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Le gouvernement Legault veut favoriser l’immigration de certains anglophones

Québec a lancé un projet pilote d’immigration économique avec un volet réservé aux non-francophones travaillant dans l’intelligence artificielle, avec un salaire à six chiffres.

François Legault durant une entrevue.

Le gouvernement de François Legault va mettre en place un programme d'immigration permanente ouvert uniquement à des non-francophones.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Gagner beaucoup d’argent, travailler dans le secteur de l’intelligence artificielle et ne pas parler français va permettre, pour certaines personnes, d’immigrer de manière permanente au Québec.

Sans tambour ni trompette, le gouvernement de François Legault a inscrit ces critères dans un projet de règlement visant l’un des dossiers réservés à Québec : l’immigration économique et la sélection de ses immigrants.

Cette mesure sera réservée, pour le moment, à un peu moins de 300 personnes par an, dans le cadre d’un projet pilote visant les travailleurs des secteurs de l’intelligence artificielle, des technologies de l’information et des effets visuels.

L’annonce d’un tel programme avait été faite par l’ex-ministre de l’Immigration et responsable de la défense de la langue française, Simon Jolin-Barrette, à la fin du mois de mai. Le 28 octobre dernier, sa successeure, Nadine Girault, avait confirmé cette volonté, mais les contours et détails de ce projet pilote n’avaient pas été précisés publiquement.

À l’origine, Québec a décidé de mettre sur pied trois projets pilotes, qui seront officiellement lancés dans les prochaines semaines, visant à la fois les préposés aux bénéficiaires, les travailleurs de la transformation alimentaire et deux des secteurs de l’IA et des TI. Au total, 1650 places ont été prévues annuellement (550 places par programme), visant l’obtention, au final, d’une résidence permanente.

Les critères d’accès à ces programmes sont cependant bien différents, selon les informations obtenues par Radio-Canada.

Connaissance du français exigée pour les préposés, mais pas pour l’IA

Pour postuler, les préposés aux bénéficiaires et les travailleurs de la transformation alimentaire devront par exemple démontrer une connaissance du français, à l’oral, de niveau 7, selon l’Échelle québécoise des niveaux de compétence en français des personnes immigrantes adultes. Il s’agit d’être capable d’avoir une conversation soutenue.

Dans le cadre de l’intelligence artificielle, le programme est divisé en deux profils : les francophones et les non-francophones. Au total, 274 places sont réservées à des candidats qui n’ont aucune obligation de connaître la langue française.

Pour se qualifier, ils doivent notamment avoir un emploi à temps plein au Québec et un salaire annuel de 100 000 $ si le candidat travaille dans la région montréalaise ou au moins 75 000 $ si l’emploi est situé à l’extérieur de celle-ci.

Appelé à préciser les intentions du gouvernement, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) a évoqué une décision visant à mettre de l'avant le Québec dans le marché mondial.

Le programme pilote vise à répondre aux besoins spécifiques des secteurs de l’intelligence artificielle, des technologies de l’information et des effets visuels et, ainsi, faire rayonner le Québec au niveau international.

Arianne Méthot, porte-parole du MIFI

« Dans cette optique, certains candidats non francophones au moment de présenter leur demande pourront être sélectionnés, souligne Arianne Méthot, porte-parole du MIFI. Des moyens seront mis en place pour qu’ils puissent rapidement se franciser. »

« Les personnes sélectionnées par le biais du profil non francophone devront s’engager, au moment de la présentation de leur demande de sélection permanente, à apprendre le français et le ministère travaillera avec les représentants de l’écosystème pour encourager et accompagner ces travailleurs dans ce processus », précise-t-elle.

Ces éléments ne figurent cependant pas dans l’actuel projet de règlement.

Un programme prévu pour 5 ans?

Ces trois projets pilotes prévoient l'octroi de 1650 certificats de sélection de Québec, annuellement. Pour combien d’années? Selon le MIFI, qui cite la Loi sur l’immigration, le ministre en poste « peut, par règlement, mettre en œuvre un programme pilote d’immigration permanente d’une durée maximale de cinq ans ».

Selon le MIFI, l'entrée en vigueur de ces programmes est prévue durant l'hiver.

Une première au Québec?

Avoir une connaissance approfondie de la langue française est pourtant, habituellement, un prérequis indispensable pour immigrer au Québec.

Dans le cadre du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), réservé aux travailleurs et aux étudiants étrangers déjà au Québec, un niveau minimal de français est notamment exigé.

Une telle exigence n’est pas requise dans le Programme régulier des travailleurs qualifiés (PRTQ), mais une connaissance du français est quasiment inévitable pour avoir une chance d’être sélectionné par Québec. En effet, selon la grille de sélection, 16 points (sur les 50 points nécessaires) peuvent être obtenus en cas de maîtrise, à l’oral et à l’écrit, de la langue de Molière.

Aux yeux de Stéphane Handfield, avocat spécialiste en immigration, cette situation est tout à fait inacceptable.

Je ne me rappelle pas d’un programme mis de l’avant par le gouvernement du Québec dans lequel on n’exige pas une connaissance du français ou qu’on n’accorde pas de points à la maîtrise du français.

Stéphane Handfield, avocat en immigration

Les précédents gouvernements libéraux ont été plus exigeants sur la connaissance du français, en augmentant par exemple le nombre de points liés au français. C’est incompréhensible, ajoute-t-il.

Le premier ministre Legault pas au courant

Interpellé mercredi par Radio-Canada sur ce sujet au cours d'une conférence de presse, François Legault a semblé gêné. J’avoue que je ne suis pas au courant de façon détaillée, a-t-il confié.

De façon générale, ce qu’on souhaite, c’est d'avoir plus d’immigration économique en lien avec les besoins des entreprises. Notre stratégie c’est d'offrir des cours de français, quitte à ce que ce soit par la suite, a ajouté le premier ministre.

Les oppositions choquées

Après avoir pris connaissance des détails de ce programme, la députée de Québec solidaire (QS) Ruba Ghazal ne mâche pas ses mots.

Ça me choque énormément, lâche l’élue responsable du dossier de la langue française. Avec ce genre de programme, il y a une incohérence incroyable. Ce gouvernement affaiblit lui-même, par ses propres politiques, le français à Montréal.

Le ministre Jolin-Barrette et le gouvernement ne peuvent pas se plaindre que le français est en train de reculer au Québec et mettre tout ça sur le dos des immigrants, des anglophones ou autres. Il faut qu’ils se regardent aussi le nombril. Ils se tirent eux-mêmes une balle dans le pied.

Ruba Ghazal, députée de Québec solidaire

Ça crée aussi, reprend-elle, une inégalité économique entre travailleurs. On est en train de créer différentes classes de travailleurs. Ceux qui doivent trimer dur pour apprendre le français, s’intégrer dans la société et ceux qui ont des passe-droits, une carte joker.

Du côté du Parti libéral du Québec (PLQ), on tient un discours similaire. Actuellement, il y a un retour sur l'échiquier politique de l'enjeu du français dans le milieu du travail, insiste le député Gaétan Barrette, porte-parole en matière d'immigration.

Il y a clairement un mouvement pour défendre le français, et là, on a un gouvernement qui se dit nationaliste, mais qui va dans le sens contraire. C'est incohérent et inacceptable.

Gaétan Barrette, député du PLQ

Même s'il s'agit, à l'heure actuelle, de moins de 300 personnes par an, les conséquences pourraient être importantes, soutient l'élu libéral. Ces gens-là s'ils restent au Québec vont devenir des patrons, développe-t-il. Ils viennent avec une porte d'entrée sans égard au français, mais ce n'est pas comme ça qu'on va développer la langue française, si, en haut de la pyramide, on met de côté le français.

Selon l'ex-ministre de la Santé, cette décision pourrait découler d'une influence du ministère de l'Économie. C'est propre au secteur de l'économie et au lobby de faire diminuer les exigences de français, dit-il, en parlant d'une décision à combattre.

Évoquant le projet d'agrandissement du Collège Dawson, la députée péquiste Méganne Perry-Mélançon déplore les gestes de la CAQ qui vont contribuer à angliciser Montréal.

C’est révoltant! Tous les candidats à l’immigration devraient parler français à leur arrivée. Non seulement la CAQ ne fait aucun progrès dans ce sens-là, mais on recule à chaque occasion, juge-t-elle.

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