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Face à la COVID-19, la Suède a « échoué », constate le roi Carl XVI Gustaf

Carl XVI Gustaf et la reine Silvia, debout dans une salle du palais.

Le roi de Suède Carl XVI Gustaf et la reine Silvia prennent la pose au palais royal de Stockholm, le 3 décembre 2020.

Photo : Getty Images / AFP/Agence TT/PONTUS LUNDAHL

Radio-Canada

« Nous avons échoué » : tel est le constat implacable que le roi de Suède Carl XVI Gustaf a dressé jeudi au sujet de la stratégie singulière adoptée par son pays face à l’épidémie de COVID-19, qui fait des ravages dans la population.

Le printemps dernier, le gouvernement suédois s’est distingué en refusant d’adopter un confinement généralisé pour préconiser en lieu et place de simples recommandations sanitaires, sans mesure de coercition à la clé.

Il s’est contenté de limiter les événements publics à 50 personnes, d'interdire les visites dans les foyers pour aînés, de fermer les établissements d'enseignement supérieur et d'encourager le télétravail.

Il n’a cependant jamais imposé le port du masque ni de quarantaines obligatoires, et les bars et les restaurants ont continué de recevoir des clients. Le tout a semblé fonctionner pendant un temps, avant que tout ne s’écroule.

Le nombre de nouveaux cas de la maladie avoisine maintenant les 6000 par jour en moyenne, et environ 2400 personnes sont actuellement hospitalisées, dont environ 10 % sont aux soins intensifs.

Le pays enregistrait mercredi un total de 7802 décès pour une population d’environ 10 millions de personnes – un taux dix fois supérieur à ceux enregistrés en Norvège, en Finlande et au Danemark – dont 1800 depuis le début du mois de novembre.

À titre de comparaison, le Québec recense 7613 morts attribuables à la maladie pour une population de 8,5 millions. La province enregistre une moyenne d’environ 1800 nouveaux cas par jour depuis une semaine, et 1002 personnes sont hospitalisées.

Depuis le début de l’épidémie, la Suède a déclaré près de 350 000 cas de COVID-19, contre un peu plus de 169 000 au Québec.

Des dizaines de personnes flânent sur un quai.

Dans la ville de Malmö, à l'extrémité sud-ouest de la Suède, les citoyens profitaient du soleil en grand nombre au mois d'avril.

Photo : Getty Images / AFP/TT News Agency/Johan Nilsson

C’est dans ce contexte que le roi Carl XVI Gustaf s’est permis une rare incursion dans le domaine politique lors d’une entrevue de fin d’année à la chaîne SVT où il a tancé la stratégie peu orthodoxe choisie par son gouvernement.

Je crois que nous avons échoué. Beaucoup de gens sont morts, et c'est terrible. C'est quelque chose qui nous fait tous souffrir.

Carl XVI Gustaf, roi de Suède

La population de la Suède a énormément souffert dans des conditions difficiles, a constaté le monarque. On peut penser à tous ceux qui se sont trouvés dans l’impossibilité de dire au revoir aux membres de leur famille décédés. Je crois que c’est une expérience difficile et traumatisante.

Plus tôt cette semaine, une commission indépendante a conclu dans un rapport préliminaire que le gouvernement suédois a échoué à protéger les maisons de retraite du pays, où ont été recensés la moitié des morts lors de la première vague.

Le gouvernement a admis sa responsabilité dans cet aspect de la crise, mais le premier ministre Stefan Köfven refuse toujours de dire que la stratégie de son gouvernement est un échec global.

La plupart des experts sanitaires n'ont pas vu la vague face à eux, ils parlaient de foyers localisés, a-t-il toutefois reconnu plus tôt cette semaine dans une interview au quotidien Aftonbladet.

Des usagers des transports prennent le métro.

Le masque n'est pas obligatoire dans les transports publics en Suède.

Photo : Reuters / TT NEWS AGENCY

Une situation pire qu'anticipée

Face à la forte remontée des cas, l'Autorité de santé publique et le gouvernement suédois ont durci les recommandations dans les régions touchées, avant de le faire au niveau national le 14 décembre.

Les Suédois ont été appelés à ne fréquenter que les membres de leur foyer, les événements publics ne peuvent désormais réunir plus de huit personnes, et l’enseignement à distance a été décrété dans les écoles secondaires.

Des mesures de distanciation vont maintenant aussi s'appliquer dans les bars et les restaurants, où seules huit personnes peuvent s’attabler ensemble, et la vente d’alcool se termine désormais à 22 h.

Anders Tegnell regarde la caméra.

« Je pense que nous aurons une contamination relativement faible cet automne », affirmait en août l'épidémiologiste en chef de la Suède, Anders Tegnell.

Photo : Getty Images / JONATHAN NACKSTRAND

Des médecins ne cachent plus leur impatience devant l’urgence de la situation.

Malheureusement, le niveau de contamination ne diminue pas [...] et c'est très inquiétant, affirme à l'AFP le directeur sanitaire de la région de Stockholm, Björn Eriksson, qui décrit une pression extrême sur le système de santé.

Maintenant, ça suffit, avait-il dit, en colère, la semaine dernière. Ça ne vaut pas le coup de boire un verre après le travail, rencontrer des gens en dehors de son foyer, faire du magasinage de Noël ou prendre un café : les conséquences sont terribles.

Nous avons serré la vis, mais je crois que nous devons faire encore plus, notamment pendant les fêtes, affirme pour sa part le Dr Lars Falk, responsable des soins intensifs à l'hôpital Karolinska dans la capitale, Stockholm.

L'Autorité de santé publique avait préparé trois scénarios cet été. Nous nous étions calés sur celui du pire. Or, il s'avère que c'est deux fois pire.

Dr Lars Falk, un responsable de soins intensifs à l'hôpital Karolinska de Stockholm

Sur le plan juridique, le gouvernement suédois n’a toujours pas de loi d’urgence pouvant lui permettre de décréter la fermeture de commerces et d’autres établissements.

Le gouvernement a cependant ressorti des oubliettes un projet de loi d'urgence pour obtenir ce pouvoir, mais son entrée en vigueur n'est toutefois prévue que mi-mars.

Comme le reste de l'Union européenne, la Suède fonde aussi beaucoup d'espoirs sur la vaccination qu'elle espère lancer fin décembre et proposer à toute la population autour de mi-2021.

Entre-temps, un sondage Ipsos paru jeudi a révélé que la confiance de la population envers les autorités a fortement baissé depuis septembre, bien qu’elle demeure majoritaire.

Avec les informations de Agence France-Presse, et BBC

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