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Des adieux troublés par la distance

Une personne âgée est alitée. Quelqu'un lui tient la main.

La COVID nous a empêchés d’avoir des moments de qualité avec lui, à la fin de sa vie.

Photo : iStock

Radio-Canada

Que ce soit la perte d'un être cher, une rencontre marquante ou une perte d'emploi, la pandémie a provoqué de grands changements dans nos vies. Dans le cadre de la série Récits d'une pandémie, nous vous présentons des témoignages de gens d'ici qui vous transporteront dans un univers bouleversé par la COVID-19.


Propos de Linda recueillis par Julie Tremblay


Mon père était un peu perdu dans le temps, dépendant des jours, un peu dans l’espace aussi. Il avait des pertes cognitives.

Je pense que quand il me voyait, quand il entendait ma voix, ça le ramenait un peu au temps présent. Même dans les moments où il était un peu confus, il était en confiance avec moi.

À la fin de mes visites à sa résidence intermédiaire, il me disait qu’il était content et que j’avais fait sa journée. Il me disait qu’il savait qui j’étais, même s'il ne m’avait pas reconnue quand j’étais arrivée.

En février dernier, il a fait une grosse pneumonie. Il avait 91 ans. On était inquiets, mais finalement, il a bien réagi aux antibiotiques, il est retourné à sa résidence.

Après, je suis retournée le voir, c’était autour du 5 mars. Ce n’était pas encore la pandémie, mais vu qu’il avait fait une pneumonie, il a fallu que je mette un masque, une jaquette, des gants.

C’est la dernière fois que j’ai pu avoir une conversation avec lui face à face.

Bannière vers notre portail Récits d'une pandémie.

Dans les semaines qui ont suivi, il a pris du mieux. J’aurais aimé retourner le voir, mais il y avait la pandémie. Papa restait dans une chambre à l’étage, donc je ne pouvais pas aller le voir, même dehors, à travers la fenêtre. On avait juste des contacts téléphoniques. Il était habitué à ce que j’aille le voir. Il ne comprenait pas pourquoi je n’y allais pas.

Souvent, il tombait et il allait à l’urgence. Quand il revenait à sa résidence, il était en confinement dans sa chambre pendant 14 jours. Comme il tombait régulièrement, mon père a passé les derniers mois de sa vie seul dans sa chambre, en confinement. C’est terrible.

Les mains d'un homme âgé assis sur son lit.

La pandémie nous a fait comprendre à quel point c’est précieux, les contacts et le partage, pour les humains.

Photo : iStock

Il ne comprenait pas trop ce que c’était, la pandémie. Je lui expliquais que c’était mondial, que c’était pour ça qu’on ne pouvait pas aller le voir, qu’il ne pouvait pas sortir de sa chambre. Il a fini par accepter ça, mais à un moment donné, c’était long, alors il s’est tanné.

Il se demandait si sa vie allait finir comme ça. Il disait : C’est plate, on est pognés icitte, jamais personne qui vient nous visiter.

Il perdait le moral et il s’est mis à manger moins.

Puis il a fait une deuxième pneumonie. Son état s’est détérioré assez vite. On savait qu’à un moment donné, les entrées et sorties à l’hôpital, ça ne pouvait pas durer. Seulement, la COVID embarquait par-dessus ça et on ne pouvait pas aller le voir. C’était difficile.

À la toute fin, j’ai pu y aller. Quand je suis arrivée, il ne parlait plus, mais il réagissait encore un peu. Je lui caressais le bras, ça le calmait. Je lui parlais et je chantais, j’essayais de me rappeler des chansons qu’il aimait.

On n’avait pas le droit d’être plus d’un visiteur dans la chambre, donc quand j’y suis allée, j’étais toute seule. Normalement, il y a un petit salon, le reste de la famille peut être là et se relayer auprès de la personne qui est malade. On peut se soutenir entre nous. Pas là. C’est difficile d’être seul à côté d’une personne qu’on aime pendant qu’elle s’en va tranquillement.

J’ai toujours pensé que si j’avais pu aller le voir plus… je sais pas, ça l’aurait aidé à prendre du mieux, parce que là, il était vraiment tout seul. J’aurais aimé l’accompagner davantage vers la fin, et je ne pouvais pas. La COVID nous a empêchés d’avoir des moments de qualité avec lui, à la fin de sa vie.

Papa avait 91 ans. C’est quand même normal, la mort, à cet âge-là, il faut que j’en revienne. Mais j’ai de la misère. Quand je me plonge dans le contexte de cette période-là, c’est difficile encore. C’est triste pour les personnes qui partent, et aussi pour celles qui restent, qui n’ont pas pu dire adieu comme il faut à leurs proches.

Quand il n’y aura plus de COVID, je pense que ça va aller mieux. La pandémie nous a fait comprendre à quel point c’est précieux, les contacts et le partage, pour les humains.

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