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Rachat d’armes : un contrat fédéral résilié en raison d’une vague d’intimidation

Des militants proarmes s’en sont pris à une firme de recrutement responsable d’un contrat lié au programme de rachat d’armes d’assaut de type militaire.

Un homme tient une arme AR-15 dans ses mains.

Un programme de rachat visant à offrir une « compensation juste » aux propriétaires d'armes bannies en mai au Canada a été promis par le gouvernement Trudeau.

Photo : The Canadian Press / JONATHAN HAYWARD

Un contrat lié au programme fédéral de rachat d’armes d’assaut de type militaire a été résilié la semaine dernière après que l’entreprise qui en était responsable a été la cible d’intimidation et de harcèlement de la part de militants proarmes. Des informations personnelles de sa PDG ont notamment été publiées sur les réseaux sociaux.

L’entreprise en question, la société de recrutement ontarienne Altis HR, ne participait pas directement à la mise en œuvre du programme. Elle avait obtenu un contrat de 60 000 $ pour recruter un gestionnaire de projet responsable de l’élaboration du plan de gestion du programme.

La Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu (CCDAF), un groupe de lobby de plus de 20 000 membres opposé au programme de rachat, a partagé le 7 décembre les détails de ce contrat (Nouvelle fenêtre) sur Twitter, affirmant qu’Altis a été sélectionné par le gouvernement fédéral pour faciliter le programme. Un lien menant vers le site web de la firme accompagnait ce Tweet.

De nombreuses publications hostiles à Altis HR ont suivi sur les réseaux sociaux. La vice-présidente des affaires publiques de la CCDAF, Tracey Wilson, a notamment publié une photo d’un groupe d’employés de l’entreprise en mentionnant qu’il s'agissait de la compagnie engagée pour prendre vos armes.

Divulgation d’informations personnelles et intimidation

Un abonné de la CCDAF a répondu à ce Tweet en publiant une photo sur laquelle figuraient des informations personnelles de la PDG de l’entreprise, Kathryn Tremblay, comme son numéro de téléphone cellulaire.

Soyez QUELQUE PEU polis… mais faites-lui savoir qu’elle vient de piler dans la MERDE!, peut-on lire en anglais dans ce Tweet.

D’autres informations personnelles de la PDG d’Altis HR, dont l’adresse de son chalet, ont également été publiées sur le web. Dans la soirée, son téléphone cellulaire était inondé de textos et de courriels qui lui ont fait craindre pour sa sécurité ainsi que celle de ses employés.

Je recevais des messages qui parlaient de brûler notre édifice ou d’autres messages du type “savez-vous à qui vous avez affaire?”, raconte Kathryn Tremblay en entrevue téléphonique.

Au départ, Mme Tremblay ne comprenait pas pourquoi elle était la cible de tels messages. C’est seulement le lendemain matin, en examinant de plus près le contrat avec le gouvernement fédéral, qu’elle a saisi ce qui se passait.

On place 8000 candidats par an et je ne m’implique pas personnellement dans chacun des cas. Nous sommes une entreprise de recrutement neutre. [Le rôle d’Altis dans le programme de rachat d’armes] a été mal interprété par des gens qui croyaient que nous nous étions vus confier la gestion de ce gros projet, explique-t-elle.

Placer un candidat n’est pas la même chose que gérer un projet.

Une citation de :Kathryn Tremblay, PDG et cofondatrice d'Altis HR

La page Facebook de l’entreprise a reçu de nombreux avis négatifs et messages agressifs. Son profil Google a également été bombardé de critiques négatives.

Il y avait toutes sortes de fausses informations comme quoi nous serions peut-être des communistes, de fausses informations sur ma famille, des propos agressifs, déclare Kathryn Tremblay. Beaucoup de ce qui a été écrit était préoccupant pour notre sécurité.

Contrat annulé

Face à ce que subissait sa firme, la PDG d’Altis HR juge qu’elle n’avait nul autre choix que de résilier le contrat du gestionnaire de projet, qui était en poste depuis un mois.

On ne veut pas être la cible de ce type de comportement agressif. On a travaillé si fort pendant plus de 30 ans afin de bâtir la compagnie, et la dernière chose qu’on veut est d’être associés à quoi que ce soit de négatif, affirme-t-elle.

L’entreprise a mis fin au contrat le 8 décembre, publiant ensuite un communiqué sur ses profils Facebook et LinkedIn annonçant la décision.

Une déclaration d'Altis HR, en anglais.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le communiqué d'Altis annonçant la résiliation du contrat.

Photo : Capture d'écran Facebook

La campagne d’intimidation a été décriée par le Secrétaire parlementaire du ministre de la Sécurité publique Joël Lightbound.

