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Pourquoi certains obéissent-ils aux règles sanitaires et d’autres non?

L'incompréhension des risques et le besoin de se sentir en contrôle font partie des raisons qui poussent certains à ignorer les règles de santé publique, selon des experts.

Deux femmes traversent la rue au centre-ville de Vancouver. L'une porte un masque.

Plusieurs facteurs entrent en jeu pour expliquer les motivations des personnes qui ne respectent pas les règles en temps de pandémie, selon des experts.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Vous ne prendrez pas la route pour rendre visite à vos parents à Noël, suivant à la lettre la recommandation de ne pas voyager, mais apprenez qu’un collègue sautera dans un avion pour aller retrouver les siens.

La veille du jour de l’An, pendant que vous resterez à la maison, avec pour seule compagnie votre chien et votre télévision, vous entendrez peut-être vos voisins et leurs amis sabrer le champagne et festoyer.

Après des mois d’appels répétés des autorités sanitaires à réduire au minimum les contacts sociaux, à porter un masque et à éviter les voyages, pourquoi certaines personnes obéissent-elles aux règles, alors que d’autres en font fi?

Trouver la réponse à cette question complexe nécessite l’examen de plusieurs facteurs que devront prendre en compte les différents gouvernements s’ils veulent que les restrictions soient observées, disent des experts.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Pourquoi pas?

Coincé en Alberta à ne pas bouger depuis des mois, le photographe de voyage Mattew Julien a des fourmis dans les jambes. Après avoir fouillé le web à la recherche de destinations qui n’imposent pas de quarantaine à l'arrivée, sa copine et lui ont choisi de prendre le large.

On part au Mexique un mois, on va y fêter Noël et le jour de l’An, ensuite on va se diriger vers le Costa Rica vers la mi-janvier et, enfin, au Nicaragua pour le reste de l’hiver, dit-il.

On s’est dit : pourquoi pas? Ça ne nous tentait pas de passer l’hiver dans le nord de l’Alberta au froid.

Une citation de :Mattew Julien

À l’instar d’une majorité de Canadiens, Mattew Julien reconnaît que la pandémie est bien réelle et croit que des mesures sanitaires sont importantes. Pour autant, il ne s’en fait pas avec les recommandations du gouvernement fédéral de ne pas voyager. « Je me dis que, si la frontière est ouverte, c’est qu'on peut y aller. »

Des gens marchent au centre-ville de Vancouver. Une femme tire une valise.

Les voyages ne sont pas recommandés en temps de pandémie.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Las de la pandémie, on adapte les règles à nos besoins

On entend ce qu’on veut entendre, explique la psychologue Nafissa Ismail, professeure à l'École de psychologie de la Faculté des sciences sociales l'Université d'Ottawa.

L’une des plus grandes difficultés, c’est que chaque personne vit la pandémie avec des perspectives, une personnalité et des expériences différentes, qui font en sorte que chacun filtre l’information et suit les recommandations qui lui semblent raisonnables, observe-t-elle.

Nous filtrons désormais nous-mêmes l’information qu’on décide de prendre... ou de ne pas prendre.

Une citation de :Nafissa Ismail, professeure à l'École de psychologie de la Faculté des sciences sociales l'Université d'Ottawa

Il faut se rappeler que nous vivons une période très chargée sur le plan émotionnel, comme nous n’en avons jamais vécu auparavant, dit la titulaire de la Chaire de recherche du Canada en santé et communauté Cindy Jardine, qui est également professeure à la Faculté des sciences de la santé de l'Université de la vallée du Fraser.

Ses plus récentes recherches portent sur la communication des restrictions durant la pandémie.

Des événements tragiques se produisent, et nous avons très peu de pouvoir, dit-elle. Les gens peuvent ressentir le besoin d’exercer un certain contrôle, qui peut se traduire par agir de nouveau "normalement", en ne portant pas de masque, par exemple, ou en sortant boire un verre avec des amis.

Un homme porte un masque et regarde son cellulaire dans une rue de Vancouver.

Le masque doit être porté dans la plupart des endroits publics au Canada.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

On comprend mal les risques

Même si la pandémie dure depuis des mois, tout le monde n'a pas été directement touché par le virus, on ne connaît pas forcément quelqu’un qui a été infecté, rappelle Nafissa Ismail. Ça reste un danger peu abstrait pour plusieurs.

Selon Jillian Roberts, professeure de psychologie à l’Université de Victoria, le problème est le manque de compréhension des risques que comporte le non-respect des restrictions formulées par la santé publique.

Si les gens comprenaient vraiment le risque, ils suivraient davantage les règlements.

Une citation de :Jillian Roberts, professeure de psychologie à l’Université de Victoria

Si vous avez une compréhension approfondie du risque d'un point de vue médical, vous n'hésiterez pas à vous protéger et à protéger les personnes vulnérables, ajoute Mme Roberts.

Des gens marchent sur le Sea Wall, à Vancouver.

La situation est encore moins facile pour les gens qui vivent seuls, reconnaît Nafissa Ismail.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Un risque pour les autres

Les gens ont le droit de prendre des risques dans leur vie, explique Cindy Jardine. Or, ce droit s’arrête généralement quand il met les autres en danger. C’est aussi ça, le problème avec la situation actuelle : la plupart des risques encourus par des individus ne les concernent pas directement, mais représentent un danger pour autrui.

En vous mettant à risque, vous pourriez devenir un vecteur de la maladie.

Une citation de :Cindy Jardine, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en santé et communauté

Le port du masque l’illustre parfaitement, selon Cindy Jardine, puisqu'on ne le porte pas pour se protéger, mais bien pour protéger les autres.

On manque d’empathie

Il y a un faible pourcentage de gens qui comprennent les risques et qui s’en moquent, estime Mme Roberts. Ces gens manquent d’empathie, tout simplement.

Au final, le choix de respecter ou non les règles revient au sens de l’altruisme, croit aussi Cindy Jardine.

Certaines personnes sont beaucoup plus naturellement enclines à penser aux autres et à voir le grand portrait du bien commun, tandis que d'autres ne le sont pas autant..

Là se trouve peut-être la clé pour modifier les comportements des gens, selon la spécialiste. Je pense que nous devons faire appel aux tendances altruistes des gens. Il faut trouver quelle autre personne dans leur vie leur tient à cœur et renforcer la notion que c'est cette personne-là que nous tentons de protéger.

De nombreux passants marchent sur la rue Granville, à Vancouver.

« Les gens qui manifestent pour le droit de ne pas porter de masque n’ont aucune idée du risque pour le public », croit Jillian Roberts.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Miser sur l'altruisme et l'information

Une autre piste de communication serait d’insister sur le fait que le Canada est dans une meilleure position que les autres pays justement en raison de ses restrictions, affirme Cindy Jardine.

Toutefois, le combat mené par les dirigeants est complexe, admet-elle. La ligne est fine entre être trop autocratique, dictatorial, et s’en remettre à demander aux gens de faire la bonne chose.

Certaines personnes réagissent à cette période sans précédent de manière émotionnelle, tandis que d'autres réagissent de manière plus pratique, explique-t-elle. Je pense que nous devons parler aux deux groupes.

Nous devons nous mettre à leur place, comprendre quel est leur rationnel sous-jacent, ce qui est important pour ces personnes, au lieu de polariser une question qui l’est déjà.

Un voyageur marche avec ses valises dans le terminal d'un aéroport.

Les autorités sanitaires et les gouvernements provinciaux et fédéraux demandent aux gens de ne pas voyager.

Photo : Reuters / Brendan McDermid

Partir ou rester?

Pandémie ou non, Mattew Julien se prélassera bientôt sur le sable chaud. 

Que je sois ici, en Alberta, ou au Mexique, si on suit les règles, on ne risque pas plus d’attraper la COVID-19 et de la transmettre à d’autres, affirme-t-il.

Nafissa Ismail apporte un bémol. Les gens ne devraient pas penser que, parce que dans un autre pays, le nombre de cas a l’air faible, il n'y a peut-être pas de danger, dit-elle.

Il est important de se rappeler que le virus est partout. Ce n'est pas parce qu’on s’en va ailleurs qu’on va échapper au virus.

Une citation de :Nafissa Ismail, professeure à l'École de psychologie de la Faculté des sciences sociales l'Université d'Ottawa

Il faut garder en tête que d’autres pays ne testent pas autant que nous et qu'ils ne détectent pas autant de cas positifs. Mais si on regarde dans leurs hôpitaux, on va voir une réalité différente.

Les projets de voyage de Mattew Julien en inquiètent d'ailleurs certains. Ma mère est bien stressée, admet-il.

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