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Alek Minassian est capable de faire abstraction de ses émotions, selon un psychiatre

L'expert de la Couronne ajoute que l'auteur de l'attaque au camion-bélier peut faire fi de la morale.

Des agents menottent Alek Minassian, auteur présumé de l'attaque de Toronto, contre une voiture.

Alek Minassian a plaidé la non-responsabilité criminelle au sujet de l'attaque au camion-bélier, qui a fait 10 morts et 16 blessés en 2018 à Toronto.

Photo : Twitter / Clark Hua Zhang

Jean-Philippe Nadeau

La défense d'Alek Minassian laisse entendre que le témoin clé de la Couronne a mal évalué l'état mental de son client pour conclure qu'il est bien criminellement responsable de son crime.

La défense d'Alek Minassian a toujours affirmé que son client ne sait discerner le bien du mal et qu'il ne savait pas que ce qu'il avait fait sur la rue Yonge était mal d'un point de vue moral.

C'est d'ailleurs la question centrale dans ce procès, puisque l'homme de 28 ans a admis être l'auteur de l'attentat.

L'avocat Boris Bytensky précise que l'accusé n'a aucun jugement pour réfléchir aux conséquences de son crime. Il cite d'ailleurs les paroles de son client à son arrestation. Ai-je vraiment causé tout cela, a-t-il répété.

Le Dr Scott Woodside explique qu'un tel questionnement est davantage la reconnaissance qu'Alek Minassian a bien enfreint la loi. Il reconnaît néanmoins que l'accusé ne lui a montré aucune expression au sujet du crime qu'il venait de perpétrer sur la rue Yonge.

Une illustration judiciaire du Dr Scott Woodside.

Le Dr Scott Woodside est psychiatre légiste au Centre de toxicomanie et de santé mentale à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le psychiatre confirme en outre que les policiers savaient dès le début que son client souffrait de quelque chose, à l'entendre répondre à leurs questions ce jour-là, sans savoir qu'il s'agissait encore d'autisme.

Me Bytensky l'accuse néanmoins de n'avoir pourtant posé qu'une seule question sur le mal d'un point de vue moral de l'action de son client, alors que ça devait être le point central de son rapport de 37 pages.

Le Dr Woodside réplique qu'il a parlé avec le prévenu de façon générale du sens moral de son geste sans toutefois utiliser le mot moral.

Un dessin de l'avocat de la défense.

L'avocat de la défense, Boris Bytensky

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Il explique qu'il lui a répondu que les gens penseraient que son action serait odieuse et que sa réponse lui a suffi à résumer l'aspect du mal d'un point de vue moral.

La défense rappelle que le Dr Woodside a interrogé son client 18 mois après l'attentat. Elle lui explique que son client a eu le temps durant cette période en détention de parler à de nombreuses personnes.

Alek Minassian s'est notamment entretenu de morale avec l'aumônier de la prison.

Le Dr Woodside reconnaît que toutes les discussions que le prévenu a eues ont bien façonné sa façon de voir les choses et influencé ses perspectives au sujet de la morale et de l'éthique.

Un croquis de cour montre un homme.

Alek Minassian est emprisonné de façon préventive au Centre de détention du sud de Toronto en attendant l'issue de son procès.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies/CBC News

Me Bytensky a par ailleurs démontré que son client éprouvait tellement de difficultés à décrire les émotions des autres ou les siennes qu'il utilise toujours les mêmes adjectifs.

Alek Minassian a par exemple utilisé les adjectifs déçu et bouleversé pour décrire les réactions de ses parents comme celles des familles de ses victimes, lorsque le psychiatre lui a demandé de deviner ce qu'ils penseraient de son crime en apprenant ce qu'il a fait.

Le Dr Woodside explique qu'Alek Minassian a seulement de la difficulté à transmettre par des mots sa pensée, mais que cette lacune ne signifie pas qu'il ne comprend pas les émotions.

dessin d'illustratrice judiciaire de la juge

La juge Anne Molloy écoute attentivement les plaidoiries sur la plateforme Zoom.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Il a répété une théorie selon laquelle l'accusé est capable de séparer et de cloisonner dans son cerveau ses pensées à la façon des pédophiles ou des psychopathes.

Les pédophiles savent que le crime qu'ils s'apprêtent à commettre aura des conséquences graves sur leur jeune victime, mais ils sont capables de mettre cela de côté dans leur tête avant d'agir, explique-t-il.

Le Dr Woodside dit que cette façon de penser a permis à Alek Minassian d'aller jusqu'au bout de ses intentions. Il admet néanmoins que l'accusé a affiché de piètres résultats dans les tests sur ses capacités d'introspection et de jugement.

Une illustration judiciaire qui montre le procureur de la couronne.

Le procureur John Rinaldi écoute le contre-interrogatoire de l'expert de la Couronne en prévision de son droit de réplique.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le Dr Woodside admet que le quotient intellectuel élevé d'un autiste ne signifie pas qu'il puisse nécessairement bien fonctionner dans la société au regard de ses interactions avec les autres, même s'il sait bien communiquer.

Il concède que seulement 15 % des autistes sont capables de vivre seuls, selon des études scientifiques à ce sujet (l'accusé vivait encore chez ses parents à son arrestation, NDLR).

La défense a en outre rappelé que le Dr Woodside n'était pas spécialisé dans les troubles de l'autisme et elle lui reproche de ne pas avoir embauché un spécialiste pour l'aider dans son évaluation.

Le psychiatre admet qu'il n'a reçu aucun entraînement dans les tests d'évaluation sur l'autisme que les experts de la défense ont fait passer à l'accusé.

L'expert de la Couronne a reconnu qu'il était un psychiatre spécialisé dans les comportements sexuels. Il avoue qu'il n'est pas un chercheur et qu'il n'a donc pas écrit beaucoup d'articles scientifiques dans sa carrière.

Me Bytensky l'accuse par ailleurs de ne pas avoir pris beaucoup de notes dans ses entrevues et de ne pas avoir interrogé les parents du prévenu ni relevé ses tics aux fins de son rapport .

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