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Quand Fox News perd sa place dans le coeur de Donald Trump

Le président américain a contribué à l’émergence de nouvelles chaînes très à droite et très loyales. Feu de paille ou mouvement durable?

Il s'apprête à quitter la Maison-Blanche.

Le président américain Donald Trump continue d'avoir l'appui de chaînes télévisées très à droite, comme Newsmax et OANN.

Photo : Reuters / CHERISS MAY

Le divorce entre Donald Trump et Fox News s’est scellé le soir de l’élection du 3 novembre. Sa chaîne favorite a donné son adversaire Joe Biden gagnant dans l’État clé de l'Arizona avant d’autres chaînes d’information pourtant moins favorables au président, comme CNN ou MSNBC. Le camp Trump était furieux.

Dans les semaines qui ont suivi, le président sortant a multiplié les attaques contre le réseau. Fox News a oublié ce qui a fait son succès!, a écrit M. Trump sur Twitter, le 12 novembre. Il a encouragé ses partisans à se tourner vers des chaînes qui lui sont très fidèles : Newsmax et One America News Network (OANN).

Je reçois beaucoup de messages de partisans de Donald Trump me disant qu’ils ont abandonné Fox News pour se tourner vers Newsmax, explique John Gizzi, correspondant de Newsmax rencontré à la Maison-Blanche.

John Gizzi.

Le correspondant de Newsmax John Gizzi a constaté l'afflux de téléspectateurs.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Richard

Les chiffres sont éloquents. Entre l'élection du 3 novembre et le début du mois de décembre, le nombre hebdomadaire de téléspectateurs de Newsmax à heure de grande écoute a bondi de 68 %.

Le réseau Fox News, avec ses millions de téléspectateurs, continue de dominer, mais l’un de ses concurrents a réussi à lui arracher une petite victoire. Pour la première fois, le 7 décembre dernier, l’animateur de Newsmax Greg Kelly a attiré en moyenne 229 000 téléspectateurs dans le groupe très convoité des 25-54 ans, contre 203 000 pour Martha MacCallum de Fox à la même heure, une première.

Une recette controversée

Newsmax et OANN se sont précipitées dans la brèche ouverte par le conflit entre Donald Trump et Fox News.

Elles ont relayé sans retenue les allégations de fraude électorale du camp Trump, les théories du complot et de la désinformation sur le scrutin du 3 novembre.

Un univers parallèle selon lequel Donald Trump n’a pas perdu l’élection et Joe Biden l'a volée. Ils l’ont volée. Ce sont des voleurs. C’est très, très évident. C’est impossible que le faible, malade et paresseux Joe Biden ait remporté plus de voix que quiconque dans l’histoire, déclarait l’animateur de Newsmax Greg Kelly la semaine dernière.

D'ailleurs, Newsmax a été forcée de rectifier de fausses déclarations faites à son antenne après des menaces de poursuites. La chaîne avait relayé des théories du complot concernant des systèmes de vote électronique des marques Smartmatic et Dominion qui auraient prétendument transféré des votes à Joe Biden.

Il n'y a aucune preuve que Dominion et Smartmatic ont utilisé ou reprogrammé un logiciel pour manipuler les votes lors de l'élection de 2020 , a déclaré l'animateur John Tabacco dans un segment très scripté de deux minutes diffusé sur les ondes de Newsmax le 21 décembre. Smartmatic menaçait d'intenter une action en justice. La chaîne Fox News a également diffusé une rétractation semblable.

Derrière lui, on peut lire sur une image avec les visages de Joe Biden et Kamala Harris « Opinion : ils sont des voleurs ».

L'animateur Greg Kelly sur les ondes de Newsmax

Photo : Capture d'écran - Newsmax

À l'antenne de Newsmax, l’avocat de Donald Trump Rudy Giuliani a étalé de long en large ces dernières semaines des allégations pour lesquelles il a connu des revers cinglants devant les tribunaux.

Selon le rédacteur en chef de la Columbia Journalism Review, Kyle Pope, c’est une extension des mensonges et de la désinformation partagés par la Maison-Blanche sous Donald Trump. C’est ce que nous vivons depuis quatre ans, fait-il remarquer.

Un proche allié de Donald Trump, le général à la retraite Michael Flynn, a même évoqué, sur les ondes de Newsmax, le recours à la loi martiale pour renverser les résultats de l’élection dans certains États.

[Donald Trump] pourrait utiliser des effectifs militaires, les positionner dans les États clés et y tenir un nouveau scrutin, a déclaré récemment l’ancien conseiller à la sécurité nationale du président.

Pour certains élus républicains comme les sénateurs Rand Paul et David Perdue, le plateau de Newsmax est devenu incontournable.

Un phénomène passager?

Quel avenir pour ces organisations médiatiques très collées à Donald Trump? La question est de savoir quel est l’appétit des gens pour entretenir ce genre de contenu, soutient Kyle Pope.

Je doute que l’auditoire endurci du président Trump soit encore au rendez-vous quand il quittera la Maison-Blanche, ajoute-t-il.

M. Pope fait remarquer que les initiatives de Facebook et Twitter visant à lutter contre la désinformation compliquent de plus en plus le rayonnement du contenu de médias comme Newsmax et OANN.

Pour garder sa base mobilisée, Donald Trump pourrait prendre les choses en main. Selon les rumeurs, il pourrait fonder sa propre organisation médiatique, un réseau concurrent ou avoir son émission de radio, explique Kyle Pope.

John Gizzi, de Newsmax, est convaincu que Donald Trump va conserver un poids politique important. Monsieur le Président, si vous m’écoutez, n’allez pas croire que j’ai fait une croix sur vous, lance-t-il, sourire en coin.

La preuve que, pour les médias conservateurs, Donald Trump demeure une figure incontournable. Son départ, dans un mois, permettra de mesurer à quel point leurs destins sont liés.

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