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Pêche au sébaste : une industrie qui devra se rebâtir rapidement

Du sébaste en usine.

Depuis 1995, Ottawa impose un moratoire sur la pêche au sébaste dans le golfe du Saint-Laurent (archives).

Photo :  Claude_Nozeres/Pêches et Océans Canada

Des voix s'élèvent pour qu'Ottawa s’engage rapidement à relancer la pêche commerciale au sébaste dans le golfe du Saint-Laurent, alors que les données scientifiques démontrent que les stocks sont suffisants pour envisager une reprise dès 2026.

L'enjeu a été au cœur des échanges du Rendez-vous annuel de l’industrie de la pêche et de la mariculture des Îles-de-la-Madeleine, qui s'est tenu de façon virtuelle mercredi.

Les données scientifiques de 2019 démontrent que d'importantes cohortes de sébaste mentella ont vu le jour en 2011, 2012 et 2013, et qu’elles atteindront une taille commerciale dès 2026.

On estime qu’il y a au minimum 4,3 millions de tonnes de sébaste mentella dans le golfe du Saint-Laurent, explique la responsable des stocks de sébaste de Pêches et Océans Canada, Caroline Senay. Environ 3 millions de tonnes ont dépassé le seuil des 22 cm, qui est la taille minimale réglementaire, et un demi-million de tonnes a plus de 25 cm, ce qui est une taille plus appréciable pour les pêcheurs et les marchés. Ça positionne le sébaste mentella dans la zone saine de l’approche de précaution.

Deux espèces de sébaste fréquentent le golfe du Saint-Laurent.

Le Sebastes mentalla (sébaste atlantique) et le Sebastes fasciatus (sébaste d'Acadie) vivent à des profondeurs différentes. L’espèce la plus abondante actuellement est le sébaste mentalla. Le Sebastes fasciatus est un stock considéré dans la zone de prudence, selon les évaluations scientifiques de Pêches et Océans Canada.

En 2018, une étude de Pêches et Océans démontrait que les stocks pourraient permettre une capture commerciale dans un horizon de cinq ans.

Cette étude suggérait qu’en 2026-2028, on pourrait pêcher entre 40 000 et 60 000 tonnes de sébaste par année dans l’unité 1 et 2, soit le golfe du Saint-Laurent et l’aire au sud de Terre-Neuve, sans avoir de souci pour l’état des stocks, souligne Caroline Senay.

Une industrie à reconstruire

L’industrie du sébaste est toutefois à rebâtir, puisque la pêche est sous moratoire depuis 1995 dans le golfe du Saint-Laurent.

Malgré les données scientifiques encourageantes, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada considère toujours le sébaste comme une espèce menacée, ce qui freine les élans des pêcheurs et transformateurs à investir pour relancer l’industrie.

À preuve, les quotas de pêche indicatrice et de pêche expérimentale qui, lorsqu’additionnés, permettent de pêcher plus de 4500 tonnes de sébaste depuis 2018, n’ont jamais été atteints.

Dans les dernières années, il ne s’est jamais pêché plus de 800 tonnes de sébaste dans le golfe du Saint-Laurent. Il y a moins d’un quart des quotas de pêche indicatrice et expérimentale qui est pêché, précise Caroline Senay.

En 2020, aucun sébaste n’a été débarqué sur les quais des Îles-de-la-Madeleine.

Un pêcheur déverse une caisse de sébastes sur un convoyeur près de son bateau.

Les quotas de pêche indicatrice et de pêche expérimentale n'ont pas été atteints dans les dernières années (archives).

Photo : Radio-Canada

Pour changer la donne, le gestionnaires de Madelipêche Paul Boudreau estime qu’Ottawa doit envoyer un signal clair à l’industrie. Madelipêche détient des parts historiques du quota de sébaste dans le golfe.

C’est difficile de dire qu’on peut aller pêcher actuellement parce qu’il n’y a pas d’ouverture sur les marchés, affirme M. Boudreau. Il faut développer une industrie, il faut recommencer à zéro. Les gens qui vont participer à cette pêcherie-là, il faut qu’ils sachent quand ça va rouvrir pour être capable d’investir, il faut que les industriels s’équipent pour transformer le poisson. Tant que le ministère ne va pas rouvrir officiellement la pêche, ça ne se fera pas.

La première chose à faire pour le ministère, c’est d’ouvrir cette pêcherie-là au plus sacrant.

Une citation de :Paul Boudreau, gestionnaire de Madelipêche

À l'instar de Paul Boudreau, le chargé de projet pour Merinov, Damien Grelon, croit que le gouvernement fédéral doit s'engager rapidement à relancer la pêche au sébaste pour permettre à l'industrie de se remettre sur pied graduellement.

C’est un chien qui court après sa queue, illustre-t-il. Il n’y a pas d’approvisionnement de sébaste pour alimenter le marché et il n’y a pas de marché pour prendre les sébastes qui sont débarqués. Par où est-ce qu’on commence? Je me pose la question souvent.

C’est une industrie qu’on va avoir à rebâtir, admet le ministre québécois des Pêcheries, André Lamontagne, qui rappelle que Québec a mis en place un comité sébaste en 2018 pour préparer la relance de la pêche commerciale.

André Lamontagne est songeur pendant le point de presse.

André Lamontagne est ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (archives).

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le ministre Lamontagne précise qu’il a déjà commencé ses représentations auprès du gouvernement fédéral pour défendre les quotas historiques de sébaste octroyés au Québec.

Historiquement, le Québec se voyait attribuer autour de 33 % des quotas de pêche du sébaste, précise André Lamontagne. Les représentations qu’on fait au gouvernement fédéral, c’est [pour dire] que ce n’est pas une nouvelle pêche.

C’est une pêche qui a été interrompue et qu’on va reprendre, donc les quotas devraient être alignés sur ceux qu’on avait lorsqu’on a mis la pêche sur pause.

Une citation de :André Lamontagne, ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation

Réduire les prises accidentelles

Présentement, les poissons capturés accidentellement par les chaluts conventionnels soulèvent un écueil pour un retour à une pêche plus importante et durable du sébaste. Les prises accidentelles, soit les prises qui ne sont pas du sébaste, représentent 9 % des débarquements totaux effectués lors des pêches scientifiques de 2000 à 2019.

Ce pourcentage, lorsque multiplié par d’éventuelles captures annuelles de dizaines de milliers de tonnes, est suffisant pour anéantir d’autres types de pêches aux poissons de fond, comme le flétan ou le turbot.

Merinov s’est mis au travail pour développer et tester un chalut semi-pélagique qui permettrait de diminuer les prises accidentelles.

Une pièce métallique sur un chalut de pêche.

Exemple de panneau semi-pélagique qui se fixe au chalut de pêche (archives)

Photo : Radio-Canada / Courtoisie Merinov

Il n’y avait pas eu de développement sur les engins de pêche au poisson de fond depuis 30 ans, mentionne le chargé de projet Damien Grelon.

Lors de ses tests, Merinov a réussi à abaisser les prises accidentelles à 1 % des captures en testant un chalut dont seuls les panneaux d’écartement raclent les fonds marins. L’engin peut également être déployé complètement dans la colonne d’eau, sans contact avec le sol.

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