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Québec atteint sa cible d'aires protégées

La rivière Moisie.

Près de 1250 km2 seront protégés dans le secteur de la rivière Moisie, sur la Côte-Nord.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Radio-Canada

La proportion d’aires protégées sur le territoire du Québec est maintenant de 17 %, a annoncé jeudi le gouvernement Legault, qui atteint du coup la cible de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique qu'il s’était engagé à respecter pour 2020.

L’objectif est concrètement atteint grâce à la désignation de 57 réserves de territoires aux fins d’aires protégées (RTFAP), une étape préalable à ce que leur statut légal soit confirmé dans la Loi sur la conservation du patrimoine culturel ou une autre loi.

C'est la toute première fois, dans son histoire, que le Québec atteint ses objectifs internationaux, a résumé le ministre de l'Environnement Benoit Charette.

La province a désigné à elle seule 34 réserves totalisant 12 647 km2, soit 0,84 % de son territoire, ce qui lui permet de protéger un total de 257 000 km2, ou 17,03 % de son territoire. Quatorze d'entre elles existaient déjà, mais elles ont été agrandies ou modifiées.

C’est un dossier sur lequel on travaillait avec beaucoup d’acharnement ces dernières semaines et ces derniers mois, alors je suis bien content d’officialiser que cette cible de 17 % du territoire protégé en territoire terrestre et d'eau douce soit enfin atteinte, s'est félicité M. Charette.

Vingt-trois autres réserves ont été désignées conjointement avec la Grande Alliance, qui gouverne le territoire cri d’Eeyou Istchee Baie-James. La proportion d’aires protégées sur ce territoire passera ainsi de 12 % à 23 %, pour un total de 80 000 km2.

Photo aérienne de la rivière Maquatua.

À l'embouchure de la rivière Maquatua, dont les eaux se déversent dans la baie James, se trouve un territoire cri.

Photo : Tourisme Autochtone Québec

Seuls quatre de ces territoires sont situés au sud du fleuve Saint-Laurent, plus précisément dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie. Il s’agit du corridor du Mont-Saint-Pierre, en Gaspésie, et des secteurs d’Assemetquagan et des rivières Patapédia et Cap-Chat, au cœur des Chic-Chocs.

Ce sont de bonnes nouvelles, après tous les efforts que nous avons mis dans ce dossier, s'est réjoui Abel Bosum, le grand chef de la Nation Crie, qui voudrait voir passer la moitié de la région d’Eeyou Istchee Baie-James en aire protégée.

Des réserves de biodiversité

La Côte-Nord se taille la part du lion avec 13 aires protégées créées, notamment entre Sept-Îles et Blanc-Sablon, ou agrandies, notamment autour de la rivière Moisie. Six autres territoires se trouvent en Abitibi-Témiscamingue et cinq autres, dans le nord de la Mauricie.

Au nord de la région métropolitaine de Montréal, Québec va protéger une partie de la forêt Ouareau dans la MRC de la Matawinie et agrandir l'aire qui couvre la station de biologie des Laurentides, à l’est de Sainte-Adèle.

Québec souligne que ces territoires doivent, à terme, constituer des réserves de biodiversité. Des portions du territoire pourraient cependant se voir accorder le statut de protection de parc national.

Un chevreuil dans un champ sur l'île d'Anticosti.

Un chevreuil dans un champ sur l'île d'Anticosti

Photo : Radio-Canada / Benoit Jobin

Le gouvernement souligne en outre que l’atteinte de sa cible de protection en milieu terrestre et d’eau douce s’appuie sur son engagement à protéger l’entièreté de l’île d’Anticosti, dans le cadre de son inscription comme site du patrimoine naturel de l’UNESCO.

Le ministre québécois de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a souligné par voie de communiqué que la superficie totale protégée au Québec est désormais plus grande que le Royaume-Uni.

Son collègue ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a pour sa part indiqué que le gouvernement s’est assuré de créer une synergie avec la protection du caribou forestier en identifiant des aires protégées qui contribueront à son maintien.

Portrait d'Abel Bosum devant François Legault.

Le grand chef et président du Grand Conseil des Cris, Abel Bosum

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

Selon Québec, les désignations annoncées jeudi permettent en outre de créer un réseau d'aires protégées interconnectées sur le territoire cri d’Eeyou Istchee Baie-James, dans le respect de la volonté de conservation de la biodiversité et de protection du territoire de la Grande Alliance.

Selon le grand chef et président du Grand Conseil des Cris, Abel Bosum, l'annonce permettra de planifier un avenir qui fait une large part à l'Eeyou Istchee pour toutes les questions relevant des chapitres 22 et 24 de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, qui encadrent la protection de l'environnement, le développement, ainsi que les questions de chasse, de pêche et de trappage.

Cette démarche se veut une nouvelle façon de préparer le terrain pour que nos ressources puissent être exploitées dans l'intérêt de tous, et non selon une vision opportuniste, a-t-il fait valoir.

Des fleurs et quelques pots pour Québec

Pour la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), l’annonce constitue un important pas en avant pour la conservation au Québec. Nous saluons la détermination du gouvernement à atteindre les cibles internationales d'aires protégées et à jouer un rôle de leader en matière de conservation, affirme dans un communiqué son directeur général, Alain Branchaud. L’organisme félicite en outre le Gouvernement de la Nation Crie pour son impressionnant leadership en conservation, qui se traduit par la protection de territoires d'importance bioculturelle particulière pour ces communautés.

La région ayant été affectée par les activités hydroélectriques, minières et la foresterie, un tel réseau d'aires protégées permettra la conservation de territoires utilisés depuis les temps immémoriaux par les Cris.

Une citation de :Véronique Bussières, responsable de la conservation bioculturelle à la SNAP Québec

La protection de ces sites contribuera à assurer la pérennité du mode de vie traditionnel cri, en protégeant l'habitat d'espèces clés pour les Cris, telles que le castor, l'ours noir ou la martre d'Amérique ainsi que le caribou forestier, indique Mme Bussières.

Le groupe ne cache cependant pas sa déception face aux nombreuses opportunités manquées dans le sud du Québec, et encourage Québec à effectuer un rattrapage d'ici la fin de son mandat.

Il déplore que certains sites que voulaient protéger des groupes citoyens et des communautés autochtones n’aient pas été retenus. Il vise entre autres le mont Kaaikop, dans les Laurentides, ou les secteurs de la rivière Péribonka et du lac Kénogami, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Pier-Olivier Boudreault, biologiste en conservation à la SNAP Québec, estime que la désignation de ces sites a été bloquée par les ministères de la Forêt et des Ressources naturelles lors d’un ultime cycle de négociations.

L’organisme souligne en outre que la rivière Magpie est la grande oubliée de l’annonce, malgré des demandes répétées et un consensus du Conseil des Innus d'Ekuanitshit et de la MRC de la Minganie, ainsi qu'un fort appui régional. Il impute cette décision à l'opposition obstinée d'Hydro-Québec.

La SNAP Québec met maintenant le gouvernement Legault au défi de franchir le cap des 22 % d’aires protégées d'ici 2022, en corrigeant le tir dans le sud du Québec.

À terme, Québec doit atteindre une nouvelle cible internationale de 30 % d'aires protégées pour 2030.

Nature Québec a pour sa part félicité le gouvernement Legault d'avoir atteint son objectif. Sa directrice générale, Alice-Anne Simard, évoque un grand jour pour la protection de la nature.

Le gouvernement Legault offre un cadeau en avance aux générations futures et à l’ensemble des Québécois et Québécoises en respectant son engagement, a-t-elle affirmé dans un communiqué.

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