•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Services en français : « beaucoup de chemin à faire », selon la commissaire

La commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Shirley MacLean

La commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Shirley MacLean

Photo : Radio-Canada

Marie-Ève Brassard

La commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Shirley MacLean, présente mercredi son rapport 2019-2020 sur le respect de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick (LLO). Le document de 61 pages, qui aborde entre autres les plaintes reçues durant la période couverte, est marqué par les manquements relatifs à la gestion de la pandémie de COVID-19.

Le Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick a reçu un total de 133 plaintes entre le 1er avril 2019 et le 31 mars 2020.

De ce nombre, 62 étaient recevables et 53 d'entre elles visaient des manquements aux services en français et 9 aux services en anglais.

La pandémie et le français

Le rapport fait état de la réception de 10 plaintes entre le 23 et le 29 mars 2020, toutes relatives aux points de presse du gouvernement en lien avec la pandémie de COVID-19.

Les citoyens ont reproché au gouvernement l’utilisation prédominante de l’anglais, ainsi qu’un incident lors duquel le premier ministre Blaine Higgs a demandé à une journaliste qui avait formulé une question en français, de la poser à nouveau en anglais.

Blaine Higgs place un écouteur dans son oreille droite.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, écoute l'interprétation simultanée d'une question qui lui est posée, le 3 avril 2020, à Fredericton.

Photo : Radio-Canada

La commissaire souligne que les journalistes ont le droit de poser leurs questions dans la langue officielle de leur choix lors d’une annonce publique ou d’une conférence de presse en vertu de la LLO et critique l’absence de français.

Il n’est pas acceptable que l’anglais soit la principale langue utilisée et que le français soit accessible seulement par l’entremise de l’interprétation simultanée. La pratique actuelle réduit l’impact du message gouvernemental auprès des francophones, écrit-elle dans son rapport.

La commissaire explique avoir contacté directement le chef du cabinet du premier ministre, jugeant la situation urgente à ce sujet.

Ainsi, dans une lettre envoyée au premier ministre le 27 mars, elle constate que le maître de cérémonie invite désormais les journalistes à s’adresser aux membres du gouvernement dans la langue de leur choix.

Elle insiste également sur la nécessité pour les participants aux conférences de presse de s’exprimer plus souvent en français.

Horizon : déficiences dans l’offre en français

Une autre plainte reçue en février 2019 porte sur une série d’incidents survenus principalement dans l’unité de psychiatrie de l’Hôpital de Moncton, un établissement qui relève de la régie de santé anglophone de la province, le Réseau de santé Horizon.

L'Hôpital de Moncton

L'Hôpital de Moncton relève du Réseau de santé Horizon (archives).

Photo : Radio-Canada

La plaignante, explique la commissaire, dénonçait l’absence d’offre active de service dans les deux langues officielles et des lacunes en matière de prestation des services en français.

L’enquête du Commissariat a permis de conclure que la plainte est en très grande partie fondée; en effet, dans 12 des 13 incidents, l’institution n’a pas respecté les droits linguistiques du plaignant, peut-on lire dans le rapport de la commissaire MacLean.

Mme MacLean estime que les mesures, les outils et les protocoles nécessaires existent dans le réseau Horizon, mais que certains employés n’ont pas le réflexe de les utiliser ou de les respecter.

Plus grave encore, des employés de l’institution ont insisté pour que le plaignant leur parle en anglais, souligne-t-elle.

Le Réseau de santé Vitalité s'est lui aussi fait reprocher de ne pas avoir un service, cette fois en anglais, à un usager qui le demandait lors d'un appel téléphonique à l'hôpital Stella-Maris-de-Kent.

Des mesures correctives

Horizon reconnaît les manquements en cause et a réagi à la plainte en prenant des mesures correctives, selon la commissaire MacLean. Elle cite en exemple les visites effectuées par l’infirmière gestionnaire des soins intensifs de l’unité psychiatrique afin de s’assurer que le personnel respecte la LLO.

La commissaire recommande de surcroît que des sondages de satisfaction portant sur les langues officielles soient mis à la disposition des utilisateurs du réseau dans des zones bien visibles de l’unité et que des suivis mensuels soient effectués par les responsables de l’application de la LLO.

Ces derniers devront également être acheminés à la PDG du réseau, ainsi qu’à la commissaire afin qu’elle puisse suivre l’évolution de la situation.

Une affiche bilingue du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue au Canada.

Photo : Radio-Canada

L’immigration francophone

Mme MacLean rappelle dans son rapport que les politiques et programmes d’immigration doivent bénéficier de manière égale aux deux communautés linguistiques de la province.

Elle souligne également la cible que le gouvernement progressiste-conservateur s’est fixée en 2019 avec l’initiative Un nouveau départ : la stratégie de croissance démographique du Nouveau-Brunswick, d’atteindre 33 % d’immigration francophone en 2024.

En 2019, 24 % des candidats à l’immigration étaient francophones.

Modifications proposées à la LLO

La commissaire a aussi profité du dépôt de son rapport pour faire état de propositions préliminaires en vue de la révision de la LLO, qui doit être effectuée avant le 31 décembre 2021.

En conférence de presse, Mme MacLean a notamment insisté sur une modification qui permettrait de confirmer que l'ensemble des corps policiers, incluant les services de communications, doivent respecter la LLO.

La commissaire recommande également que le droit des fonctionnaires provinciaux de travailler dans la langue officielle de leur choix soit clairement inscrit dans la LLO, puisque deux enquêtes menées par le commissariat ont démontré que le gouvernement provincial ne leur permettait pas d'êtres supervisés ni de travailler dans la langue de leur choix.

Mme MacLean souhaite qu'un comité de révision de la LLO soit formé avant le 1er janvier prochain.

Il s’agit du premier rapport annuel émis par la Commissaire Shirley MacLean, nommée en novembre 2019.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !