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Sticky Rice, un magazine décomplexé sur l'identité asiatique d’ici

Des modèles d'origine asiatique posent devant une pagode.

Le webzine vise à faire connaître les points de vue et les expériences de la communauté asiatique d'ici.

Photo : Sticky Rice Magazine / Lian Benoit

Denis Wong

Déboulonner le mythe de la minorité modèle, ou encore aborder la représentation queer asiatique dans le Québec du 21e siècle : avec des conversations franches sur des sujets parfois considérés comme tabous dans les communautés asiatiques, le webzine socioculturel Sticky Rice, lancé en pleine pandémie, propose de redéfinir les contours de cette identité.

La communauté asiatique est tellement diversifiée de par ses origines ethniques et culturelles différentes, affirme Viet Tran, rédacteur en chef du magazine Sticky Rice. « Et au sein de ce groupe, que l’on soit un homme, une femme ou une personne trans, on vit les choses différemment. Je pense qu’il faut éveiller nos consciences par rapport aux enjeux de l’intersectionnalité. »

Selon lui, la communauté asiatique d’ici est encore vue par la majorité comme étant monolithique et homogène. D’origine vietnamienne, il voulait s’attaquer à cette perception en faisant connaître des points de vue et des expériences provenant des membres de la communauté vivant au Québec et au Canada.

Le reflet de Viet Tran se distingue dans un miroir.

Viet Tran est le rédacteur en chef du magazine « Sticky Rice ».

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

En 2018, il a imaginé avec trois partenaires cette plateforme numérique où les nuances de cette identité pourraient se révéler.

J’ai écrit un message dans un groupe Facebook d’artistes asiatiques qui se rassemblaient surtout pour manger, raconte Viet Tran, qui est médecin résident en psychiatrie à l’Université McGill. Lorsque j’ai parlé de mon sujet à ce collectif, plein de gens se sont ralliés au projet. J’ai l’impression qu’il y avait un besoin. Depuis qu’on a lancé le magazine, je suis débordé par les courriels et je ne suis pas capable de répondre à tout le monde.

Ici, les plumes s’expriment non pas pour généraliser les expériences, mais bien pour les multiplier. Une rédactrice d’origine chinoise parle de la réalité qui consiste à grandir dans un milieu éminemment québécois en tant qu’enfant adoptée. Une autre, d’origine coréenne, décrit son rapport à la culture de la performance, dans laquelle elle ne se sent pas à l’aise.

Sur cette plateforme consacrée au design et aux sujets de société, des artistes asiatiques en photographie et en illustration ont aussi l’occasion de mettre leur talent en valeur.

On aimait l’aspect minimaliste, mais on a choisi d’entremêler à ce minimalisme un côté chargé qui nous rappelle les grandes villes asiatiques, décrit Viet Tran. Il y a dans ces endroits tellement de bruits, de sons, d’odeurs et de lumières... On voulait que ça se sente dans l’esthétique du site web.

Des modèles d'origine asiatique posent devant une pagode.

Dans le magazine, des modèles et des artistes asiatiques en photographie et en illustration ont l’occasion de se mettre en valeur.

Photo : Sticky Rice Magazine / Lian Benoit

La minorité modèle, un mythe à déconstruire

En toile de fond, le webzine veut aussi soutenir les autres communautés culturelles et favoriser une société plus inclusive.

« Le premier numéro est sorti tout de suite après que le mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs compte) a pris de l’ampleur, explique Viet Tran. Dans ce contexte, on voulait aussi faire un statement [prendre position] et inspirer notre communauté à être solidaire avec les autres groupes marginalisés. Pendant trop longtemps, les voix asiatiques n’ont pas été entendues dans les conversations entourant la race. »

Portant sur le mythe de la minorité modèle, ce premier numéro, sorti en juin dernier, tombait à point. On y apprend que le concept de minorité modèle provient des États-Unis, où le succès d’une certaine tranche de la population asiatique s’est transformé en stéréotype au cours des années 1960 et 1970. Historiquement, ce mythe a été utilisé par la majorité à l'encontre d'autres groupes marginalisés, notamment la communauté afro-américaine.

On a longtemps été dépeints comme des gens qui s’adaptent bien et qui ne se plaignent pas. Pourquoi les autres ne peuvent pas être comme les Asiatiques? Je trouvais que ce discours était toxique et je trouvais ça important qu’on se positionne par rapport à cette question.

Viet Tran, rédacteur en chef du magazine « Sticky Rice »

Ce stéréotype a traversé les frontières, mais lorsque la pandémie a éclaté, cette étiquette s’est rapidement décollée pour faire place à un racisme antiasiatique bien documenté. S’il est vrai que certaines valeurs comme l’éducation et la famille sont importantes pour les familles émigrant de l’Asie, les associer uniformément à la communauté est une erreur, selon Viet Tran.

Notre silence a perpétué ce stéréotype, dit-il. Et je pense que c’est le moment d’en parler et de briser le silence.

Un numéro sur la représentation queer asiatique

Le webzine compte présenter chaque année deux numéros portant sur des thèmes précis, en plus de ses publications ponctuelles sur le web et sur Instagram. Pour le deuxième numéro, dont la parution est prévue le 20 janvier prochain, le magazine abordera le sujet de la représentation queer asiatique.

Viet Tran, qui s’identifie comme queer, estime que le sujet de l’identité sexuelle des personnes LGBTQ est souvent tabou dans les communautés asiatiques.

Je pense que la première étape est simplement d’en parler, d’ouvrir un dialogue, mentionne-t-il. Je ne peux pas dire que j’ai la solution [pour faire tomber ce tabou], mais il faut d’abord savoir comment les gens se sentent par rapport à la diversité sexuelle. Je me suis dit qu’il fallait aller chercher les histoires des gens les moins représentés de la communauté.

Portrait de Viet Tran dans le salon d'un appartement.

Selon Viet Tran, le sujet de l’identité sexuelle des personnes LGBTQ est souvent tabou dans les communautés asiatiques.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Près d’une centaine de personnes, y compris l’équipe éditoriale, se sont impliquées bénévolement dans la création des deux premiers numéros. Le premier a été publié en anglais seulement, mais le magazine est voué à devenir bilingue prochainement. De plus, Viet Tran aimerait y inclure plus de voix de l’Asie du Sud ou du Proche-Orient.

Je pense qu’il y a une question à se poser là aussi : qui est vraiment considéré comme asiatique dans les médias et la culture populaire? Très souvent, ce sont les gens de la Chine, du Japon, de la Corée, du Vietnam... Mais il y a plusieurs communautés qui ne sont pas vues ou représentées, précise le rédacteur en chef.

Ces réflexions contemporaines sont au cœur de la démarche de l’équipe de Sticky Rice, même si elles sont complexes à aborder. Après tout, ce n’est jamais facile de changer des schèmes de pensée qui collent depuis si longtemps.

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