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Renvoi soudain d’une interprète médicale à T.-N.-L. qui a critiqué les mesures d’isolement

« J’étais clairement compétente et je sais à quel point je me donnais à fond. »

Stéphanie Bowring.

L'interprète médicale Stéphanie Bowring a été soudainement congédiée le 27 novembre dernier.

Photo : Gracieuseté - Stéphanie Bowring

Une interprète médicale à Terre-Neuve a été soudainement congédiée après avoir envoyé au premier ministre une lettre critiquant les mesures d’isolement imposées aux patients de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Après presque deux ans en poste, Stéphanie Bowring, la coordonnatrice des services d’interprétation pour les patients arrivant de l’archipel français, a été renvoyée sans motif le 27 novembre par la Fédération des francophones de Terre-Neuve et du Labrador (FFTNL).

Aucune explication ne m’a été donnée, raconte-t-elle.

J’ai écrit au premier ministre de la province, avec le ministre de la Santé en copie, c’était en fin de journée, 16 h 20, et le lendemain je suis licenciée.

Stéphanie Bowring, interprète médicale

Dans deux courriels — un premier envoyé au vice-président de la régie de santé de l’est de Terre-Neuve, Ron Johnson, et un deuxième au premier ministre, Andrew Furey, et au ministre de la Santé, John Haggie — Mme Bowring a suggéré d’assouplir une nouvelle règle annoncée le 26 novembre pour les patients de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Eastern Health [la régie de santé de l’est] avait décidé une mesure supplémentaire, c’est-à-dire d’isoler les patients à l’intérieur de l’hôpital, explique Mme Bowring. Ça voulait dire qu’ils sont mis dans des salles à part, que le personnel médical mette de l’équipement de protection individuelle, qu’ils désinfectent chaque salle après le passage de chaque Saint-Pierrais ou Miquelonnais, comme s’ils avaient la COVID.

Elle note que les patients arrivant de Saint-Pierre-et-Miquelon, une collectivité d’outre-mer de 6000 habitants, devaient déjà respecter une quarantaine stricte avant d'être admis à l’hôpital. L’archipel n’a dépisté qu’une poignée de cas positifs depuis le début de la pandémie.

Nous, les interprètes, on est physiquement avec les patients. On les voit, on entend leurs commentaires, on entend les gens dire : "Si j'avais su, je ne serais pas venu", explique-t-elle, en précisant que de nombreux rendez-vous ont déjà été reportés ou annulés à cause des règles sanitaires.

Je voulais agir vite

Mme Bowring croit que la régie de santé est allée trop loin dans sa plus récente interprétation de la réglementation fédérale, qui oblige les voyageurs de Saint-Pierre-et-Miquelon à se mettre en quarantaine dès leur arrivée en sol canadien. Elle rappelle que, selon le décret fédéral (Nouvelle fenêtre), les règles sur la quarantaine stricte ne s’appliquent pas pendant la durée de toute urgence médicale ou de tout service ou traitement médical essentiel.

Je savais que les patients allaient arriver le lendemain, dit-elle. Je voulais agir vite pour attirer l’attention sur le problème dans l’espoir que [les nouvelles règles] soient rendues inutiles.

Mme Bowring se dit convaincue que sa lettre au premier ministre et au ministre de la Santé a mené à son congédiement. Elle dit que la FFTNL lui avait offert de nouvelles responsabilités assorties d'une augmentation de salaire deux jours avant son licenciement.

J’étais clairement compétente et je sais à quel point je me donnais à fond. J’étais tout le temps en train de trouver des pistes de solution et de remettre des choses en question, dans l’intérêt des patients et des accompagnateurs, et surtout dans le contexte de la COVID, souligne-t-elle.

La FFTNL ne commente pas le congédiement

Le directeur de la FFTNL, Gaël Corbineau, refuse de commenter le congédiement de Mme Bowring.

Pour des raisons aisément compréhensibles de confidentialité, la FFTNL en tant qu’employeur ne communique pas publiquement ce qui concerne ses relations avec ses (ex) employés, écrit-il dans un courriel.

Meghan McCabe, une porte-parole du Cabinet du premier ministre, indique qu’il n’y a aucun lien entre le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador et le statut d’employée de Mme Bowring.

Toute allégation en ce sens est fausse.

La régie de santé souligne que Mme Bowring n’est pas employée de l’autorité sanitaire et a redirigé nos questions à la FFTNL.

Je ne dis pas que mes actions étaient parfaites

Mme Bowring, qui assistait aux rendez-vous d’entre 5 et 15 patients français par semaine avant de perdre son emploi, dit vouloir retourner au travail. Avant son congédiement, elle se préparait à acheter une maison à Saint-Jean pour s’y installer de façon permanente.

Je ne dis pas que mes actions étaient parfaites, dit-elle. Le problème, c'est le caractère radical de la mesure à mon encontre. Voilà, ce n'est pas comme si je suis allée sur Facebook pour critiquer qui que ce soit.

Il y a deux postes d’interprète médical consacrés aux patients de Saint-Pierre-et-Miquelon à Saint-Jean. Les interprètes sont des employés de la FFTNL, mais leur bureau et leur salaire sont financés par la Caisse de prévoyance sociale de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Avec les informations de Ted Blades, CBC

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