•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Doit-on craindre le nouveau variant du coronavirus?

Le virus de la COVID-19.

Pour le moment, la nouvelle version du coronavirus laisse penser qu’elle serait plus contagieuse que les précédentes, bien que rien n’ait encore été prouvé à ce sujet.

Photo : Radio-Canada

Des mutations du coronavirus détectées au Royaume-Uni et en Afrique du Sud mettent la communauté scientifique sur un pied d’alerte. Ces changements rendent-ils le coronavirus plus contagieux et plus dangereux? Devra-t-on trouver un nouveau vaccin pour le contrer?

Comme l’a expliqué la Dre Caroline Quach, microbiologiste et infectiologue, au micro de Tout un matin, le nouveau variant n’est pas assez différent génétiquement de la souche primaire du SRAS-CoV-2 pour lui donner le nom de nouvelle souche, mais a accumulé suffisamment de mutations pour dire que le virus a changé.

Pour le moment, cette nouvelle version du coronavirus laisse penser qu’elle serait plus contagieuse que les précédentes, bien que rien n’ait encore été prouvé à ce sujet.

Selon le British Medical Journal, les premières analyses montrent que le nouveau variant pourrait être associé à la récente augmentation des cas dans le sud-est de l'Angleterre, mais les scientifiques ne vont pas jusqu’à établir une cause hors de tout doute, même s’ils observent une croissance frappante de ce variant à travers la population infectée.

La Dre Quach précise que la modélisation semble montrer que le variant serait plus contagieux parce qu’il serait capable de mieux s’accrocher au récepteur ACE2 qui est la porte d’entrée du virus. Elle indique toutefois qu’il est difficile à dire pour l’instant si dans la vraie vie la propagation qu’on voit en Grande-Bretagne est due davantage au comportement humain qu’au variant en tant que tel.

C’est ce que confirme également à ICI RDI la Dre Cécile Tremblay, elle aussi microbiologiste et infectiologue.

Il faut faire attention dans les conclusions qu’on tire sur l’augmentation des cas dans ces régions. Ça pourrait aussi être le fait qu’il y a eu beaucoup de partys et que la transmission s’est accrue, comme ici.

La Dre Cécile Tremblay, microbiologiste et infectiologue.

Ceci dit, c’est possible que ce variant soit plus contagieux. Des études sont en cours présentement en laboratoire pour tester sa capacité de réplication en comparaison avec les anciens variants qu’on avait avant, poursuit-elle.

Mais selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il est faux de dire que le variant soit hors de contrôle, comme l’a déclaré dimanche le ministre britannique de la Santé, Matt Hancock.

Nous avons eu un taux de reproduction du virus beaucoup plus élevé à différents moments de cette pandémie et nous l'avons maîtrisé, a fait valoir lundi le responsable des situations d'urgence sanitaire à l'OMS, Michael Ryan.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le variant est-il plus dangereux?

Nous ne le savons pas encore, écrit le British Medical Journal. Les mutations qui rendent les virus plus infectieux ne les rendent pas nécessairement plus dangereux.

La revue médicale souligne que d’autres variants du coronavirus ont déjà été détectés au Royaume-Uni, dont certains ont probablement augmenté la capacité du virus à être transmis.

Par exemple, on pense que la variante D614G a augmenté la capacité du virus à être transmis et est maintenant le type le plus courant circulant au Royaume-Uni, bien qu'elle ne semble pas entraîner une maladie plus grave.

Le British Medical Journal

La Dre Quach avoue toutefois que, selon les modélisations qui devront être vérifiées en pratique, en plus d’être plus contagieux, le nouveau variant pourrait donner des charges virales plus élevées.

Certains scientifiques pensent même que ça pourrait expliquer les maladies un peu plus graves chez les plus jeunes, dit-elle.

Les vaccins seront-ils efficaces?

On croit que les mutations introduites dans le nouveau variant ne seraient pas assez importantes pour rendre inefficaces les vaccins développés jusqu’à présent.

Comme l’explique Benoit Barbeau, professeur au Département de sciences biologiques de l’UQAM et expert en virologie, ces vaccins, composés d’anticorps, visent la protéine de surface du virus. Quand le corps est exposé à cette protéine après avoir été vacciné, les anticorps s’attachent alors à différentes composantes de la protéine, qui vont faire en sorte de bloquer le virus.

Même si le variant du Royaume-Uni a subi une série de changement au niveau de la protéine, il faudrait vraiment que ces changements-là soient assez nombreux pour le rendre inopérant, conclut M. Barbeau.

Les vaccins produisent des anticorps contre de nombreuses régions de la protéine de surface, il est donc peu probable qu'une seule modification rende le vaccin moins efficace, ajoute pour sa part le British Medical Journal.

Il faut cependant être conscients que les vaccins devront probablement être modifiés avec le temps, car plus le virus se transmet, et plus il a des mutations, note Caroline Quach.

Chaque fois que le virus se multiplie et se propage, il a tendance à faire des erreurs dans le code génétique [les mutations], et parfois ces erreurs-là vont lui donner un avantage de survie qu’il va éventuellement garder, détaille-t-elle.

C’est pourquoi le British Medical Journal avertit qu’avec le temps, à mesure que les mutations se multiplient, le vaccin pourrait devoir être modifié.

Cela se produit avec la grippe saisonnière, qui mute chaque année, et le vaccin est ajusté en conséquence. Le virus du SRAS-CoV-2 ne mute pas aussi rapidement que le virus de la grippe, et les vaccins qui se sont avérés efficaces jusqu'à présent lors des essais sont des types qui peuvent facilement être modifiés si nécessaire.

Le British Medical Journal

Le nouveau variant serait-il présent au Canada?

Pour le moment, cette nouvelle version du coronavirus ne se serait pas encore développée en Amérique du Nord, pense Caroline Quach.

Les Américains semblent dire qu’il n’est pas encore rendu en sol américain, selon leurs analyses génétiques. Au Canada aussi, on n’a pas l’air d’en avoir trouvé, commente-t-elle. Elle croit toutefois que c’est une question de temps avant qu’il arrive ici.

Soit le virus va muter de lui-même, ou il va y avoir de la transmission de la part de voyageurs qui ont rencontré le variant britannique ou sud-africain. Ça risque d’arriver à un moment ou à un autre.

La Dre Caroline Quach, microbiologiste et infectiologue

La Dre Quach s’inquiète particulièrement des répercussions qu’aura le retour de tous les Québécois partis dans le Sud pour les Fêtes.

Il va falloir faire une super bonne quarantaine, vraiment comme il faut. L’idée c’est de ne pas ramener de virus. On n’était pas supposés partir, mais l’idée c’est de ne pas transmettre le virus comme on l’a fait après la semaine de relâche en mars dernier, insiste-t-elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !