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Hugo Houle et Guillaume Boivin favorables au protocole sur les commotions cérébrales

Un cycliste tombe de son vélo en fonçant dans une moto.

Julian Alaphilippe chute pendant le Tour des Flandres, derrière le meneur Wout Van Aert.

Photo : belga/afp via getty images / LUC CLAESSEN

Michel Chabot

L’Union cycliste internationale (UCI) s’apprête à instaurer de nouvelles mesures de sécurité pour protéger les athlètes plus adéquatement l'an prochain.

Un protocole pour détecter les commotions cérébrales sera mis en place en 2021 afin d’éviter que les coureurs poursuivent une course après une chute lorsque leur tête a heurté le sol.

Déjà, le fait d’en parler et d’être plus ouvert, ça va éveiller l’esprit de plusieurs, soutient Hugo Houle. J’ai déjà vu certains scénarios où c’était clair que la personne avait perdu connaissance et on l’a forcé à remonter sur son vélo. Certainement qu’il y a de l’éducation à faire.

Le cyclisme est en retard comparativement à d'autres sports dans le cas des blessures à la tête, estime Guillaume Boivin. Il était temps que ça arrive.

L’exemple de Romain Bardet, remonté en selle après une violente chute au Tour de France et qui avait dû abandonner la course le soir venu, a abondamment fait jaser dans le monde du vélo. C’est ce genre d’incident que souhaite enrayer l’UCI.

Dans notre sport, il y a une culture où c’est quasiment proscrit d’arrêter, surtout dans les grands tours, avec tous les efforts qu’on met pour arriver à ce niveau-là, indique Houle, membre de l’équipe Astana. Éventuellement, il faut que les mentalités changent face aux chutes et aux blessures, mais il y en a tellement que ce n’est pas évident de juger l’état du coureur.

C’est vraiment valorisé, pas juste dans notre sport, mais dans plusieurs autres. Je ne sais pas si c’est juste du côté masculin, mais c’est vraiment valorisé d’être un dur qui dit qu’il n’a pas mal. C’est ce qui fait de nous de grands athlètes, j’imagine, mais quand vient le temps de penser à notre cerveau, je pense qu’il faut être plus intelligent que ça.

Une citation de :Guillaume Boivin, coureur de l'équipe Israel Start-Up Nation

Cas vécu

Le protocole recommande que les directeurs sportifs des équipes, les mécaniciens et les coureurs soient formés pour détecter les signes suspects d’une commotion cérébrale, tels que les maux de tête, un manque d’équilibre ou des difficultés d’élocution. Le diagnostic devra être confirmé par le médecin de course.

Le cycliste crie en course au Giro 2018.

Guillaume Boivin

Photo : Noa Arnon / Israel Cycling Academy

Guillaume Boivin a subi au moins deux commotions cérébrales en vélo, sans compter d’autres dont il a souffert au hockey, lorsqu'il jouait pour les Riverains du Collège Charles-Lemoyne, dans la Ligue midget AAA.

À Paris-Nice, cette année, je suis tombé à la quatrième étape, je ne sais plus trop (NDLR : c’était la 3e), à 5 km de l’arrivée, peut-être un peu moins. Je me suis cogné la tête et je n’étais pas trop certain le soir. J’ai terminé l’étape parce que ce n’était pas loin et j’étais tout seul. Je me suis rendu à la ligne en disant qu’on prendrait une décision après. C’est l’un des problèmes de notre sport parce que si cette chute-là arrive avec 90 kilomètres à faire, dans un peloton, ça peut devenir très dangereux.

Le soir, je me sentais moins bien. Mais je me trouve chanceux, j’ai joué au hockey toute ma vie, je suis un grand amateur de hockey, étant Canadien. J’ai été plus exposé aux problèmes des commotions cérébrales. J’ai parlé aux docteurs. Ce n’était pas des symptômes très aigus, mais je ne me sentais pas normal et les docteurs des équipes connaissent quand même ça. Et ils ont dit : ‘'On ne prendra pas de chance'' parce que ça peut être vraiment dangereux et un cerveau, il faut y faire attention.

Si la même chute était arrivée au Tour de France, j’aurais peut-être eu zéro symptôme, avoue cependant Boivin. La décision aurait été beaucoup plus difficile à prendre.

Hugo Houle n’a jamais subi de commotions cérébrales en 12 ans dans le cyclisme professionnel et dit n’avoir vu que deux incidents au cours desquels des cyclistes ont perdu la carte. Et il ne sait pas comment il réagirait initialement si quelqu’un voulait l’obliger à interrompre une course d’importance à cause d’un choc à la tête.

