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Éric Salvail acquitté

Même s’il ne croit pas l’accusé, le tribunal se retrouve dans une situation où la présomption d'innocence doit être maintenue.

Gros plan d'Éric Salvail qui porte un masque noir.

Éric Salvail faisait face à des accusations d'agression sexuelle, de séquestration et de harcèlement.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

L'ex-animateur Éric Salvail est acquitté des accusations d'agression sexuelle, de séquestration et de harcèlement. Le juge a déterminé que la preuve ainsi que le témoignage de Donald Duguay ne permettaient pas de démontrer hors de tout doute raisonnable la culpabilité de l'accusé.

Le juge Alexandre Dalmau de la Cour du Québec estime que le témoignage de Donald Duguay contient trop de contradictions avec la preuve fournie par la défense et avec sa version des faits déposée auprès des policiers en 2017. Sa tendance à l’exagération et son incapacité à reconnaître la faiblesse de certains détails de son témoignage ont aussi entamé sa crédibilité.

L'ensemble des facteurs analysés permet d'inférer que le plaignant prend de sérieuses libertés avec la vérité, qu'il fabrique peut-être même des portions de son témoignage.

Le juge Alexandre Dalmau de la Cour du Québec, dans son jugement

Le juge souligne toutefois que les allégations du plaignant ne sont pas farfelues en soi. Ce qu’il décrit est plausible, ajoute-t-il, contrairement à ce qu’a affirmé Éric Salvail lors de son témoignage. Il ajoute qu’il ne croit pas l’accusé lorsqu’il dit qu’il n’est pas le genre de personne à harceler ou agresser.

Un témoignage contradictoire

Éric Salvail ne travaillait pas au courrier de Radio-Canada aux dates où l’agression présumée aurait eu lieu, comme le montre son dossier d'employé à Radio-Canada, et le plaignant a refusé d’admettre qu’il pourrait s’être trompé sur ce point.

Le juge estime que cela ouvre la porte au fait qu’il a peut-être fabriqué une partie de son récit. Il souligne toutefois que, si les événements décrits par un plaignant sont exacts, mais qu’il se trompe sur la période, le tribunal pourrait tout de même être convaincu hors de tout doute raisonnable que l’accusé a commis les infractions.

Donald Duguay s’est également contredit sur un détail pas banal, selon le juge, soit celui du nombre d’urinoirs dans la toilette où se seraient déroulés les faits allégués. Ayant initialement déclaré aux policiers se souvenir d'avoir été plaqué au mur entre deux urinoirs lors de cette agression alléguée, Donald Duguay a dit lors de l’enquête préliminaire qu'il n'y en avait finalement qu'un seul.

Il aurait aussi ajouté des détails, dans son témoignage lors du procès, qu’il n’avait pas révélés aux policiers en 2017. Il aurait essayé de tordre un doigt à Éric Salvail et lui aurait donné un coup de genou, par exemple.

Donald Duguay marche dans un couloir du palais de justice de Montréal.

La victime présumée, Donald Duguay, 47 ans, dit avoir subi les tourments d'Éric Salvail pendant une période de huit mois, en 1993.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une décision bien fondée

Me Amélie Rivard, procureure de la Couronne, estime que la décision est bien fondée en droit et qu’elle se base sur une analyse factuelle détaillée. Elle ajoute qu’il est toutefois trop tôt pour prendre position sur les avenues qui pourront s'ouvrir face à la décision du tribunal.

Elle encourage aussi les victimes d’actes criminels à dénoncer leurs agresseurs malgré l’acquittement de deux accusés dans des dossiers de violence sexuelle très médiatisés cette semaine, en faisant référence au procès de Gilbert Rozon, acquitté mardi d'accusations de viol et d'attentat à la pudeur.

Je souhaite du plus profond de mon cœur que ces acquittements-là ne découragent pas les victimes à porter plainte auprès des policiers pour toute violence sexuelle ou pour tout autre crime.

Me Amélie Rivard, procureure du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP)

Ces événements sont graves, sont tristes et ont de lourdes conséquences dans la vie des plaignants, ajoute-t-elle. Il faut beaucoup de courage pour rendre un témoignage à la Cour et pour traverser le processus judiciaire.

