•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

De la Résistance au Nunavut : l’histoire d’amour du Français Gabriel Gély avec les Inuit

Il laisse derrière lui des documents précieux sur la vie dans l'Arctique canadien.

Gabriel Gély tient le caribou par les oreilles 
à côté d'un Inuk.

Gabriel Gély lors d'une chasse au caribou dans le Grand Nord canadien avec un ami inuk.

Photo : University of Manitoba Archives & Special Collections, Gabriel Gély fonds

Féru d’Arctique et passionné par les Inuit, Gabriel Gély est mort à la fin du mois de novembre à Selkirk, au Manitoba, à l’âge de 96 ans. Il laisse à l’Université du Manitoba un fonds d’archives qui regroupe des centaines de photos et qui documente la vie des gens du Grand Nord canadien entre les années 1950 et 1980.

Rien ne prédestinait ce Français, né à Paris en 1924, à vivre la majorité de sa vie dans le Grand Nord canadien. Après la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle il a été dans la Résistance, le jeune Gabriel Gély est tombé amoureux de l’Arctique canadien quand il a vu une exposition d’oeuvres d’art inuit dans la devanture de la librairie Sainte-Beuve, dans la capitale française.

Il a alors rassemblé toutes ses économies pour partir pour le Canada en 1952.

Il disait que les conditions de vie en France et la situation après la guerre étaient vraiment désespérées, affirme Shelley Sweeney, l’ancienne directrice des bibliothèques, archives et collections spéciales de l’Université du Manitoba, qui l’a connu personnellement. Après quelque temps dans le sud du Canada, où il vendait des appareils photos, il est parti au Nunavut.

En 1953, âgé de 29 ans, Gabriel Gély obtient un poste de cuisinier auprès du ministère des Transports du Canada. Il se disait : "Je suis Français, je devrais être en mesure de cuisiner!", se souvient son ami de longue date, Michael Shouldice, qui a occupé divers postes dans le Grand Nord.

Il a été choisi parce que c’est celui qui, de tous les postulants, était le plus motivé à partir dans le Nord, selon ce que lui avait dit le recruteur, poursuit celui qui a rencontré Gabriel Gély dans les années 70 et qui habite toujours à Rankin Inlet.

Au fil des ans, Gabriel Gély a ainsi travaillé à plusieurs stations météorologiques situées à Clyde River (Kanngiqtugaapik), à Ennadai Lake, sur l'île de Baffin, ou encore à Sachs Harbour (Ikaahuk), sur l’île Banks.

Chargement de l’image

Au cours de sa vie, Gabriel Gély a travaillé dans plusieurs stations météorologiques dans le nord du pays, comme celle-ci.

Photo : University of Manitoba Archives & Special Collections, Gabriel Gély fonds

Lutte contre la famine

Rapidement, le Français se lie d’amitié avec les Inuit. Sa passion et sa compassion pour ce peuple le poussent à enfreindre les règles et à utiliser de la nourriture qui se trouvait sur son lieu de travail pour nourrir des hommes, des femmes et des enfants d'Ennadai Lake, qui étaient au bord de la famine.

Selon les versions, il était surnommé par les gens porte arrière ou encore bas des escaliers, soit là où était entreposée la nourriture, en reconnaissance de sa générosité.

Chargement de l’image

Gabriel Gély et son ami Michael Shouldice au début des années 2000.

Photo : Soumis par Michael Shouldice

Il laissait des restes, se souvient Michael Shouldice. Je pense que ses chefs n’étaient pas très contents qu’il fasse cela, mais les gens n’ont jamais oublié ce qu’il a fait pour les aider.

Jusqu’à sa mort, les gens se sont souvenus de lui pour sa gentillesse et sa compassion envers les Inuit.

