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COVID-19 : Pourquoi l'Allemagne n'est plus la « bonne élève » de l'Europe

Souvent caricaturés en peuple discipliné, les Allemands ont beaucoup de difficultés à reproduire les efforts consentis au printemps.

Des travailleurs de la santé portant des équipements de protection sont aux aguets dans un corridor.

Des travailleurs de la santé participent à un exercice d'incendie dans un hôpital temporaire mis sur pied à Berlin pour accueillir des personnes infectées par la COVID-19.

Photo : Reuters / FABRIZIO BENSCH

Agence France-Presse

« Bonne élève » de l'Europe au début de la pandémie de COVID-19, l'Allemagne voit désormais virer au rouge tous ses voyants, faute d'avoir imposé des mesures draconiennes à l'ensemble du pays ces derniers mois.

L'Allemagne a ainsi battu jeudi son record d'infections quotidiennes, avec plus de 30 000 nouveaux cas. La veille, elle avait enregistré 950 décès, là aussi un nombre jamais atteint. 83 % des lits de réanimation sont occupés, selon l'institut Robert Koch (RKI).

Vanté avant l'été pour sa souplesse, le système fédéral allemand est désormais montré du doigt.

Partisane d'une ligne dure, Angela Merkel n'a pas le pouvoir d'imposer, lors de leurs régulières négociations, des mesures aux 16 États-régions (Länder).

De l'aveu des décideurs, le coche a été manqué fin octobre, quand des régions ont tenu tête au gouvernement fédéral qui souhaitait alors un durcissement.

Des experts plaidaient pour un verrouillage dur de trois semaines en novembre pour que le taux d'infection soit contenu en deçà de 50 pour 100 000 habitants.

Les autorités sanitaires, soutenues par Mme Merkel, souhaitaient réduire au maximum les contacts entre jeunes ou une mise à l'isolement des personnes enrhumées.

Un couple, vu de dos, marche dans une rue désertée d'un centre-ville.

Un couple d'Allemands marche dans les rues de Cologne, au lendemain de la fermeture des commerces dans tout le pays.

Photo : Reuters / THILO SCHMUELGEN

Mais nombre de Länder, soucieux de voir leur économie repartir et inquiets devant la montée en puissance du mouvement antimasque, ont refusé.

Des tribunaux ont aussi cassé les restrictions d'hébergement et de déplacement des vacanciers pendant les congés d'automne, ajoutant à la cacophonie.

La chancelière, dont la popularité est au zénith, s'était alors dite insatisfaite, mais n'a rien pu imposer.

La plus grande erreur de calcul politique de l'année

Un temps précieux a ainsi été perdu. Il s'agit sans doute de la plus grande erreur de calcul politique de l'année, déplorait samedi l'hebdomadaire Der Spiegel.

Malgré la fermeture des bars, restaurants et lieux culturels, seuls six Länder ont vu leur incidence sur sept jours baisser depuis le 2 novembre.

Souvent caricaturés en peuple discipliné, les Allemands ont les pires difficultés à reproduire les efforts consentis au printemps. Les stands de vin chaud, une tradition avant les Fêtes, attirent dans les rues des foules compactes.

Deux hommes marchent devant un conteneur réfrigéré.

Dans la ville de Hanau, un conteneur réfrigéré a été installé au cimetière, après que la morgue locale eut atteint sa capacité maximale.

Photo : Getty Images / Thomas Lohnes

Les fermetures de restaurants et bars ont été contournées grâce à la vente à emporter, qui permet en fait aux clients de consommer avec des contacts.

Lors du confinement du printemps, nous avons réduit les contacts de 63 %. Pour le moment, nous n'avons pu réduire les contacts que de 43 %, ce qui n'est tout simplement pas suffisant.

Christian Drosten, virologue

Le RKI estime à 60 % une réduction efficace des contacts.

L'application anti-COVID montre aussi ses limites. Elle a été téléchargée par 23,5 millions de personnes, mais moins de la moitié des utilisateurs positifs ont déclaré leur contagiosité.

L'ex-Allemagne de l'Est durement touchée

La situation est particulièrement dramatique dans des régions de l'ex-Allemagne de l'Est, en particulier la Saxe et la Thuringe, dont les taux d'infection atteignaient jeudi 407 et 255 pour 100 000 habitants, au-dessus de la moyenne fédérale (179,2).

À part le district bavarois de Regen, le plus touché d'Allemagne, les localités où le virus est le plus actif, comme Görlitz ou Bautzen, figurent toutes en Saxe. Leur taux d'incidence est supérieur à 600 pour 100 000 habitants.

Une vieille femme attend au feu de circulation, devant le marché.

Le marché de Noël de la Tauentzienstrasse a commencé à être démantelé mercredi à Berlin.

Photo : afp via getty images / Odd Andersen

Après avoir critiqué l'hystérie du gouvernement, le dirigeant conservateur de la Saxe, Michael Kretschmer, a dû reconnaître que la pandémie y avait été sous-estimée et imposer en catastrophe des restrictions.

Coïncidence ou corrélation, cette région se caractérise par le dynamisme du mouvement antimasque et l'enracinement de l'extrême droite.

Les maisons de retraite durement touchées

Nous constatons malheureusement de plus en plus de foyers dans les maisons de retraite, déplore le président du RKI, Lothar Wieler.

Dans la seule ville de Berlin, le nombre de pensionnaires déclarés positifs a plus que doublé depuis mi-novembre, pour dépasser les 2000 cas, selon le Sénat de la capitale.

Cette situation influe sur le nombre de décès, qui dépasse en Allemagne les 24 000. 87,2 % des personnes décédées de la COVID-19 avaient plus de 69 ans, selon l'institut Statista.

Dans tout le pays, les établissements s'alarment d'un manque de personnel qui ne permet pas de tester et d'isoler rapidement pensionnaires et aides-soignants.

Seuls 17 % du personnel soignant juge suffisantes les mesures de dépistage qui lui sont destinées, selon la fédération Diaconie.

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