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Noël 2020, marqué par le deuil et la pandémie

Bohdan Dan Czuchnowsky devant une porte ornée de décorations de Noël

Bohdan Dan Czuchnowsky est mort de la COVID-19 en mai 2020.

Photo : Courtoisie : Adriana C. Girdler

Radio-Canada

Le temps des fêtes transforme habituellement la résidence de la famille Czuchnowsky à Windsor, en Ontario. Pas cette année.

Bohdan Dan Czuchnowsky, père de quatre enfants, adorait Noël. Il passait des heures à fouiller dans ses boîtes, organisées par couleur et thématique, à la recherche de la guirlande parfaite pour orner la rampe de l’escalier ou ses trois sapins. Même l’alzheimer, qu’il a contracté plus tard dans sa vie, n’a pas affaibli son enthousiasme face aux chansons traditionnelles ukrainiennes qui accompagnaient les festivités.

M. Czuchnowsky en tenue de sous-diacre, dans une église catholiqueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

M. Czuchnowsky est devenu sous-diacre de l’Église catholique Sts. Vladimir & Olga à l'âge de 70 ans.

Photo : Courtoisie : Adriana C. Girdler

Mais cette année, tout sera différent, puisque M. Czuchnowsky n’est plus. L’homme de 81 ans s’est éteint le 4 mai 2020 après avoir contracté la COVID-19. Son décès est l’un des plus de 4000 survenus en Ontario depuis le début de la pandémie. Les données quotidiennes font peu pour révéler le poids humain de ces pertes, et ces dernières ne reflètent pas le deuil que traversent les familles touchées durant ce premier temps des fêtes sans un être aimé.

Ça va être difficile pour nous tous, raconte Larissa Czuchnowsky, sa fille. On se souvient de lui, c’était définitivement sa célébration préférée.

Un survivant de l’Holocauste

M. Czuchnowsky est né de parents ukrainiens à Varsovie, en Pologne, le 26 mars 1939, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale.

Des SS interrogeant des habitants du ghetto de Varsovie en 1943.

Des SS interrogent des habitants du ghetto de Varsovie après la révolte de 1943.

Photo : afp via getty images / AFP

Il se souvenait d’avoir marché près d’un avion de combat écrasé, il se souvenait d’avoir été dans un sous-sol et d’avoir vu un soldat se faire traîner avec les intestins tombant (du ventre), décrit Mme Czuchnowsky. Et il se souvenait d’avoir marché à travers la ville, avec tout le monde, vers le train.

Il s’agissait du train qui a temporairement séparé sa famille alors qu’il était encore garçon. Son père a été mené vers un camp de concentration, alors que sa mère, sa sœur et lui ont été envoyés dans un camp de travail.

Le couple s’est retrouvé après la guerre, puis est passé par l’Allemagne avant d’immigrer au Canada, en passant par Toronto, Leamington, puis Windsor, où M. Czuchnowsky a grandi.

Un homme de sa communauté

M. Czuchnowsky et une femme en tenue traditionnelle ukrainienne

M. Czuchnowsky était fier de son héritage ukrainien, et ne manquait pas l'occasion d'en faire la promotion, selon ses enfants.

Photo : Courtoisie : Adriana C. Girdler

M. Czuchnowsky était un homme extraverti et impliqué au sein de sa communauté, évoque sa fille.

S’il pouvait être sur une scène, s’il pouvait parler à des gens, il était dans son élément, décrit-elle. Et encore plus s’il parlait de la culture ukrainienne.

Dans les années 90, il était particulièrement connu à Windsor pour sa participation au Carrousel des Nations, une célébration annuelle mettant en valeur les différentes communautés culturelles de la ville. Il animait la scène et le défilé ukrainien, dans son costume de cosaque, avec amour et énergie.

Il était très extravagant, très sociable. Il aimait performer. C'était amusant.

Larissa Czuchnowsky

M. Czuchnowsky a eu une carrière d'agent de probation et de libération au ministère des Services correctionnels. Après sa retraite, il est devenu sous-diacre de l’église catholique Sts. Vladimir & Olga, où il était très impliqué.

Décès loin de ses proches

M. Czuchnowsky habitait au centre de soins de longue durée Heron Terrace, à Windsor, mais les visites y étaient interdites pendant la première vague de la pandémie. Le centre a également été le site d'une éclosion du virus.

Alors ma mère et mon frère allaient frapper à sa fenêtre pour le saluer, explique Mme Czuchnowsky, qui habite aujourd’hui à Ann Harbour, au Michigan.

Un jour, son père a avoué à une infirmière qu’il ne se sentait pas bien. Elle lui a fait passer un test de dépistage, mais le résultat était négatif. Il a ensuite subi un AVC, qui peut également être un symptôme de la COVID-19. Il lui a fallu deux tests additionnels pour détecter le virus.

M. Czuchnowsky a ensuite été transféré au centre sportif du Collège St. Clair de l’Hôpital régional de Windsor, où il a passé une semaine.

Les derniers contacts avec ses enfants à Burlington, Toronto, Windsor, aux États-Unis, ainsi qu'avec sa femme à Windsor, ont eu lieu sur l’écran d’une tablette. La famille communiquait avec lui grâce à un iPad fourni par l’hôpital, puisque les visites y étaient interdites.

Nous aurions préféré avoir été là avec lui, pour toucher sa main, le ressentir, décrit-elle, Mais d’avoir eu sa présence pendant autant d’heures, autant de jours, ça a été une guérison pour nous tous, comme famille, décrit-elle.

M. Czuchnowsky est décédé le 4 mai 2020 à l’âge de 81 ans.

Je crois que ce qui est différent avec la COVID-19, c'est que les gens meurent sans être physiquement entourés de leurs familles, alors ça ajoute une couche à la perte, explique Mme Czuchnowsky, dont la profession est d'accompagner les personnes vivant un deuil. Cette année, la vocation est devenue encore plus intime. Il ne faut pas avoir peur du deuil, de son propre coeur brisé [...] la seule façon de traverser le deuil, c'est d'y passer.

Le premier sans-abri décédé du virus à Toronto

Joseph Tshibala KalabiAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Joseph Tshibala Kalabi habitait à Toronto depuis 1995.

Photo : Facebook / La Communauté Congolaise du Grand Toronto

À Toronto, la communauté congolaise a également dû faire un deuil cette année : le décès d’un des siens, qui vivait dans un refuge pour personnes itinérantes.

Joseph Tshibala Kalabi est né le 17 mai 1967 à Lubumbashi, une ville au sud de la République démocratique du Congo. Il a ensuite grandi dans la capitale, Kinshasa, avant de tenter sa chance au Canada. Il habitait la Ville-Reine sans papiers depuis 1995, où il a travaillé de nombreux petits boulots.

M. Tshibala Kalabi a habité dans de nombreux refuges de la ville, y compris le centre communautaire Regent Park et le refuge Toronto Haven. Il habitait au refuge The School House de Dixon Hall depuis novembre 2018, jusqu’aux jours précédant son décès.

Une éclosion de la COVID-19 s'est déclarée au refuge au mois d’avril. M. Tshibala Kalabi a été admis à l’hôpital général d’Etobicoke le 21 avril, puis a succombé au virus le 8 mai.

Avoir un membre de la communauté qui est mort de la COVID dans de pareilles conditions… Il n’a pas de famille, décrit Jean Ilembu, le vice-président de la communauté congolaise du Grand Toronto. Tout ça, ça nous a vraiment choqués.

L’ex-copine de M. Tshibala Kalabi a avisé la communauté de son décès, qui a ensuite pris contact avec le refuge Dixon Hall pour prendre en charge ses funérailles. Elles ont eu lieu à Mississauga, où huit personnes se sont présentées. Les funérailles ont également été diffusées sur Facebook Live, et suivies par des membres de la famille en Europe et au Congo.

Dans un communiqué publié quelque temps après sa mort, le refuge de Dixon Hall a décrit M. Tshibala Kalabi comme étant un homme souriant, calme et doux.

Le personnel qui le connaissait se souvient de lui comme un homme calme qui était toujours très respectueux envers le personnel et les autres invités, ont-ils écrit.

Il était méticuleux dans son apparence et se considérait comme un fier Torontois.

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