•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pâquerette Santerre, 74 ans : une femme et ses chevaux

Pâquerette Santerre sur un cheval blanc.

À 74 ans, Pâquerette Santerre monte encore à cheval plusieurs fois par semaine.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

« Venez-vous en! On rentre! » Ces mots tout simples, lancés avec une voix et un ton uniques, provoquent immédiatement des hennissements d’impatience. Les chevaux de Pâquerette Santerre savent très bien que le petit bout de femme autoritaire et énergique fraîchement descendue de sa voiture vient d’annoncer que l’heure du petit-déjeuner a sonné.

À 74 ans, Pâquerette travaille encore sept jours sur sept. Tous les matins vers 9 h, elle nourrit et soigne les 10 chevaux qui sont sous sa gouverne. Elle prépare leur moulée et les fait entrer docilement dans l’écurie. Elle leur raconte toutes sortes d’histoires, leur pose des questions, leur dit qu’ils sont beaux et gentils. En fait, elle n’arrête pratiquement jamais de parler.

Elle s’adapte à chaque animal et compose avec sa personnalité. Elle est allée jusqu’à en appeler un Jean-Pier, comme son beau-frère, parce qu’elle trouvait qu’ils avaient le même tempérament!

Pâquerette Santerre donne un cours.

Pâquerette Santerre vient à l'écurie tous les jours.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Il n’y a rien comme une routine rodée et un estomac bien rempli pour que les chevaux soient calmes et pour qu’ils aient envie de collaborer. Pâquerette l’a compris depuis bien longtemps. Les chevaux sont entrés dans sa vie au début des années 1970 et ils n’en sont jamais sortis. Malgré son âge, elle enseigne toujours l’équitation classique et monte elle-même plusieurs fois par semaine. C'est mon sport. Je ne fais pas de workout, je ne fais pas vraiment de gymnastique. Disons que j'en fais à cheval, dit-elle en riant, parce qu’elle rit beaucoup. Bien peu de choses lui apparaissent vraiment graves. Elle préfère prendre la vie avec un grain de sel que de se tracasser pour rien. L’écurie, pour elle, c’est une partie de plaisir.

Moi, je trouve que quand tu montes à cheval, tu ne penses plus à tes problèmes. Tu t'aperçois qu’une heure est passée et que tu n’as pensé à rien. J'ai juste pensé à gérer mon cheval puis à aller me promener après.

Pâquerette sautant un obstacle.

Pâquerette Santerre prend encore plaisir à enchaîner les obstacles.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Au fil des ans, elle est pratiquement devenue une légende vivante du monde équestre régional. Dans toutes les écuries du Saguenay-Lac-Saint-Jean, on peut trouver au moins une personne qui connaît son nom. Elle ignore à combien d’élèves elle a enseigné les rudiments de l’équitation, mais ils se comptent par centaines, voire par milliers.

J'ai des étudiants à qui j'ai donné des cours qui sont rendus dans la cinquantaine! Ils reviennent avec les enfants et les petits-enfants pour prendre des cours.

Pâquerette Santerre donne un cours d'équitation à une enfant.

À 4 ans, la petite Michelle apprend les rudiments de l'équitation.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Un couple occupé

Pour arriver à suivre une femme comme elle, il faut un homme en forme, capable de faire quelques compromis parce que Pâquerette peut être têtue. C’était évidemment son idée d’acheter une ferme il y a près d’un demi-siècle.

Bertrand Santerre, son mari, a acquiescé à une condition : qu’il n’y ait pas d’animaux . Il reconnaît avoir perdu la partie. Les chevaux ont failli rentrer dans la maison! , raconte-il le sourire aux lèvres.

Bertrand et Pâquerette Santerre devant un champ.

Bertrand et Pâquerette Santerre ont bien l'intention de vivre au moins jusqu'à 100 ans!

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Pilote d’avion de formation, il n’a pas eu d’autre choix que de s’adapter et il est vite devenu agriculteur à temps partiel. Aujourd’hui âgé de 85 ans, il est lui aussi très actif à l’écurie. Il monte et descend de son tracteur comme un jeune homme, fait les foins l’été, bricole, entretient la machinerie et souffle la neige pendant l’hiver. Les gens ont souvent dit de lui et de Pâquerette qu’ils étaient des forces de la nature. Il pense que c’est peut-être vrai.

Avoir une passion dans la vie, je pense que c'est très important. Moi, je regarde des personnes qui sont beaucoup plus jeunes qu'elle et elles s'ennuient. Elle, elle n’a pas le temps de s’ennuyer et moi non plus. Je pense que c'est intéressant pour un couple aussi, de ne pas toujours se crêper le chignon. À l'occasion des fois… Il faut bien! , rigole celui qui a bien l’intention de se rendre à 110 ans.

Ralentir? Non merci

L’an dernier, Pâquerette a dû subir un remplacement de la hanche, mais difficile de convaincre une femme comme elle, qui donne l’impression de ne pas avoir une seconde à perdre, de mettre en suspens ses activités. Elle a consenti à respecter les consignes de son orthopédiste, à condition que la convalescence ne soit pas trop longue.

J’ai été opérée le 13 septembre puis là, le 24 décembre, j'ai dit aux filles à l'écurie : "Moi, je monte à cheval" Et elle s’est remise en selle. Personne ne lui dit quoi faire.

Une fillette brosse un cheval avec Pâquerette Santerre.

Avant de monter, les élèves doivent d'abord panser leur monture.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

C’est sûr que quand elle revient à la maison, elle est un petit peu fatiguée, reconnaît son mari, Bertrand. Mais, aussi bien être fatigué que de s’ennuyer. L’ennui, il n’y a rien de pire que ça. Ça fait vieillir beaucoup plus vite. La fatigue, on se repose après puis on revient en bon état.

Pour Bertrand et Pâquerette, le secret de la jeunesse, c’est de demeurer actif et positif. Ils comptent vivre encore très longtemps.

Je dis à mes étudiants : "Je vais être rendue à 100 ans, vous m’aiderez à monter à cheval, vous me pousserez!" Je vais monter à cheval jusqu’à ce que je meure!, promet Pâquerette dans un grand éclat de rire.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !