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Mourir (ou presque) pour apprendre à mieux habiter sa vie

Un gros plan du visage de Vianney Gallant, qui se tient debout dans sa cour enneigée le 19 décembre 2020.

Je dis souvent à la blague que j'étais « mouru ». Parce que si le médecin ne me réanimait pas, j'étais mort.

Photo : Radio-Canada / Simon Rail-Laplante

Radio-Canada

Que ce soit la perte d'un être cher, une rencontre marquante ou une perte d'emploi, la pandémie a provoqué de grands changements dans nos vies. Dans le cadre de la série Récits d'une pandémie, nous vous présentons des témoignages de gens d'ici qui vous transporteront dans un univers bouleversé par la COVID-19.


Propos de Vianney Gallant, recueillis par Catherine Poisson


La première fois que j'ai entendu le mot déhiscence, je me suis tourné vers ma femme pour m'exclamer : quel beau mot!

C'était le 24 mars à l'hôpital de Rimouski, juste avant mon opération pour un cancer de l'intestin. Le médecin énumérait les complications possibles.

Déhiscence, 2 % de chances. Presque rien.

Eh bien... c'est ce que j'ai eu.

La déhiscence, c'est le fait que tes organes ne veulent plus se recoller ensemble après l'opération. Donc, au lieu de passer de deux à quatre jours à l'hôpital, j'y suis resté une dizaine de jours. Et comme ça ne guérissait toujours pas, le médecin a dû me faire une stomie, t'sais, un sac qui récolte ce qui sort des intestins...

La souffrance était horrible et les pilules me donnaient de drôles d'hallucinations.

Ma peau ne voulait pas accepter le sac. Il y a eu tellement d'infection qu'une jeune préposée a pleuré en voyant ça. Finalement, c'est ma femme qui a été la meilleure et qui a réussi à le faire tenir en place.

Ensuite, je suis rentré à la maison pour me rétablir.

Mais après seulement quelques jours, je suis tombé dans le coma et je suis retourné en ambulance à l'hôpital. Et il était moins une!

Je dis souvent à la blague que j'étais mouru. Parce que si le médecin ne me réanimait pas, j'étais mort.

Cette fois, je me suis retrouvé aux soins intensifs.

J'étais complètement tombé à zéro. Plus capable de me tenir debout. Juste me lever du lit et aller m'asseoir sur une chaise, c'était comme courir un marathon, même pire.

J'ai encore passé une dizaine de jours à l'hôpital, puis je suis rentré à la maison.

C'est là que j'ai eu une occlusion. Un petit tuyau s'est bouché, au point où je n'arrivais même plus à boire de l'eau. Alors je suis retourné à l'hôpital...

Gros plan du visage de Vianney Gallant.

On dit combattre un cancer, mais je n'ai pas l'impression que j'ai combattu un cancer. C'est quelque chose qui t'arrive, et tant mieux si ça aide l'ego à se tasser un peu.

Photo : Gracieuseté : Vianney Gallant

Au total, j'ai été hospitalisé 35 jours sur une période de 2 mois.

En pleine pandémie, donc sans aucune visite, sans voir ma fille! J'étais tellement faible que j'avais du mal à tenir le téléphone. Même parler, c'était fatigant. Ça, c'est la faute de l'alitement.

J'ai perdu au moins 30 livres de masse musculaire et j'ai dû faire de la physiothérapie pour réapprendre à monter des marches.

Alors, quand je suis finalement revenu à la maison, c'était avec un déambulateur. C'est un peu comme une marchette.

J'ai commencé à marcher 100 mètres par jour, puis 150, puis 200...

J'ai eu l'impression de perdre presque deux mois d'été. Je ne pouvais pas profiter du beau temps, je ne pouvais pas aller sur la plage, je devais m'occuper de mon corps.

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Est-ce que j'ai eu peur de mourir? Non, j'ai eu peur de souffrir. Sur le coup, quand tu te réveilles à l'hôpital et qu'il y a une personne pour chacun de tes membres, des médecins et des infirmières qui essaient de te ranimer... tu te dis, pfff, c'est pas grave, mourir.

Puis, après quelques jours, tu reçois des appels de tes proches, et l'impulsion de vivre revient.

L'amour, ça tient tout en vie.

J'ai eu un cadeau : celui de garder un bon moral dans tout ça. Je n'essayais pas de savoir si j'allais guérir, j'essayais juste d'être là.

On dit combattre un cancer, mais je n'ai pas l'impression que j'ai combattu un cancer. C'est quelque chose qui t'arrive, et tant mieux si ça aide l'ego à se tasser un peu.

J'habite mieux la vie qu'avant.

Vianney Gallant est assis dans sa cour, le 19 décembre 2020.

J'ai eu un cadeau : celui de garder un bon moral dans tout ça. Je n'essayais pas de savoir si j'allais guérir, j'essayais juste d'être là.

Photo : Radio-Canada / Simon Rail-Laplante

J'ai eu 70 ans. J'ai écrit un livre qui vient d'être publié en France. Je suis heureux.

Sur le plan physique, tout est presque remis en place, sauf que j'ai encore la stomie. Je devais être opéré au mois de septembre, mais c'est reporté à l'hiver, et je ne sais pas si la déhiscence va être guérie. Je suis en sursis... Il ne faut pas trop que j'y pense.

Maintenant, le mot déhiscence, c'est un gros panneau lumineux qui crie danger et qui a le pouvoir de me faire pleurer.

Parce que tout part de là. Sans elle, j'aurais passé seulement quatre jours à l'hôpital, je n'aurais pas perdu 30 livres, je n'aurais pas perdu mon été à essayer de marcher 150 mètres par jour.

Mais bon, ça reste un maudit beau mot pareil.

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