C’est clair qu’il y aurait de la déception, dit-il. Nous travaillons tellement fort pour arriver là et être prêts. Être obligé d’arrêter comme ça, c’est sûr que ça peut être frustrant sur le coup. Je ne sais pas comment je réagirais. Mais je suis convaincu qu’avec un peu de recul, je serais très content que les gens autour de moi aient décidé de m’arrêter pour ma santé, ce qui me permettrait de mieux vivre par la suite. Ce n’est pas un cadeau qu’on fait à personne quand on le laisse continuer. On le met encore plus à risque de se blesser. Sur le coup, il y aurait une vague d’émotions et je serais déçu, mais tu n’es pas dans un état de comprendre quand tu n’es pas là à 100 %.

De la tension dans le peloton

Cela dit, l’UCI veut également pénaliser plus sévèrement les mauvais comportements sur la route. Maintenant, le peloton est plus nerveux et ça joue de plus en plus dur entre les cyclistes.

En général, au fil des années, il y a de moins en moins de respect dans le peloton. À l’époque où j’ai commencé, il y avait une certaine hiérarchie et rouler en équipe était plus respecté. Ça ne jouait pas du coude quand il n’y avait pas de moments dangereux. Je dirais qu’il y a beaucoup plus de tension à l’intérieur du peloton. Tout le monde est à peu près au même niveau physique. Donc, le positionnement prend d’autant plus d’importance, ce qui fait que ça joue plus du coude.

Une citation de :Hugo Houle, coureur de l'équipe Astana

Un des facteurs qui contribuent à cette atmosphère-là, c’est vraiment la situation de précarité des coureurs, croit Guillaume Boivin. Ce sont des contrats d’un an, deux ans peut-être, trois, dans quelques rares exceptions. Les coéquipiers qui font le travail pour les leaders ont un peu le sentiment de jouer leur poste pour une grande course chaque fois qu’ils accrochent leurs souliers aux pédales. Il y a tellement de pression qu’ils se disent : "Je n’ai pas le choix, sinon je vais perdre ma place". Ça joue un très grand rôle dans l’attitude des coureurs.

L’UCI peut-elle faire plus pour calmer le jeu? Selon Houle, c’est aux cyclistes de mieux se comporter avec leurs pairs.

C’est à nous de courir de façon respectueuse et nous aurons moins de risques à prendre, dit-il. Après, quand ça commence à jouer du coude, il faut répondre de la même façon. On ne peut pas demander à personne de légiférer par rapport à ça. S’il n’y avait pas de radios, ça pourrait peut-être enlever un certain stress parce que les directeurs sportifs nous donnent des informations dans les moments critiques, ça réveille tout le monde et ça met un peu plus de tensions.

Le cycliste roule à vélo.

Hugo Houle

Photo : Facebook / Hugo Houle

S’il y avait des règles et un encadrement plus stricts et plus clairs des autorités de notre sport, ça nous aiderait beaucoup, considère Boivin. Au hockey, avant qu’ils interdisent les coups à la tête, les gars savaient qu’ils se faisaient mal. Ç’a pris des conséquences très sévères pour que ces coups-là diminuent. Je pense que l’athlète va toujours essayer de pousser à la limite.

Gestes de négligence

L’UCI souhaite également sévir contre les athlètes négligents dans leur façon de disposer de leurs bidons vides, ce qui peut entraîner de vilaines chutes.

Il y aura toujours des accidents, laisse tomber Boivin. Je me suis cassé des côtes l’an passé au Grand Prix de Québec dans la zone de ravitaillement. Il faudrait de l’entraînement. Et ça part des jeunes, pas juste des pros. Il y en a qui ne savent pas comment prendre un bidon, ils ont peur. Ce sont des accidents qui vont être durs à éviter.

Régulièrement, les gars lancent leurs bidons de façon discutable, sans réfléchir, dit Houle. C’est plus fait par insouciance. Ça revient à l’éducation des coureurs.

Les organisateurs de course devront toutefois se montrer plus responsables en matière de sécurité. Ils devront s’assurer de réduire au minimum les risques.

Au Tour de Pologne, oui, il y a eu un mouvement de Dylan Groenewegen qui était douteux. Justement, il a été suspendu, mais cette arrivée-là, tout le monde s'en plaint depuis que je fais du vélo. C’est 3 kilomètres de descente, le sprint se passe à 85 km/h. C’est dangereux un sprint normal, mais rajoute 15 ou 20 km/h, tu as moins de temps pour réagir. Ce ne sont pas des freins de formule 1 que nous avons. Et les barrières qui ont volé dans les airs quand les coureurs les ont frappées… si ça c’était réglementé et standardisé dans toutes le courses, on s’aiderait à protéger notre santé.

Les conducteurs de voitures d’équipes, de motos de télévision ou d’ambulance feront aussi l’objet de directives plus strictes sur la route afin d’éviter des incidents regrettables.

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