard

La pandémie a bouleversé le monde de la recherche scientifique. Du jour au lendemain, les yeux se sont rivés sur les chercheurs en infectiologie, en virologie, en immunologie, etc. Plusieurs d’entre eux ont réorienté leurs travaux afin de jeter de la lumière sur la COVID-19. À Québec, plusieurs professeurs et chercheurs contribuent à cette science encore émergente. Quatre d’entre eux ont accepté de nous ouvrir les portes de leurs laboratoires. Aujourd’hui : Denis Leclerc.

Portrait en plan rapproché du professeur.

Le professeur Denis Leclerc

Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard

La recherche et le développement de vaccins ont beaucoup retenu l’attention cette année. Pour le professeur du Département de microbiologie-infectiologie et d'immunologie de l’Université Laval Denis Leclerc, la réorientation de sa recherche de vaccin à base d’un virus de plante modifié s’est faite plutôt naturellement.

D’autant plus que la polyvalence est justement l’un des avantages de la plateforme vaccinale qu’il conçoit. C’est un projet que je développe depuis plus de 15 ans en laboratoire. Avant la pandémie, je travaillais surtout sur un vaccin contre le virus de la grippe, sauf que là, tous mes efforts sont mis sur la COVID-19, souligne le professeur.

D'ailleurs, si vous vous êtes déjà demandé pourquoi il y a une serre sur le toit du CHUL, sachez que c'est l'oeuvre de ce chercheur du Centre de recherche du CHU de Québec. Il y fait pousser des papayers dans lesquels il inocule des virus modifiés de la mosaïque de la papaye, l’élément de base de ses travaux.

La serre sur le toit du CHUL, vue de l'extérieur de l'hôpital.

Selon Denis Leclerc, sa serre est peut-être la seule du monde à être située sur le toit d'un hôpital.

Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard

Au départ, son objectif est de concevoir un vaccin universel contre la grippe qui ne nécessite pas une nouvelle injection chaque année. Toutefois, il compte appliquer les principes de ses travaux des dernières années au nouveau coronavirus.

Dans ses recherches, le professeur a remarqué que la particule virale du virus de la mosaïque de la papaye, inoffensive pour les humains, est drôlement efficace pour créer une réponse immunitaire puissante, ce qu’on appelle l’activité adjuvante dans le jargon scientifique. C'est une caractéristique fort pratique lorsqu’on cherche à bâtir une immunité.

Le but, c’est de vacciner avec un maximum de sécurité, alors on a comme un leurre qui déclenche une réaction, mais il n’y a rien qui se réplique, il n’infecte pas l’humain. Ça fait quelques étincelles, mais il n’y a pas de feu qui prend.

Une citation de :Denis Leclerc, professeur du Département de microbiologie-infectiologie et d'immunologie de l’Université Laval
Denis Leclerc montre un modèle de la particule virale sur son ordinateur portable.

La particule virale du virus de la mosaïque de la papaye prend la forme de longs bâtonnets. Les parties vertes sont les antigènes qui s'y sont fait attacher.

Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard

On peut aussi modifier les particules virales en y attachant des protéines spécifiques au virus contre lequel on souhaite créer l’immunité. Ces protéines jouent le rôle d’antigènes, et le système immunitaire cherchera à s’armer d’anticorps pour leur faire face.

Ainsi, la prochaine fois que le corps sera mis en présence du virus d’où proviennent les antigènes, il sera prêt à lui faire face.

Parce qu’il ressemble à quelque chose de dangereux, sans l’être, il permet de déclencher le système immunitaire dans toute sa force et de déclencher une mémoire immunologique. C’est vraiment l’idée du leurre, répète Denis Leclerc.

Denis Leclerc debout à côté de ses papayers, avec à l'arrière-plan la fenêtre qui surplombe le pont de Québec.

Tous les papayers de Denis Leclerc sont issus de graines qu'il achète à l’épicerie.

Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard

Même si les premiers vaccins contre la COVID-19 commencent tranquillement à faire leur arrivée sur le marché, son projet pourrait être utile.

Ce qu’on va avoir trouvé va peut-être contribuer à ce que les vaccins soient plus puissants et puissent aussi protéger contre tous les petits frères et sœurs de la COVID-19, en ayant des antigènes qui sont capables de déclencher une protection à spectre élargi contre cette sous-famille des coronavirus.

Une citation de :Denis Leclerc, professeur du Département de microbiologie-infectiologie et d'immunologie de l’Université Laval

C’est basé sur un virus végétal qui a évolué pour être extrêmement stable dans l’environnement parce qu’il infecte des plantes, des plantes tropicales en plus, qui sont exposées au soleil et à de hautes températures, remarque le professeur.

Les feuilles étoilées de papayers malades.

Les parties vert pâle des feuilles sont les zones infectées. Les feuilles sont broyées pour en extraire le virus. Les rendements sont très élevés, selon Denis Leclerc.

Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard

Les vaccins conçus à partir de la plateforme à laquelle Denis Leclerc travaille n’auraient donc pas à être conservés à -70 degrés Celsius, comme c’est le cas pour celui de Pfizer-BioNtech. Ils seraient ainsi bien plus accessibles pour une importante partie de la population mondiale.

Pour les gens des pays sous-développés, la chaîne de froid est souvent un problème. Les vaccins basés sur le virus de la papaye sont capables d’atteindre de 20 à 25 degrés sans être endommagés, précise le chercheur.

Pour l’instant, son projet de vaccin contre la grippe est tout de même plus avancé. Il souhaite d’ailleurs pouvoir démarrer les essais cliniques prochainement.


Demain : Guy Boivin et la recherche d'un traitement contre la COVID-19

Mercredi : Mariana Baz a lancé son laboratoire de recherche en pleine pandémie

Jeudi : Élucider la transmission aérienne avec Caroline Duchaine

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