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Biden choisit l'Autochtone Deb Haaland au sein de son Cabinet, une première

Deb Haaland lève la main pour prêter serment.

La représentante démocrate Deb Haaland durant une cérémonie d'assermentation au Congrès américain, le 3 janvier 2019.

Photo : Reuters / Joshua Roberts

Le président désigné des États-Unis, Joe Biden, a recruté, jeudi, Deb Haaland comme secrétaire à l'Intérieur. De tous les précédents que créeraient ses nominations, celle-ci serait mémorable : pour la première fois de l'histoire américaine, une femme autochtone siégerait au Cabinet.

Des groupes autochtones, des organisations environnementales ainsi que des membres de l'aile gauche du Parti démocrate avaient milité pour que Joe Biden sélectionne cette politicienne de 60 ans, représentante d'un district du Nouveau-Mexique.

Sa nomination est d'autant plus marquante que le département gère environ le cinquième des terres du pays et supervise les ressources naturelles, y compris sur les terres autochtones. Il est aussi chargé d'honorer ses traités avec les peuples autochtones auxquels ces terres ont été retirées et supervise le Bureau of Indian Education, ainsi que le Bureau of Trust Funds Administration qui gère les actifs financiers des Autochtones détenus en fiducie.

Les relations entre les 574 communautés reconnues par le gouvernement fédéral et le département de l'Intérieur ont souvent été tendues.

Cette fois, elles auront devant elles une membre de la nation Laguna Pueblo.

Il n'y a jamais eu chez un secrétaire de Cabinet ou à la tête du département de l'Intérieur une voix comme la mienne, a écrit Mme Haaland sur Twitter. Je suis honorée de servir [le pays] et prête à le faire.

Grandir dans le foyer pueblo de ma mère m'a rendue féroce. Je serai féroce pour nous tous, pour notre planète et toutes nos terres protégées.

Une citation de :Deb Haaland, nommée secrétaire à l'Intérieur

Plusieurs Autochtones se sont réjouis de cette annonce. Le président de la nation navajo, Jonathan Nez, s'est dit fou de joie. C'est vraiment un jour historique et sans précédent pour tous les peuples autochtones, a-t-il déclaré dans un communiqué.

Figure de proue de l'aile progressiste des démocrates, la représentante Alexandria Ocasio-Cortez a salué sur Twitter un rendez-vous historique, en commençant son message par un OUI! enthousiaste.

Une Autochtone visionnaire responsable des terres fédérales. Un progrès sans équivoque. Une partisane du Green New Deal [le plan environnemental de l'aile progressiste]. Extrêmement expérimentée, a-t-elle écrit.

Après la nomination des représentants Cedric Richmond et Marcia Fudge dans l'administration Biden, certains élus démocrates avaient souhaité que l'ancien vice-président ne dégarnisse pas davantage les rangs de la formation à la Chambre, où la majorité démocrate a été réduite dans la foulée des élections de novembre.

La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, avait cependant donné son appui, affirmant que Mme Haaland représentait un excellent choix.

Réélue en novembre à la Chambre des représentants, elle est entre autres vice-présidente du Comité de la Chambre sur les ressources naturelles, présidente du sous-comité sur les parcs nationaux, les forêts et les terres publiques, et membre du sous-comité sur les peuples autochtones des États-Unis.

Lors des élections de mi-mandat, en 2018, Deb Haaland et sa collègue du Kansas Sharice Davids sont devenues les premières femmes autochtones à être élues au Congrès.

En 1929, Charles Curtis, qu'avait choisi Herbert Hoover comme éventuel vice-président, était devenu le premier Autochtone au sein d'un Cabinet. Une poignée de femmes autochtones ont ensuite servi dans des administrations américaines, mais jamais à ce niveau.

Dirigé presque exclusivement par des hommes blancs, le département de l'Intérieur n'a eu jusqu'ici que deux femmes à sa tête parmi les 53 secrétaires qui ont occupé le poste en quelque 170 ans (trois en comptant une secrétaire par intérim).

Joe Biden avait promis un Cabinet à l'image des États-Unis. Plusieurs membres de son Cabinet feraient figure de pionniers s'ils obtenaient l'aval du Sénat.

Lloyd Austin serait par exemple le premier Afro-Américain à diriger le département de la Défense, Alejandro Mayorkas, le premier hispanophone, mais aussi le premier immigrant à la tête du département de la Sécurité intérieure, et Pete Buttigieg, la première personne ouvertement gaie à siéger au sein d'un Cabinet américain après avoir vu sa nomination confirmée par le Sénat.

Janet Yellen, secrétaire au Trésor, et Avril Haines, directrice du Renseignement national, seraient en outre les premières femmes à occuper ces postes.

La vice-présidente désignée, Kamala Harris, écrira pour sa part l'histoire à plus d'un titre : elle deviendra la première femme, la première Noire et la première personne d'origine asiatique à accéder à la vice-présidence.

Un tournant dans la lutte pour le climat

Sur son site web, le département de l'Intérieur se décrit lui-même comme l'intendant et le gestionnaire des ressources naturelles américaines, y compris le pétrole, le gaz, le charbon propre, l'hydroélectricité et les énergies renouvelables.

Dans les faits, le département est largement axé sur le développement des combustibles fossiles. Selon le Washington Post, Deb Haaland s'est engagée à amorcer un virage en en faisant un promoteur des énergies renouvelables et des politiques visant à s'attaquer aux changements climatiques.

Elle jouera d'ailleurs un rôle essentiel dans l'engagement du président désigné de lutter contre le réchauffement climatique. Pendant la campagne présidentielle, Joe Biden a promis de cesser tout nouveau forage pétrolier et gazier sur les terres et les eaux publiques, une promesse qui se heurte toutefois à des obstacles juridiques et politiques.

Le département supervise aussi de vastes zones protégées, dont près d'un demi-million de kilomètres carrés d'habitats sauvages et 422 parcs nationaux ainsi que des monuments nationaux et des refuges fauniques. Il protège en outre plus de 1000 espèces menacées en plus de gérer d'importants projets d'approvisionnement en eau dans l'ouest du pays.

L'administration Trump a ouvert de vastes étendues de territoires publics à l'exploitation minière et forestière.

Un pro-environnement à l'environnement

Michael Regan, près d'un escalier, derrière un lutrin et un microphone.

Michael Regan est présentement responsable de l'Agence de protection de l'environnement de la Caroline du Nord.

Photo : Associated Press / Chuck Liddy

L'annonce de la nomination de Mme Haaland n'est cependant pas le seul message encourageant de la journée pour les groupes écologistes, puisque Joe Biden a choisi un responsable environnemental pour diriger l'Agence de protection de l'environnement (EPA).

Des sources ont révélé à plusieurs médias, dont le New York Times et le Washington Post, que Joe Biden avait ultimement fixé son choix sur Michael Regan, qui occupe en Caroline du Nord une fonction similaire à celle qu'il exercerait si le Sénat avalisait sa nomination.

Sans surprise, la nomination pressentie tranche avec les deux derniers administrateurs de l'agence, considérés comme des climatosceptiques.

M. Regan jouerait évidemment lui aussi un rôle central dans la concrétisation du programme environnemental de Joe Biden, qui en plus d'avoir promis de lutter contre les changements climatiques et d'adopter des énergies vertes, s'est engagé à lutter contre le racisme environnemental.

L'homme de 44 ans serait notamment chargé d'élaborer des normes de rendement énergétique pour les véhicules, de superviser les émissions des centrales électriques et des installations pétrolières et gazières, et de nettoyer les sites les plus pollués du pays.

Pendant la campagne présidentielle, Joe Biden s'est engagé à amener les États-Unis à atteindre une cible de zéro émission nette de gaz à effet de serre d'ici 2050 et à éliminer les émissions de combustibles fossiles du secteur de l'électricité d'ici 2035.

D'après Politico, la sélection de M. Regan confirme par ailleurs la volonté de Joe Biden de s'attaquer aux injustices environnementales auxquelles font face les minorités ethniques et les communautés les plus pauvres et les plus vulnérables.

Pendant plusieurs semaines, Mary Nichols, la régulatrice de la qualité de l'air en Californie, était perçue comme la favorite. Mais les groupes progressistes lui reprochaient cependant d'en faire trop peu sur les questions de racisme environnemental, selon le Washington Post.

À titre de responsable de l'agence environnementale de la Caroline du Nord, M. Regan a, selon le Washington Post, réussi à conclure une entente de plusieurs milliards de dollars avec la société énergétique Duke Energy pour le nettoyage des cendres de charbon et créé un conseil consultatif sur la justice environnementale. Il est également parvenu à travailler avec l'Assemblée législative à majorité républicaine.

Ses partisans affirment que M. Regan, qui avait succédé à un allié de Donald Trump qui contestait le réchauffement climatique, a amélioré le moral des troupes, qu'il a ramené la science au sein de l'agence, et ils avancent qu'il fera la même chose à l'EPA.

Expert en qualité de l'air, il a déjà travaillé à l'EPA sous les administrations Bush et Clinton. Il a également œuvré à l'ONG Environmental Defense Fund.

Dans son État, le North Carolina Conservation Network, une coalition de groupes environnementaux, a applaudi à sa nomination.

Joe Biden, qui fait l'objet de pressions de plusieurs groupes, continue de miser sur la diversité des membres de son Cabinet. Ce sera la deuxième fois qu'un Noir dirige l'EPA.

Virage à 180 degrés

L'arrivée de M. Regan à la tête de l'EPA marquera un changement radical de vision par rapport à l'administration Trump, qui a voulu supprimer l'héritage environnemental de son prédécesseur Barack Obama.

L'administrateur actuel de l'agence nommé par Donald Trump, Andrew Wheeler, est un ex-lobbyiste de l'industrie du charbon s'affichant comme climatosceptique, tout comme son prédécesseur, Scott Pruitt, un républicain considéré comme un allié de l'industrie pétrolière et gazière.

Avant d'être nommé, M. Pruitt, qui était procureur général de l'Oklahoma, avait même poursuivi l'EPA pour tenter d'abroger ou d'atténuer des réglementations.

Selon une analyse du Washington Post, l'administration Trump a renversé ou affaibli plus de 130 protections et réglementations environnementales relatives, par exemple, aux normes de rendement énergétique des automobiles et aux limites d'émissions des centrales au charbon. Une douzaine d'autres mesures de protection environnementale seraient dans sa ligne de mire d'ici le départ du président en janvier prochain.

Avec les informations de Washington Post, et New York Times

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