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Au cœur de la zone chaude de l'hôpital de Chicoutimi

Une allée d'hôpital avec 5 chambres qui ferment par des portes automatiques. Un poste où discute une équipe de soins.

La zone chaude, où des patients combattent la COVID-19 aux soins intensifs de l'Hôpital de Chicoutimi.

Photo : Courtoisie CIUSSS Saguenay-Lac-Saint-Jean / Jean-Sébastien Bilodeau

Pour l’intensiviste Jean-Sébastien Bilodeau, une image vaut mille mots. C’est pourquoi il a accepté de filmer quelques séquences avec son téléphone personnel dans la zone chaude de l’Hôpital de Chicoutimi. Il ne souhaite pas être alarmiste. Il veut être réaliste. Il estime que la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean doit voir ce qui se passe au sein de l’établissement pour mieux comprendre l’importance de respecter les consignes sanitaires.

Depuis le début de la semaine, les décès s’accumulent chez les patients atteints de la COVID-19 aux soins intensifs du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Juste dans les 48 dernières heures, malheureusement, on a assisté à cinq décès aux soins intensifs, a affirmé mardi le chef du service des soins intensifs, Jean-Sébastien Bilodeau. Et les décès ont continué par la suite.

Une porte sur laquelle est écrit zone chaude et entrée dans un corridor de l'hôpital de Chicoutimi.

Visite de la zone chaude de l'hôpital de Chicoutimi

Photo : CIUSSS Saguenay-Lac-Saint-Jean

Les hospitalisations actuelles proviennent de personnes qui ont été infectées il y a plusieurs semaines.

Ce qu’on voit en ce moment est un peu le résultat peut-être de la fête de l’Halloween, de l’Action de grâce, des rassemblements qui se sont faits durant cette période-là, soutient le médecin spécialiste.

Si le même genre de rassemblements se fait durant le temps des fêtes, on sait qu’on va avoir une bonne 3e vague ou une grosse montée des hospitalisations au retour des fêtes.

Une citation de :Jean-Sébastien Bilodeau, chef du service des soins intensifs, CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean

C’est pourquoi il tenait à ce que la population de la région ait accès à la réalité du terrain.

Le but n’étant pas d’alarmer, mais juste que les gens réalisent que c’est vrai, que c’est une maladie très importante, et de voir l’impact que ça a sur les employés et sur les patients, affirme l’intensiviste.

Jean-Sébastien Bilodeau en position d'entrevue.

L'intensiviste Jean-Sébastien Bilodeau tenait à montrer des images de l'unité des soins intensifs où les patients atteints de la COVID-19 sont hospitalisés.

Photo : Radio-Canada / Catherine Fillion

Un système poussé à la limite

Selon Jean-Sébastien Bilodeau, les capacités du réseau de la santé sont étirées au maximum. L’Hôpital de Chicoutimi a le potentiel physique d’ouvrir 16 lits réservés aux patients atteints de la COVID-19 aux soins intensifs. En raison du manque de personnel, 10 lits sont actuellement disponibles.

Je vous dirais que, si on avait la possibilité d’ouvrir à 12, à 14 ou à 15 lits en soins intensifs, nos 15 lits en soins intensifs seraient remplis en ce moment, résume le Dr Bilodeau.

Des patients ont dû être transférés à Québec au cours des dernières semaines, faute de personnel soignant.

La gestion des équipes en soins infirmiers est un véritable casse-tête pour le chef d'unité de soins infirmiers, cardiologie et soins intensifs à l'Hôpital de Chicoutimi, François Gagnon.

Certaines infirmières sont retirées par mesure préventive, d’autres, parce qu’elles ont contracté le virus, et d’autres ont été en contact avec une personne atteinte et doivent aller passer un test de dépistage; dans chaque cas, les périodes de retrait sont différentes.

On a une complexité qu’on n’a pas habituellement avec la COVID, parce qu’il y a des employés qui vont inévitablement la contracter, que ce soit au travail ou dans la communauté. On sait qu’il y a une transmission communautaire actuellement dans la région, souligne François Gagnon.

Depuis les neuf derniers mois, 17 % des infirmières des soins intensifs ont dû combattre le virus.

Il précise qu’il est impossible de déterminer avec certitude à quel endroit précis une personne a été contaminée et que ce taux est relativement bas. Par exemple, en cardiologie, le taux de contamination chez les infirmières est de 30 %.

François Gagnon affirme que, malgré le stress et la fatigue, ses équipes sont résilientes.

Je pense que c’est dans l’adversité qu’on découvre les vraies forces des équipes.

Une citation de :François Gagnon, chef d'unité de soins infirmiers, cardiologie et soins intensifs à l'Hôpital de Chicoutimi
François Gagnon en entrevue dans un couloir au siège social du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

François Gagnon, infirmier-chef aux unités de cardiologie et de soins intensifs au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean

Photo : Radio-Canada / Catherine Fillion

Le chef des soins infirmiers a tenu à rendre hommage à celles et à ceux qui assurent la permanence depuis neuf longs mois.

Malgré tout, on voit que ce sont de vraies professionnelles qui sont là pour les patients et qui veulent donner le maximum au niveau de la qualité et de la sécurité des soins, affirme François Gagnon.

Tout cela dans un contexte où elles doivent parfois accompagner des patients en fin de vie qui ne peuvent bénéficier de la visite de leurs proches.

Les infirmières, à ce moment-là, font vraiment du caring le plus possible avec ces patients-là. Ils en prennent soin comme si c’était leurs propres parents, ajoute François Gagnon.

Environ un patient sur deux placé sous assistance respiratoire décède dans le contexte de la COVID-19.

Une station avec plusieurs casiers, du nettoyant, des masques, et des lunettes.

Une station pour déposer les effets personnels des équipes soignantes dans la zone chaude de l'Hôpital de Chicoutimi.

Photo : CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean / Jean-Sébastien Bilodeau

L’arrivée du vaccin

Pour Jean-Sébastien Bilodeau et François Gagnon, le début de la campagne de vaccination permet de voir le bout du tunnel. Toutefois, ils veulent rappeler à la population que la pandémie est loin d’être terminée.

L’immunité de groupe ne sera pas atteinte avant quelques mois, précise Jean-Sébastien Bilodeau. D’ailleurs, le vaccin ne permet pas de guérir du coronavirus.

Pour les gens qui pensent qu’on va les vacciner à l’hôpital et que la maladie va partir : non. Le vaccin est là pour empêcher de faire une maladie sévère.

Une citation de :Jean-Sébastien Bilodeau

À ceux qui souhaiteraient contrevenir aux consignes en vigueur et se rassembler tout de même au cours des prochains jours, François Gagnon conseille de revenir aux images filmées dans la zone chaude où il travaille.

Ça peut être vous, ça peut être votre père, votre mère, votre sœur. Prenez donc une pause de Noël et on pourra reprendre l’an prochain, conclut-il.

Note

  • Exceptionnellement, en raison de la pandémie de COVID-19, Radio-Canada diffuse les images fournies par le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les équipes de tournage ne sont pas admises en zone chaude.

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