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Portapique, la nouvelle qu'on aurait voulu ne jamais annoncer

L’actualité des derniers mois nous a tous touchés de façon bien personnelle, et c’est aussi le cas des membres de l’équipe d'ICI Acadie. Marie-Hélène Lange se confie sur les événements du 19 avril 2020.

Marie-Hélène Lange au téléphone.

Marie-Hélène Lange est cheffe d'antenne pour le Téléjournal Acadie. Elle a eu la lourde tâche d'annoncer au public que la Nouvelle-Écosse était le théâtre de la pire tuerie de l'histoire canadienne le 19 avril 2020.

Photo : Radio-Canada / Gilles Landry

Marie-Hélène Lange

Il n'était même pas encore 7 h, le dimanche matin du 19 avril. Je savais déjà qu'un drame se jouait dans la petite communauté de Portapique, en Nouvelle-Écosse. Mais ce que je ne savais pas à ce moment-là, c'est que je terminerais ma journée en annonçant sur les ondes du Téléjournal Acadie, la plus importante tuerie de l'histoire du Canada.

Un réveil brutal

J'étais à peine réveillée quand j'ai vu que les messages s'additionnaient sur mon téléphone. Il se passait quelque chose de grave à Portapique, en Nouvelle-Écosse. La GRC demandait aux gens de rester à l'intérieur de leur domicile parce qu'une opération policière était en cours.

Je devais réfléchir, et vite, à ce que nous allions faire.

Ce que peu de gens savent, c’est que la fin de semaine, puisque nous sommes une petite équipe, nous portons plusieurs chapeaux. De mon côté, je suis responsable d’affecter les journalistes à la couverture des événements en plus d’animer le Téléjournal Acadie.

J'ai vite compris que nous aurions besoin d'effectifs supplémentaires, des journalistes et des caméramans. En avril, la frontière entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse était fermée à cause des restrictions de la COVID-19. Tout était plus compliqué.

Des informations au compte-gouttes

À 8 h, j’avais peu d'informations à ma disposition. Je savais que des maisons avaient été incendiées et que plusieurs personnes avaient été trouvées mortes. Mais les journalistes et moi pensions alors que le suspect se trouvait à l'intérieur d'un périmètre établi et surveillé par les policiers.

Panneau routier de la route Portapique Beach et deux véhicules de police qui bloquent l'entrée de la route.

Nous pensions alors que le suspect se trouvait à l'intérieur d'un périmètre établi et surveillé par les policiers.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

L’équipe d’Halifax a donc pris la route pour tenter d’en apprendre plus. D’autres collègues sont venus en renfort dans la salle de nouvelles de Moncton.

C'est lorsque les premiers journalistes et caméramans sont arrivés sur place que nous avons réalisé que la situation était loin d'être maîtrisée comme on le croyait. C'était le chaos.

Les policiers allaient dans tous les sens, l'hôpital de Truro était en confinement. De mon côté, la seule chose à laquelle je pensais était de trouver un endroit sécuritaire pour les équipes.

Ce qu’on ignorait, c’est qu’au moment où les premiers reportages étaient diffusés à RDI et à la radio, le tireur, lui, continuait son carnage.

La pire tuerie de l'histoire du Canada

Pire, il se déplaçait d'un endroit à l'autre à bord d'une réplique d'une voiture de police. Plus les informations rentraient dans la salle des nouvelles, plus on se disait que c'était impossible. Moi, je ne pouvais pas croire l'ampleur du drame qui se jouait sous nos yeux. Dix victimes, 15, peut-être même 20? Impossible…

La GRC a convoqué les médias, à 18 h, pour une conférence de presse qui devait nous en apprendre plus sur l’ampleur de la tragédie, une conférence de presse que nous avons diffusée en direct au Téléjournal.

Un homme en uniforme de policier pointe un écran sur lequel on voit une carte routière et des indications indiquant une trajectoire.

Le surintendant Darren Campbell de la GRC explique le 24 avril 2020 le parcours du tueur de la Nouvelle-Écosse.

Photo : La Presse canadienne / Riley Smith

À 18 h, au moment d’entrer en ondes j’étais très nerveuse. Je savais que cette nouvelle créerait une onde de choc, mais soulèverait aussi son lot de questions. Comment un tel événement peut-il se passer chez nous, en Atlantique dans une région si paisible? Pourquoi personne ne l’avait vu venir? 

Encore aujourd’hui, je repense souvent à la journée du 19 avril. Même si nous ne sommes pas des policiers, des pompiers ou des ambulanciers, nous sommes souvent appelés à couvrir des opérations policières et à nous rendre sur place. Et tout comme ces travailleurs de première ligne, nous restons marqués par ces événements tragiques.

Est-ce que le tueur a croisé le chemin d'une de nos équipes sur la route? Peut-être. En plus de 20 ans de carrière, c'est la première fois où j'ai eu peur pour mes collègues. Nous ne connaissons pas encore tous les détails de ce drame, mais chaque nouvelle information me glace le sang.

Une pensée pour les familles des victimes

Un couple est venu rendre hommage aux victimes de la tuerie, à Portapique, mercredi.

Le deuil sera long pour les Néo-Écossais suite à la tragédie de Portapique.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

En ce temps des fêtes, j'ai une pensée bien spéciale pour vous les proches des victimes de Portapique particulièrement pour vous les enfants qui avez perdu vos parents.

Je n'oublierai jamais ce dimanche d'avril 2020 où j'ai dû annoncer cette terrible nouvelle. J'ose à peine imaginer votre tristesse et votre colère. Je salue la résilience de votre communauté et je vous souhaite de trouver un peu de paix en 2021.

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