Un comportement vulgaire dès leur première rencontre

Donald Duguay a témoigné en février qu'Éric Salvail l'a séquestré et agressé sexuellement dans une salle de bain de la Maison de Radio-Canada en 1993. Il lui aurait auparavant fait des avances pendant huit mois, notamment des commentaires sexuels et des attouchements inappropriés sur les lieux de travail.

Éric Salvail a choisi de témoigner lors du procès. Il a nié en bloc toutes les allégations dont il faisait l'objet. Il a même qualifié de farfelu l'épisode d'agression sexuelle et de séquestration relaté par Donald Duguay. Il a de plus fait valoir à plusieurs reprises qu'il ne travaillait plus à Radio-Canada au moment où les gestes qu'on lui reproche auraient été commis.

Éric Salvail et Michel Massicotte au palais de justice de Montréal.

Éric Salvail et son avocat Me Michel Massicotte à la sortie du procès, le 18 décembre 2020

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Si la défense s'est affairée à attaquer la crédibilité de M. Duguay, Me Amélie Rivard a répliqué avec les mêmes armes. En plaidoirie, elle s'en est prise au témoignage d'Éric Salvail, qu'elle a qualifié d'invraisemblable et d'incohérent, et a soutenu qu'il devrait être rejeté dans son intégralité.

Donald Duguay, qui a dit avoir rencontré Éric Salvail alors qu’il remplaçait comme commis à la dépêche radio à Radio-Canada en 1992, a dû le former au service du courrier – son poste habituel – en avril 1993.

Les problèmes ont commencé avec M. Salvail dès le premier matin, a-t-il affirmé lors de son témoignage au procès. Salvail lui aurait dit : Tu as un beau petit cul, toi. Selon l’avocat de l’accusé, le plaignant a déjà confié aux policiers qu’il était très mal à l’aise et qu’il n’avait jamais vécu ça avant.

Entre juillet et août, le plaignant a dit se souvenir d'une vingtaine d’attouchements sexuels et d'une quarantaine de commentaires sexuels inconvenants de la part de l'accusé.

Le 29 octobre, lors d'une fête d'Halloween au travail, l'accusé l'aurait rejoint aux toilettes, se serait sorti le sexe pour se masturber devant lui, et aurait tenté de lui saisir la main pour qu'il le touche. Une bousculade aurait suivi.

Il a dépassé la ligne, selon un ex-collègue

Trois anciens collègues d’Éric Salvail ont fait état de propos sexuels déplacés et d'attouchements non désirés de la part de l'ex-animateur vedette, dans des déclarations faites aux policiers en mars et déposées en Cour le 9 novembre. Éric Salvail se serait aussi exhibé devant l'un d'entre eux. Il a dépassé la ligne, a déclaré l'un des hommes.

Arrivée de Me Michel Massicotte au palais de justice de Montréal où se déroule le procès d'Éric Salvail.

L’avocat d'Éric Salvail, Me Michel Massicotte

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La Couronne souhaitait démontrer que l’affirmation d’Éric Salvail, selon laquelle il n’est pas le genre de personne à commettre les actes reprochés par Donald Duguay, était fausse. La défense a renoncé à son droit de contre-interroger les trois hommes.

Dans son jugement, le juge affirme que ces témoignages détruisent l’image que l’accusé souhaite projeter, ce qui mine grandement sa crédibilité.

Contrairement à ce qu’il prétend, cette preuve démontre qu’il est une personne susceptible de poser des gestes tels que ceux décrits par le plaignant.

Le juge Alexandre Dalmau de la Cour du Québec, dans son jugement

Retrait de la vie publique

Le procès devant juge seul s'est conclu à la mi-novembre. Éric Salvail a été arrêté le 15 janvier 2019 par les agents du Service de police de la Ville de Montréal dans la foulée de nombreuses allégations d'inconduites sexuelles.

Il a peu à peu disparu de la sphère publique après qu'une enquête du quotidien La Presse en octobre 2017 eut fait état d'allégations le concernant. Plusieurs personnes ont dit avoir été victimes ou témoins d'inconduites sexuelles de sa part.

Animateur populaire, Éric Salvail pilotait l’émission quotidienne En mode Salvail à la chaîne V depuis 2013. Il était aussi à la tête de sa propre maison de production.

Avec les informations de Geneviève Garon et de La Presse canadienne

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