Il est inacceptable que le lobby proarmes ait encouragé les menaces, l'intimidation et le harcèlement de personnes qui essayaient simplement de faire leur travail, a-t-il déclaré par courriel. C'est irresponsable et totalement inacceptable. Par le passé, nous avons vu les conséquences réelles du doxing, ou de la publication en ligne des informations personnelles de quelqu'un sans son consentement, dans le seul but de permettre à d'autres personnes de proférer des menaces contre lui. Ce genre de comportement doit cesser.

Questionnée sur la façon d'éviter que les prochaines entreprises et personnes amenées à participer au programme de rachat d’armes soient mieux protégées d'intimidation en ligne, la porte-parole du ministre de la Sécurité publique Mary-Liz Power a déclaré par courriel que le gouvernement Trudeau examine ce qui peut être fait pour effacer ce type de harcèlement sur Internet et partout ailleurs.

Le lobby proarmes réagit

Face à nos demandes d’entrevue, la vice-présidente des affaires publiques de la CCDAF, Tracey Wilson, a seulement voulu fournir une déclaration écrite.

Ni moi ni la CCDAF ne cautionnons ou ne faisons la promotion de doxing ou de menaces de toute sorte. Dans le cas d’Altis HR, nous n’avons joué aucun rôle dans le harcèlement. En fait, nous avons travaillé directement avec Kathryn Tremblay pour l’atténuer, écrit Mme Wilson.

Tracey Wilson aux côtés d'un homme devant un micro.

Tracey Wilson (à droite) est vice-présidente des affaires publiques de la Coalition canadienne pour les droits aux armes à feu.

Photo : Coalition canadienne pour les droits aux armes à feu

La PDG d’Altis confirme avoir échangé des courriels et avoir eu une conversation téléphonique avec Tracey Wilson avant d’annuler le contrat.

Après notre conversation, elle a publié un message pour dire aux gens d’arrêter de nous menacer et on n’a plus reçu de messages agressifs par la suite. Nous avons aussi reçu plusieurs messages d’excuses, ajoute-t-elle, soulignant que ce comportement n’est pas représentatif de la majorité de l’industrie ou des propriétaires d’armes à feu.

L’entreprise a ensuite contacté Google et Facebook pour que les avis négatifs soient retirés de ses pages. Le tout s’est fait assez rapidement, dit Mme Tremblay.

Les militants proarmes et le harcèlement en ligne

Ce n’est pas la première fois que des militants proarmes canadiens s’en prennent à des personnes participant aux efforts qui visent à resserrer le contrôle des armes à feu en usant de tactiques d’intimidation.

L’an dernier, la CCDAF a publié en ligne des instructions étape par étape (Nouvelle fenêtre) sur le processus de plainte déontologique contre la chirurgienne traumatologue ontarienne Najma Ahmed, parce que cette dernière a fondé l’organisme Médecins canadiens pour un meilleur contrôle des armes à feu (CDPG). La Dre Ahmed a traité plusieurs victimes de la fusillade de l’avenue Danforth, à Toronto, qui a fait trois morts et 13 blessés en 2018.

Une médecin dans une salle opératoire dans un hôpital.

La Dre Najma Ahmed a fondé le groupe Médecins canadiens pour un meilleur contrôle des armes à feu.

Photo : Médecins canadiens pour un meilleur contrôle des armes

Elle a été attaquée presque immédiatement, et ces horribles attaques personnelles en ligne contre la Dre Ahmed et plusieurs de nos autres membres continuent encore à ce jour, fait savoir le Dr Philip Berger, un autre médecin membre du CDPG.

Ce que veut la Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu, c’est de faire taire quiconque est en désaccord avec ses opinions proarmes. Ils croient que posséder une arme est un droit, alors qu’il n’y a aucune garantie constitutionnelle pour les armes. C’est un privilège accordé par l’État. Et ils attaquent les gens plutôt que leurs idées, ajoute-t-il, prenant le soin de préciser que l’organisation ne représente pas la vaste majorité de propriétaires d’armes, qui sont des personnes décentes.

L’organisme PolySeSouvient, qui regroupe d'anciens étudiants et étudiantes de l'École polytechnique militant pour le contrôle des armes à feu, dit être la cible constante (Nouvelle fenêtre) de messages haineux et menaçants de la part de militants proarmes. Sa page Facebook a été piratée en plus d’être la cible de fausses plaintes (Nouvelle fenêtre) dans le but qu’elle soit fermée. Ses dirigeantes ont également reçu des photos d’armes semi-automatiques par message texte.

PolySeSouvient n’a pas voulu commenter l’incident récent concernant Altis HR.

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