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Près de 3 millions $ pour les femmes victimes de leur bandelette urinaire

Cynthia Gagné.

Cynthia Gagné a fondé un groupe de soutien aux femmes se disant victimes des bandelettes urinaires.

Photo : Cynthia Gagné

Depuis un an et demi, 135 Québécoises ont payé en moyenne 22 500 $ pour se faire retirer un dispositif médical aux États-Unis. Plusieurs ne faisaient pas confiance aux spécialistes québécois qui auraient pu les opérer. Le gouvernement vient d'annoncer qu’elles seront remboursées.

Je suis absolument ravie mais c’est malheureusement une victoire douce-amère. Les femmes qui avaient de l’argent ou qui ont pu emprunter pour aller aux États-Unis seront remboursées, mais celles qui souffraient et qui n’avaient pas les moyens d’y aller sont laissées pour compte.

Cynthia Gagné, militante et fondatrice d’un groupe de soutien qui regroupe près de 900 femmes qui se disent victimes des bandelettes

Seules les femmes qui se seront fait retirer leur bandelette aux États-Unis avant le 31 décembre 2020 seront remboursées.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux estime que dès le début de 2021, trois nouveaux centres d’expertise consacrés au traitement des complications liées aux bandelettes seront pleinement opérationnels au Québec. Les femmes qui auront besoin de subir un retrait de leur bandelette y seront dirigées.

Les bandelettes sous-urétrales sont des dispositifs médicaux qu’on implante aux femmes pour traiter l’incontinence urinaire, un problème qui affecte une femme sur trois à des degrés divers après 40 ans. On estime que chez 15 % des femmes, les bandelettes entraînent des complications. Le problème, c’est qu’elles n’ont pas été conçues pour être enlevées et que la chirurgie de retrait complet, dit radical, peut provoquer des dommages irréversibles.

Le remboursement des frais de chirurgie des Québécoises qui se sont fait opérer à l’extérieur du Québec et la création des centres d’expertise étaient deux des 17 recommandations émises par le Collège des médecins du Québec, en juin dernier, au terme d’une enquête (Nouvelle fenêtre) sur la prise en charge des complications liées aux bandelettes dans la province.

Une autre des recommandations du Collège était de prévoir la possibilité d’une mise à niveau des compétences des médecins québécois qui font des retraits complets. Pour le moment, selon les informations fournies par le ministère, seul un séminaire Web d’une durée de trois heures a été organisé.

Je suis désolée, mais ce que je vois dans mon groupe m’indique que les chirurgiens québécois ne sont pas encore en mesure d’offrir des chirurgies de retraits radicaux aussi sécuritaires que ce qui nous est offert aux États-Unis.Ils sont peut-être compétents dans leur domaine, mais ils manquent de pratique.

Cynthia Gagné

Dans le groupe Facebook créé par Cynthia Gagné, on retrouve les témoignages de six femmes qui ont été opérées au Québec par un médecin considéré comme un expert. Toutes sont insatisfaites des résultats de leur chirurgie.  Deux d’entre elles ont déposé des plaintes au Collège des médecins.

Sophie Gaudreault.

Sophie Gaudreault a été opérée au début de l'année, et dit encore ressentir d'importantes douleurs.

Photo : Sophie Gaudreault

Depuis la chirurgie, j’ai une douleur constante au niveau des aines. La position assise me tue. J’ai encore des régions qui sont très douloureuses au niveau vaginal. Quand je me compare aux femmes qui sont allées aux États-Unis, c’est désolant de voir comment j’ai été blessée.

Sophie Gaudreault, opérée en janvier 2020
Johanne Ricard.

Johanne Ricard dit elle aussi souffrir de douleurs importantes depuis son opération, plus tôt cette année.

Photo : Johanne Ricard

Avant ma chirurgie de retrait, j’avais mal du côté gauche. La douleur à gauche est partie, mais maintenant j’ai mal dans la hanche du côté droit. C’est comme une brûlure. J’ai aussi mal dans la fesse, dans l’aine et dans le bas du dos. Je suis moins bien qu’avant la chirurgie.

Johanne Ricard, opérée en juillet 2020

Le médecin qui a opéré Johanne Ricard et Sophie Gaudreault a refusé de nous accorder une entrevue.

Il nous a fait parvenir un courriel dans lequel il affirme avoir opéré une trentaine de femmes au cours de la dernière année. Il explique qu’il est normal que de 25 % à 50 % des femmes continuent d’avoir des douleurs après une chirurgie de retrait radical et que cela est vrai aussi pour les femmes qui se font opérer aux États-Unis.

Ce médecin maintient que pratiquement toutes ses patientes sont satisfaites de leurs soins. Il nous a mis en contact avec quelques-unes d’entre elles.

Marie-Andrée Therrien.

Marie-Andrée Therrien dit être tout à fait satisfaite après sa chirurgie.

Photo : Marie-Andrée Therrien

Le soir même ou ma bandelette a été enlevée, j'ai constaté que je n’avais plus de douleur au bas du dos. Dès que j'ai pu me mettre debout, j'ai constaté que la douleur au niveau de la hanche avait disparu. Pour moi, c'est énorme comme réussite que ces deux douleurs-là soient parties.

Marie-Andrée Therrien

Cynthia Gagné connaît chacune des 135 femmes qui sont allées se faire opérer aux États-Unis. Elle affirme sans hésiter qu’elles sont satisfaites de leur chirurgie.

Toutes les femmes à qui nous avons parlé qui s'étaient faites opérer au Québec et qui étaient insatisfaites des résultats de leur chirurgie avaient le même type de bandelette : une bandelette trans-obturatrice. Celles-ci sont beaucoup plus difficiles à enlever. Une des recommandations du Collège des médecins était de cesser de les poser. Ce qui semble avoir été respecté.

On a fait des pas de géant. Je suis contente de ce que j’ai accompli depuis un an et demi. Je pense qu’à partir de maintenant je vais continuer d’écouter les femmes, de les soutenir, de documenter ce que je vois sur ma page Facebook, mais l’activisme politique, pour moi, ça se termine aujourdhui avec cette belle nouvelle, dit-elle.

Depuis que les complications liées aux bandelettes ont fait l’objet d’un premier reportage présentant le combat de Cynthia gagné pour recouvrer la santé, à l’émission Enquête, de Radio-Canada, en mars 2019, le nombre de bandelettes posées au Québec a chuté de façon draconienne.

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