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Les États-Unis accusent Walmart d’avoir nourri la crise des opioïdes

Un travailleur passe devant la pharmacie.

Walmart est accusé d'avoir distribué illégalement des substances contrôlées.

Photo : Reuters / John Gress

Radio-Canada

Walmart a laissé son réseau de pharmacies devenir un « fournisseur d’analgésiques qui créent une dépendance », allègue le département américain de la Justice qui accuse le détaillant, dans une poursuite déposée mardi, d’avoir alimenté la crise des opioïdes aux États-Unis.

La justice américaine reproche à Walmart d’avoir distribué illégalement des substances contrôlées par l'entremise de ses 5000 pharmacies en sol américain.

Ses pharmaciens ont rempli des ordonnances d'opioïdes qu'ils savaient invalides, et ce, aussi tôt qu'en juin 2013 et au plus fort de la crise, a dénoncé le procureur général adjoint par intérim chargé de la division civile, Jeffrey Clark.

Le géant de la distribution aurait mis sur eux une pression énorme pour les obliger à traiter un volume élevé d'ordonnances aussi vite que possible, tout en leur refusant le pouvoir de refuser catégoriquement d'exécuter les invalides, peut-on lire dans la poursuite.

Il fallait à tout prix stimuler les ventes et traiter vite les ordonnances pour fidéliser la clientèle, selon les déclarations d'un responsable du groupe, dont le témoignage a servi de base à la poursuite déposée au civil par la justice américaine. Les dirigeants auraient également ignoré les signaux d’alarme lancés par des employés.

En raison de ce système inadéquat, pendant des années, Walmart n'a signalé pratiquement aucune commande suspecte, a renchéri le procureur du Colorado, Jason Dunn.

Les pharmacies de Walmart ont commandé des opioïdes d'une manière essentiellement non surveillée et non réglementée.

Le procureur du Colorado, Jason Dunn

La justice américaine accuse en outre Walmart d'avoir pris à la légère ses responsabilités en tant que pharmacien, en violant la Loi américaine sur les substances contrôlées qui vise justement à empêcher que des substances comme les opioïdes sur ordonnance soient détournées pour mauvaise utilisation et abus.

En cas de culpabilité, le géant américain pourrait écoper de sanctions civiles allant jusqu'à 67 627 $ pour chaque ordonnance illégalement remplie et 15 691 $ pour chaque commande suspecte non signalée.

On ignore si des accusations criminelles pourraient également être déposées.

Walmart, dont la valeur des actions à la bourse a chuté de 1,5 % dans la foulée de l’annonce, a rejeté les allégations en dénonçant une tentative de lui faire « porter le blâme » de la crise des opioïdes.

Ce procès invente une théorie juridique qui force les pharmaciens à se placer entre les patients et leurs médecins, qui est truffée d'erreurs factuelles et qui sélectionne des documents en les sortant de leur contexte, a réagi l'entreprise.

Deux actions en justice

Cette poursuite survient d'ailleurs deux mois jour pour jour après le dépôt par le détaillant américain d’une action judiciaire préventive à l'encontre du département de la Justice, du procureur général William Barr et de l'Agence antidrogue américaine (DEA) des États-Unis.

Dans sa requête, Walmart reproche à la justice américaine de vouloir lui faire « porter le chapeau » de la surconsommation de médicaments opiacés qui créent une forte dépendance.

Le géant de la distribution allègue que le département de la Justice a répertorié au cours de l'enquête à son sujet, amorcée en 2016, des centaines de médecins qui ont rédigé les ordonnances jugées problématiques et remplies par ses pharmaciens. Or, 70 % de ces médecins ont conservé leur droit de pratique.

Le détaillant poursuit en disant que la DEA cherche à se dédouaner de ses profondes erreurs, notamment celle d'avoir omis d'empêcher les laboratoires de produire des quantités toujours plus importantes d'opioïdes.

Des centaines de milliers de victimes

Une bouteille contenant des pilules.

Une bouteille contenant des pilules de l’opiacé OxyContin produit par Purdue Pharma.

Photo : Reuters / George Frey

La prescription de médicaments antidouleur opiacés, normalement réservés aux maladies graves, a explosé à la fin des années 90, poussée surtout par un marketing agressif des pharmaceutiques auprès des médecins.

L'action judiciaire contre Walmart est l'une des plus importantes tentatives des États-Unis visant à épingler des entreprises jugées responsables d'avoir alimenté la crise des opioïdes.

De grands distributeurs, comme Cardinal Health ou McKesson, ont aussi été visés, de même que Purdue, qui a plaidé coupable d'accusations criminelles pour sa gestion de l’analgésique OxyContin.

Plus de 400 000 Américains sont morts d’une surdose d’analgésiques sur ordonnance ou de drogues illégales depuis 1999. La consommation d'opioïdes a explosé à partir de 2013, ce qui a poussé le président Donald Trump à déclarer« une urgence de santé publique » en 2017. Elle est même considérée comme responsable de la baisse de l'espérance de vie aux États-Unis de 2014 à 2017.

Avec les informations de Associated Press, Agence France-Presse, et Reuters

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