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Analyse

L’opposition à Queen’s Park peut-elle sortir de l’ombre de Doug Ford?

Montage de trois photos des politiciens Andrea Horwath, Doug Ford et Steven Del Duca.

De g. à d. : la chef du NPD Andrea Horwath, le premier ministre de l'Ontario Doug Ford et le chef libéral Steven Del Duca.

Photo : Radio-Canada / Colin Roch

Doug Ford sur le tarmac de l’aéroport de Hamilton pour l’arrivée des vaccins contre la COVID-19. Doug Ford qui examine un congélateur où ils seront stockés. Doug Ford qui trouve quand même le temps de participer à une collecte de jouets pour Noël.

Avec ses près de 200 points de presse depuis mars, M. Ford incarne la réponse à la pandémie en Ontario. Les partis d’opposition ont tenté en vain de s’insérer devant les projecteurs, mais ont largement pâti dans l’ombre imposante du premier ministre.

Qu’auraient-ils pu faire différemment, alors qu’on sait qu'en temps de crise, leur voix est affaiblie, comme c’est le cas à Québec et à Ottawa?

C’est sans compter que Doug Ford a changé les règles du jeu pour pouvoir faire adopter plus vite ses projets de loi.

Et maintenant que les travaux sont ajournés à l'Assemblée législative jusqu'au 16 février, que réserve 2021? Sans tribune, la tâche de faire passer leur message devient d’autant plus ardue pour les néo-démocrates, les libéraux et les verts.

Doug Ford et sa ministre de la Santé, Christine Elliott, inspectent l'équipement nécessaire à l'entreposage des vaccins contre la COVID-19.

Doug Ford et sa ministre de la Santé Christine Elliott inspectent l'équipement nécessaire à l'entreposage des vaccins contre la COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le train Ford avance à toute vapeur

Le gouvernement Ford a fait d'une pierre deux coups en 2020. En modifiant les règles de l’Assemblée législative pour accélérer l’adoption des projets de loi — sous prétexte qu’il fallait répondre rapidement à la crise et à ses répercussions économiques, il a en même temps réussi à faire avancer ses priorités.

Un nombre impressionnant de projets de loi ont été adoptés. Les progressistes-conservateurs ont constamment changé l'ordre du jour à la dernière minute. L’opposition avait peu de temps pour rebondir et montait à peine aux barricades qu’une nouvelle loi était proposée.

À titre d’exemple, le controversé projet de loi sur le Collège chrétien a été étudié pendant quatre jours seulement au Comité permanent des affaires gouvernementales, alors que cela aurait pu prendre des mois auparavant.

De quoi exaspérer les députés de l’autre côté de la Chambre. C'est pas bien difficile quand toutes les règles sont de ton bord, laisse tomber le leader parlementaire de l'opposition officielle, Gilles Bisson. Ils introduisent un projet de loi le lundi et le vendredi, c’est adopté!

Gilles Bisson à son bureau.

Le leader parlementaire du NPD, Gilles Bisson, dans son bureau à l'Assemblée législative de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Vedran Lesic

La libérale Lucille Collard, qui a fait son entrée à Queen’s Park après les élections partielles de février, admet avoir été rapidement désillusionnée. La députée d’Ottawa-Vanier dit avoir travaillé d'arrache-pied en comité, mais s'est butée à un mur.

Elle a proposé une série d'amendements au projet de loi omnibus sur la réforme de la justice en juillet, qui ont tous été rejetés par la majorité conservatrice. Il y en avait qui n'étaient pas controversés, qui ne coûtaient rien et qui auraient mené à mieux exprimer certaines protections pour les francophones, dit-elle.

À la sortie du comité, j'étais vraiment découragée et je me suis dit : "À quoi ça sert, tout ça?"

Lucille Collard, députée libérale d'Ottawa-Vanier

Les chefs écartés

Quand il ne les traite pas de gérants d'estrade, Doug Ford n'accorde pas beaucoup de place aux autres chefs de parti. Il les rencontre occasionnellement, mais sur demande seulement et ne s'est même pas présenté à l'une des dernières rencontres prévues, selon des sources néo-démocrate et libérale.

Ces réunions ne portent généralement que sur des informations déjà rendues publiques, ajoute un membre de la garde rapprochée de la chef du NPD, Andrea Horwath. Cette dernière a déploré publiquement le fait que le gouvernement Ford ne partageait pas assez de renseignements sur son plan de distribution des vaccins contre la COVID-19.

Le bureau de Doug Ford ne confirme pas à quelle fréquence il communique avec les autres chefs, affirmant simplement que le gouvernement échange avec l'opposition de différentes manières.

Les conservateurs sont largement favoris dans les intentions de vote, malgré les ratés en soins de longue durée et les critiques sur la gestion de la deuxième vague. L’arrivée du vaccin a rassuré.

Si des élections anticipées étaient déclenchées aujourd'hui, l'opposition mordrait vraisemblablement la poussière. Doug Ford aurait avantage à le faire plus tôt que tard.

D’ailleurs, une analyse du site Qc125 (Nouvelle fenêtre) fondée sur les derniers sondages prédisait en décembre que Doug Ford remporterait une majorité écrasante de sièges et que les néo-démocrates perdraient la moitié des leurs.

Du sang neuf pour le NPD?

Ce n’est que la troisième fois dans l'histoire politique ontarienne que le NPD forme l’opposition officielle.

En 2018, les néo-démocrates avaient profité de la débandade libérale. La formation a fait quelques bons coups à l’automne. La députée Marit Stiles, notamment, a mené la charge contre le plan de retour en classe du gouvernement Ford.

Reste que le parti qu’Andrea Horwath dirige depuis plus de 10 ans fait du surplace.

Est-ce que c’est un bon moment pour du sang neuf à la tête du parti? Oui, lance la politologue Stéphanie Chouinard de l'Université Queen's à Kingston. Le hic, c’est que la chef du NPD n’a pas préparé de dauphin. On peut être capitaine d’un bateau, mais il faut aussi savoir se faire remplacer!, selon Mme Chouinard.

Andrea Horwath, en Chambre à Queen's Park.

La chef de l'opposition ontarienne, Andrea Horwath

Photo : La Presse canadienne / Jack Boland

Le NPD a besoin de faire une percée dans les banlieues de Toronto et d’y recruter des candidats intéressants au lieu de nommer des candidats poteaux, dit le politologue Peter Graefe, de l'Université McMaster de Hamilton. Je pense qu’Horwath a eu des difficultés à savoir où camper le NPD comme opposition officielle, dit-il, et comment articuler une critique du gouvernement Ford qui pourrait résonner avec cet électorat.

Le doyen des néo-démocrates à l'Assemblée législative Gilles Bisson a-t-il des regrets? Pense-t-il que son parti aurait pu mieux se faire entendre cette année? Non. Doug Ford avance un agenda qui ne sert pas bien la population, affirme-t-il. C’est ça qui va être l'enjeu de la prochaine élection, et moi je prédis que Mme Horwath et le NPD vont bien faire.

Andrea Horwath a dit en décembre avoir l'intention de tenir des points de presse et des rencontres virtuelles régulièrement pour attirer l'attention sur les mesures urgentes nécessaires pour aider les petites entreprises, les étudiants et les résidents des établissements de soins de longue durée.

Del Duca, le méconnu

Les partis qui n’ont pas de statut officiel à Queen’s Park ont reçu un prix de consolation quand Doug Ford a changé les règles de l'Assemblée législative : leur temps de parole a été augmenté. Des députés comme Amanda Simard en ont profité du mieux qu’ils ont pu. La libérale a fait pression pendant des mois à la Chambre pour que le gouvernement limite les frais de livraison des applications comme Uber Eats.

Toutefois, les libéraux se remettent toujours des résultats désastreux de 2018. On a perdu beaucoup de plumes et on est encore en train de se remplumer, lance candidement Lucille Collard. Mais parfois, on propose des idées et ça donne les résultats qu'on espère, même si le gouvernement ne reconnaît pas que ça vient de nous.

La députée Collard a été presque plus visible que son propre chef durant la pandémie. Steven Del Duca a été nommé en mars. L’ancien ministre des Transports n’a pas de siège et est peu connu du grand public, surtout à l’extérieur de Toronto.

Steven Del Duca dans une foule après son élection.

Steven Del Duca lors de sa victoire à la tête du Parti libéral de l’Ontario.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

On savait déjà que Del Duca n’est pas flamboyant, ne commande pas l’attention et a de la difficulté à prendre sa place. Évidemment, la COVID-19 n’a pas aidé, souligne Stéphanie Chouinard.

Ironiquement, l’ex-chef intérimaire des libéraux John Fraser prend beaucoup plus de place. C’est lui qui répond presque toujours aux questions en mêlée de presse et qui interpelle les conservateurs durant la période des questions. Un sérieux problème si des élections anticipées sont déclenchées, surtout que les libéraux tentent toujours de rebâtir leur caisse électorale.

Entretemps, le train Doug Ford continue d’avancer à pleine vapeur. En 2021, les Ontariens peuvent s’attendre à des séances photo quasi quotidiennes avec le premier ministre. À chaque étape de la campagne de vaccination, Doug Ford sera là, en action. Une stratégie fructueuse, rodée par son équipe de communications durant sa tournée estivale.

Gilles Bisson lève les yeux au ciel.

Ils vont se promener devant les caméras et dire : ''Regardez à quel point on fait une bonne job!'' dénonce-t-il. La vérité, c'est que le gouvernement ne veut pas siéger, parce qu’on garde leurs pieds près du feu.

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