Une citation de :Michael Shouldice, ancien ami de Gabriel Gély

Partout où il passe, le Français laisse une trace dans le cœur des gens. Il parlait à tout le monde, et tout le monde voulait lui parler. Pour traverser le village d’Eskimo Point, cela prenait des heures parce que tout le monde voulait lui serrer la main, raconter une bonne histoire, un sourire. Les gens l’aimaient et il aimait cette communauté, il en disait du bien tout le temps, ajoute Michael Shouldice.

En 1988, les deux amis ont d’ailleurs levé des fonds pour permettre aux aînés de retourner sur leurs terres ancestrales proches d Ennadai Lake. Une équipe de télévision de l’émission The Fifth Estate, de CBC, avait suivi leur périple (le reportage suivant est en anglais).

Chargement de l’image

The Fifth Estate: The Last Journey

Photo : University of Manitoba Archives & Special Collections, Gabriel Gély fonds

Défenseur de l’art inuit

Gabriel Gély s’est aussi intéressé à l’art inuit, pour lequel il a travaillé toute sa vie pour en faire reconnaître la valeur.

Dans un enregistrement radiophonique de l’émission Partage du jour de Radio-Canada datant de 1964, Gabriel Gély explique que l’aspect commercial de l’art échappe complètement aux Inuit.

Pour eux, le marché mondial est une abstraction. Ils ne savent pas de quoi on parle parce que, à moins qu’ils aient été exposés aux marchés du Sud, ils ne peuvent pas concevoir qu’il y ait peut-être un million de personnes qui soient, dans le monde entier, intéressées par leur art, ajoute-t-il.

Chargement de l’image

L'Inuit Anaotelik et son kayak.

Photo : University of Manitoba Archives & Special Collections, Gabriel Gély fonds

Par ailleurs, il était aussi capable de dire clairement quand quelque chose l’agaçait comme, par exemple, voir des oeuvres inuit achetées peu cher dans le Nord et revendues des milliers de dollars dans le Sud. Gabriel dénonçait beaucoup l’iniquité envers les artistes inuit, affirme Michael Shouldice.

Son héritage : le témoignage photographique de la vie dans l’Arctique

Outre les souvenirs, Gabriel Gély laisse des centaines de photographies qui témoignent de la vie dans le Grand Nord canadien entre 1954 et 1987. Un fonds d’archives a d’ailleurs été constitué à l’Université du Manitoba avec son matériel.

Le fonds contient près de 600 photos en noir et blanc et en couleur, plus de 2000 négatifs et environ 700 diapositives, des publications, un manuscrit, explique Shelley Sweeney. Les images ont été prises tout au long de sa vie et couvrent les communautés d’Arviat, de Pioneertown, de Clyde River, d'Eskimo Point, etc.

Chargement de l’image

Gabriel Gély pose avec Kathy Knowles, à gauche, et sa femme, Dorothy, à droite. Kathy Knowles a acheté la collection de Gabriel Gély pour la remettre ensuite aux archives de l'Université du Manitoba.

Photo : Soumis par Dorothy Gély

Dans ses photos, on peut voir des scènes de la vie de tous les jours telles qu’une chasse au caribou, un sculpteur qui travaille ou encore des échanges autour d’une table sur laquelle on peut apercevoir des petites oeuvres d’art inuit. C’est ce qui fait la valeur de ses photos, reprend Shelley Sweeney.

Gabriel avait toujours un carnet à dessin et un appareil photo. C’était son "petit joujou".

Une citation de :Michael Shouldice, ami de longue date de Gabriel Gély

Ces documents laissés par le Français permettent de documenter la vie dans le Grand Nord à une période pour laquelle il existe peu de documentation. Ça donne un aperçu sur un mode de vie que même les Nunavois ne reconnaîtraient peut-être pas aujourd’hui, ajoute l’ancienne directrice des collections spéciales de l’Université du Manitoba.

Ses images ont été très peu utilisées jusqu’à présent. J’espère que cela va changer et permettre d’apporter de nouvelles perspectives dont les chercheurs pourront profiter, conclut Shelley Sweeney.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !