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Oui à la protection du caribou, mais pas sans aide pour la Haute-Gaspésie

Des caribous montagnards de la Gaspésie

Des caribous montagnards de la Gaspésie (archives)

Photo : Radio-Canada

Les maires de la MRC de la Haute-Gaspésie reconnaissent l’importance de protéger le caribou de la Gaspésie, mais à la condition que ce soit aussi au profit des habitants du territoire.

Ils répondent ainsi à la consultation entreprise en septembre dernier par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) sur le Programme de rétablissement du caribou des bois – population de la Gaspésie-Atlantique.

Les maires ne s'y opposent pas, mais veulent être tenus informés et faire partie de la démarche.

Délimiter l'habitat essentiel du caribou

Une des principales recommandations du programme fédéral est de définir l'habitat essentiel du troupeau en deux zones géographiques qui se chevauchent.

Carte des deux zones qui délimitent l'habitat essentiel partiel du caribou de la Gaspésie.

Le document propose deux zones qui se chevauchent.

Photo : Extrait de la Proposition de rétablissement du caribou des bois, COSEPAC, 2020

Le projet cible une première zone de près de 5400 km² qui inclut toute la côte de la Haute-Gaspésie, une partie de l’arrière-pays de la Matanie jusqu’aux limites de Murdochville.

Le ministère estime que 65 % de cet habitat devrait être protégé de toutes perturbations.

Le ministère propose qu’une zone plus petite, de près de 2000 km² soit désignée comme étant le cœur de l’aire de répartition du caribou de la Gaspésie.

Des mesures compensatoires

Les maires observent avant tout que l’aire de répartition de l’espèce recouvre presque la totalité de la MRC de la Haute-Gaspésie.

Selon les élus, si ces propositions sont retenues, elles pénaliseront l’économie d’un territoire parmi les plus dévitalisés du Canada.

Ils préviennent le gouvernement fédéral qu’aucun programme ou plan d’action qui n'entraînera pas des effets positifs nets ne pourra être endossé par les élus locaux. Les habitants de la MRC sont prêts à faire leur bout de chemin pourvu qu’eux et le territoire qu’ils habitent en ressortent gagnants.

Les maires ont ciblé trois pôles d’action : la foresterie, l’accès au territoire et la sensibilisation.

Afin de maintenir les activités forestières, ils proposent diverses mesures comme concentrer la sylviculture à l’extérieur des secteurs fréquentés par les caribous ou stimuler la récolte dans des zones sous-exploitées comme dans les lots intramunicipaux ou en forêt privée.

Ils demandent aussi des compensations financières pour pallier une cueillette plus coûteuse.

L’accès au territoire et le maintien des activités de chasse, de pêche ou sportives reste une préoccupation. Ils souhaitent le développement de sites alternatifs si des endroits deviennent interdits d’accès.

Le programme, disent-ils, ne doit pas compromettre le niveau actuel d’activités ni nuire à leur développement.

Sentier couvert de neige

Première neige au mont Richardson dans le parc de la Gaspésie

Photo : Radio-Canada / Elise Thivierge

Le caribou, relèvent les élus, est un des emblèmes du parc national de la Gaspésie et un produit d’appel touristique important pour la région.

Ils jugent qu’une campagne de sensibilisation et d’information doit accompagner l’implantation du programme de rétablissement afin de susciter l’adhésion de la population et de contrer la désinformation.

Cap-Chat dit non

La MRC n’est pas la seule à avoir répondu à cette consultation du ministère fédéral de l’Environnement et des changements climatiques.

Dans une résolution votée à l’unanimité la semaine dernière, la Ville de Cap-Chat s’est dite contre le Programme de rétablissement du caribou de la Gaspésie.

Ce que le ministère définit comme le cœur de l’aire de répartition du caribou de la Gaspésie englobe notamment tout le secteur de Cap-Chat.

Lorsque l’habitat essentiel est désigné, dans un programme de rétablissement ou dans un plan d’action, la Loi sur les espèces en péril exige que l’habitat essentiel soit alors protégé.

Une citation de :Extrait du Programme de rétablissement modifié du caribou des bois, population de la Gaspésie-Atlantique

Le conseiller municipal de Cap-Chat Simon Landry y voit un frein au développement de sa ville.

On est en accord avec la sauvegarde de cette espèce comme municipalité et comme citoyen. On a peur d’être limité par la suite dans les possibilités de développement, que ce soit domiciliaire ou encore touristique, dans les activités estivales de pêche, de chasse, explique-t-il.

Plus de 50 ans pour rétablir l'habitat

La proposition du gouvernement fédéral est une désignation partielle qui devra être enrichie, estime le COSEPAC.

L’organisation se donne jusqu’en 2026 pour établir si d’autres zones, notamment celles de 700 m et plus situées dans l’ouest de la Matanie, ne devraient pas faire partie de l’habitat essentiel.

Le ministère évalue selon la dégradation de l’habitat actuel qu’il faudra attendre jusqu’en 2071 avant d’obtenir les données nécessaires pour évaluer le seuil de perturbations tolérables par l’espèce.

La proposition de rétablissement indique d’ailleurs que cela prendra plus de 50 ans pour rétablir l’habitat actuel de manière à permettre un maintien et un accroissement naturel du troupeau.

En attendant, des mesures devront être implantées pour soutenir la survie du troupeau.

C’est déjà le cas avec le contrôle des prédateurs, la reforestation des chemins forestiers ou encore, comme cela pourrait se faire dès 2021, la mise en enclos de femelles gestantes et de faons.

Les coupes forestières devront aussi être encadrées dans un plan de gestion respectant l’habitat.

D’après le dernier recensement, le troupeau de la Gaspésie ne compte plus qu’une cinquantaine de bêtes.

Le COSEPAC parle d’une espèce gravement en péril et prévoit que si rien n’est fait, la population de caribou de la Gaspésie pourrait disparaître complètement d’ici 2056.

Le caribou de la Gaspésie est inscrit depuis 2004 comme espèce en voie de disparition selon la Loi sur les espèces en péril.

La consultation qui se déroule dans le cadre de la Loi sur les espèces en péril se termine mardi 15 décembre.

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