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Quand la joie surgit des écueils

Nancy Bois et son petit-fils, Antoine.

Mon petit-fils et moi, on ne se connaissait presque pas, comme j’étais tout le temps partie.

Photo : Nancy Bois

Radio-Canada

Que ce soit la perte d'un être cher, une rencontre marquante ou une perte d'emploi, la pandémie a provoqué de grands changements dans nos vies. Dans le cadre de la série Récits d'une pandémie, nous vous présentons des témoignages de gens d'ici qui vous transporteront dans un univers bouleversé par la COVID-19.


Propos de Nancy Bois, recueillis par Laurence Gallant


La mer, c’est mon élément. Quand je travaille sur les bateaux, je vois des phoques, des baleines, même parfois des ours polaires. Je voyage de village en village, de province en province, entre les terres de Baffin, le Groenland, la Basse-Côte-Nord, les Îles et la Nouvelle-Écosse… Je contemple des icebergs, des aurores boréales, des levers et des couchers de soleil.

Quand je retourne sur le continent, ça ne prend pas 24 heures avant que je ne me sente pas bien, que j’étouffe, que je manque d’air. C’est sûr que ça a été un choc pour moi de perdre mon emploi comme observatrice des pêches, au mois de mars. Qu’est-ce que j’allais faire sans ce travail-là?

J’ai prié, j’ai beaucoup médité, je me suis dit : Nancy, tu dois travailler à t’enraciner, à surmonter ce mal de terre là, à accueillir le changement. Après mon séjour en mer, de retour à la maison et sans emploi, je me suis mise en isolement préventif. Puis j’ai eu un dégât d’eau. Des gens m’apportaient déjà mon épicerie, ils ont dû m’apporter de l’eau, en plus. Les assurances ont finalement compris que ça n’avait plus de bon sens, alors j’ai pu louer un chalet, le temps que ça se place.

Je me suis retrouvée, par un heureux hasard, à habiter à cinq minutes de la maison de mon petit-fils de deux ans. Antoine. Lui et moi, on ne se connaissait presque pas, comme j’étais tout le temps partie sur les navires. Le petit s’était retrouvé sans garderie du jour au lendemain, alors je suis devenue sa gardienne. Un véritable cadeau pour moi.

Le fils est en train de pêcher les pieds dans l'eau, au coucher du soleil.

Mon fils et mon petit-fils, dans la baie des Chaleurs

Photo : Nancy Bois

Sur le bord de la mer, on a ramassé des barlicocos, couru après les goélands, lancé des roches à l’eau, découvert de nouvelles fleurs… Antoine est un magnifique petit bonhomme. C’est mon rayon de soleil.

En parallèle, j’étais prise dans des dédales administratifs, des problèmes de dettes, avec une banque qui voulait que je m’endette encore plus... moi qui me retrouvais dans la précarité alors que j’avais une maison, une voiture à payer… J’avais comme une rage qui prenait forme à l’intérieur de moi.

Je pensais à tous les sacrifices que j’avais faits pour atteindre une certaine qualité de vie. J’avais sacrifié beaucoup, dont mes relations familiales. Je pensais à tout ce temps que je n’avais pas eu avec mon fils, maintenant lui-même papa, tout ça pour tout perdre avec la pandémie.

Je me battais contre de grandes montagnes russes émotionnelles. Et sans le savoir, mon petit-fils, avec qui j’ai vu l’été arriver, m’aidait tous les jours à me relever, à me recentrer.

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J’étais sur le point de faire faillite, mais j’ai décidé que l’argent n’allait pas me rendre dépressive, que ces problèmes n’allaient pas me faire retomber dans une spirale que je connaissais trop bien, cette descente infernale qui m’avait déjà amenée jusqu’au bord du suicide. J’avais vécu mon lot d’épreuves, traversé deux cancers, et j’ai compris comment tout ça m’avait rendu forte.

Je me suis dit que le peu d’argent qui me restait, c’était pour manger et prendre du repos. Je suis allée passer du temps dans la montagne avec mon amie Mado, qui me nourrissait avec des tas de légumes frais qu’elle avait cultivés avec amour. Apprends à recevoir, qu’elle m’a dit. C’est ton tour. Je suis arrivée à trouver un peu de paix avec elle, dans la nature, en travaillant la terre.

J’ai remis mes clés à la banque, puis j’ai pu prendre entente avec mes créanciers. Au milieu de l’été, alors que mes recherches d’emploi étaient restées jusque-là infructueuses, mon ancien employeur m’a appelée. Il m’a annoncé que je pouvais reprendre ce travail, celui qui me faisait tant vibrer.

Nancy Bois en train de mesurer un crabe sur un bateau.

Dans mon élément

Photo : Nancy Bois

J’ai pu retrouver ma mer, mes levers de soleil et mes baleines. J’ai pu à nouveau les contempler tout en me rappelant ces moments magiques que j’ai vécus avec mes proches, dont mon petit Antoine. Des moments précieux. Et il y en aura d’autres.

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