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Une clinique montréalaise offre des thérapies assistées à la kétamine

La substance est déjà largement utilisée dans le système de santé comme anesthésique et antidépresseur.

Dessin d'un homme allongé sur un fauteuil en face d'une femme assise sur une chaise, qui prend des notes, dans une pièce décorée avec des plantes et  un cadre photo.

La drogue sera administrée une à deux fois par semaine lors de séances de psychothérapie, et ce, pendant trois mois.

Photo : iStock

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La clinique de psychologie Mindspace devient la première au Québec à proposer une thérapie assistée à la kétamine pour combattre la dépression. Au cours des prochains mois, elle souhaite aussi proposer des traitements à la psilocybine et au MDMA, grâce à des changements anticipés à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances.

Selon son fondateur, le Dr Joe Flanders, de nombreuses personnes ont exprimé de l’intérêt pour le traitement à la kétamine, qui devrait commencer dans les prochaines semaines. La substance est déjà largement utilisée dans le système de santé comme anesthésique et antidépresseur. Dans le cadre de la psychothérapie, ce sont plutôt ses propriétés psychédéliques que l’on recherche. C’est généralement considéré comme un effet secondaire, dit le Dr Flanders.

Les substances aux propriétés psychédéliques augmentent la communication entre différentes régions du cerveau qui ne se parlent normalement pas, avance le psychologue. Lorsqu’on hallucine et que, soudainement, on peut voir de la musique, c’est exactement ce qui se passe, explique-t-il. En thérapie, il arrive la même chose au patient lorsqu’il parle de sa vie, de son histoire, de ses émotions.

La substance sera administrée une à deux fois par semaine lors de séances de psychothérapie, et ce, pendant trois mois. Le processus pour participer à ce type de traitement n’est pas simple. Le candidat doit être évalué par un médecin de famille, un psychiatre et un psychologue. La compagnie qui fournit la médication doit approuver chaque patient, étant donné le risque de dépendance.

Le produit, appelé Spravato, est administré à l’aide d’un vaporisateur nasal. Il s’agit en fait d’eskétamine, un médicament breveté par la pharmaceutique Jansson, qui est une molécule de kétamine légèrement modifiée, avec les mêmes effets. Toutefois, ce nouveau produit coûte beaucoup plus cher. Un traitement chez Mindspace peut donc s’élever à 15 000 $ et il n’est pas couvert par la Régie de l’assurance maladie du Québec.

On souhaiterait éventuellement pouvoir administrer la kétamine générique, mais elle n’est pas approuvée par Santé Canada pour le traitement de la dépression, déplore le Dr Joe Flanders. Entre-temps, nous avons créé un fonds pour pouvoir aider nos patients moins bien nantis.

Champignons magiques

Le psychiatre Simon Amar, membre de l’équipe de Mindspace, dirige d'ailleurs déjà des essais cliniques qui portent sur le traitement du choc post-traumatique par la MDMA, qui est l’ingrédient actif de l’ecstasy.

Au cours des prochains mois, la clinique souhaite aussi proposer des thérapies assistées à la psilocybine, l’agent hallucinogène des champignons magiques. Mindspace a d’ailleurs été acquise mercredi par Numinus Wellness, une entreprise publique basée à Vancouver qui est la première au Canada à avoir reçu un permis pour produire et extraire la psilocybine des champignons et à effectuer une récolte légale.

Elle a aussi l’autorisation de Santé Canada d’importer, exporter, posséder, tester et distribuer la MDMA, la psilocine, la DMT et la mescaline.

Des champignons séchés sont déposés sur une surface blanche.

Au cours des prochains mois, la clinique souhaite aussi proposer des thérapies assistées à la psilocybine, l’agent hallucinogène des champignons magiques.

Photo : iStock

Par contre, il n’est pas permis au Canada de traiter des patients avec la psilocybine. En 2013, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a modifié le Programme d’accès spécial (PAS), qui permet aux professionnels de la santé de demander un médicament non vendu au Canada, pour empêcher l'obtention des drogues d’usage restreint, comme la psilocybine et le LSD.

Le 12 décembre, Santé Canada a publié dans la Gazette du Canada un avis d’intention (Nouvelle fenêtre) de modifier le Règlement sur les aliments et drogues, ainsi que le Règlement sur les stupéfiants.

Reconnaissant ce besoin thérapeutique possible, Santé Canada se propose de rétablir l’accès aux drogues d’usage restreint aux fins de traitement par l’entremise du PAS et a lancé une consultation de 60 jours afin de recueillir des commentaires à cet égard, affirme la porte-parole Maryse Durette.

Le rétablissement de l’accès ne garantit pas que les demandes d’accès aux drogues d’usage restreint seraient approuvées. Toutes les demandes seront examinées au cas par cas, en tenant compte de l’innocuité, de l’efficacité et de la qualité du médicament, ainsi que des besoins particuliers du patient, ajoute-t-elle.

Ce changement éventuel ouvre donc la porte aux thérapies assistées à la psilocybine et à la MDMA à l’extérieur d’études cliniques chez Mindspace au courant des prochains mois, selon le Dr Flanders. C’est très excitant, se réjouit-il. On espère commencer dès cet hiver.

Usage récréatif

Selon Rick Doblin, le fondateur de l’Association multidisciplinaire pour les études psychédéliques, un chef de file américain dans le domaine depuis 1986, cette utilisation thérapeutique est une première étape pour la légalisation des drogues dans un contexte récréatif. Aux dernières élections américaines, l’Oregon est devenu le premier État américain à légaliser la psilocybine.

Notre stratégie est de terminer la guerre contre la drogue et de bâtir une société en meilleure santé, a dit M. Doblin au cours d'une entrevue réalisée en 2017 (Nouvelle fenêtre). Nous reconnaissons que la médicalisation de la drogue est un premier pas vers la légalisation complète. Comme avec le cannabis, en faisant de la recherche médicale, on démontre au public que les drogues sont moins dangereuses que ce que toute la propagande a pu nous faire croire.

Le Dr Joe Flanders est toutefois plus prudent quant à l’utilisation récréative de ces substances.

Les psychédéliques sont bien plus sécuritaires et causent beaucoup moins de problèmes de santé que l’alcool, par exemple, admet-il. Toutefois, il faut bien gérer leur administration, parce qu’elles peuvent mener à des problèmes psychologiques et psychotiques, des crises d’anxiété et des détresses énormes. Je trouve ça super qu’on soit en train de réintroduire ces drogues dans notre société. Mais ça doit se faire dans un cadre de santé, avec des professionnels pour superviser et soutenir les utilisateurs.

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