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Le vaccin de Pfizer-BioNTech ne cause pas l’infertilité chez les femmes, selon des experts

Il n'existe aucun élément de preuve scientifique à cet effet.

Une seringue est trempée dans une petite bouteille sur laquelle est inscrit le nom d'un vaccin contre la COVID-19, devant un logo de Pfizer.

Il y a énormément de désinformation entourant les vaccins contre la COVID-19.

Photo : Reuters / DADO RUVIC

Depuis son approbation au Royaume-Uni au début du mois, l’une des fausses informations les plus répandues concernant le vaccin de Pfizer-BioNTech contre la COVID-19 est qu’il rend les femmes infertiles. Or, il n’y a rien qui prouve cette affirmation, et si la science sur laquelle elle s’appuie peut sembler solide, l’interprétation qu’en font plusieurs internautes arrive à de fausses conclusions.

Les craintes semblent principalement provenir d’une pétition (Nouvelle fenêtre) demandant une suspension des études sur les vaccins contre la COVID-19 lancée par les docteurs Mike Yeadon et Wolfgang Wodarg. Ces deux médecins « rassuristes (Nouvelle fenêtre) » se font remarquer ces derniers mois en raison de leurs propos minimisant la gravité de la pandémie.

Dans cette pétition adressée à l'Agence européenne du médicament, ils expliquent que les vaccins produisent des anticorps contre une protéine du SRAS-CoV-2, le virus responsable de la maladie COVID-19. Puisqu’une protéine essentielle pour la formation du placenta ressemble à celle du SRAS-CoV-2, les médecins évoquent la possibilité que ces anticorps s’attaquent également à la protéine du placenta, rendant ainsi les femmes infertiles.

Une version française et abrégée de la pétition est parue sur le site FranceSoir, un ancien quotidien généraliste qui, selon Le Monde (Nouvelle fenêtre), s’offre une nouvelle jeunesse sur Internet en relayant tous les discours critiques et complotistes inspirés par la crise due au coronavirus. Cette version a été partagée plus de 4600 fois.

Capture d'écran d'un article de FranceSoir avec le titre « Vaccination SARS-CoV-2 : le Dr Wodarg et le Dr Yeadon disent stop! »Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La pétition des docteurs Wodarg et Yeadon a été traduite dans plusieurs langues, dont le français.

Photo : Capture d'écran

Et bien que les docteurs Yeadon et Wodarg n’affirment pas directement que les vaccins contre la COVID-19 provoquent l’infertilité chez les femmes (ils ne font que souligner cette possibilité), de nombreux articles de sources peu fiables ont ainsi rapporté leurs propos.

Parmi eux, celui publié sur le blogue Health and Money News pointant spécifiquement du doigt le vaccin de Pfizer-BioNTech. Il a été partagé plus de 25 000 fois avant que le site soit mis hors ligne, lundi.

Capture d'écran d'un billet du site Health and Money News. Le titre, en anglais, est : « Directeur de la recherche de Pfizer: le vaccin COVID, c'est de la stérilisation féminine ». Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ce billet de blogue a été partagé plus de 25 000 fois avant d'être supprimé, lundi.

Photo : Capture d'écran

Mentionnons d’ailleurs que plusieurs de ces sources présentent Mike Yeadon comme le directeur scientifique de Pfizer, alors qu’il ne travaille plus pour la pharmaceutique depuis près d’une décennie. Selon son profil LinkedIn, il y a occupé le poste de directeur scientifique de la recherche allergique et respiratoire jusqu'en 2011.

Plus qu’improbable

On ne peut affirmer hors de tout doute que le vaccin de Pfizer-BioNTech ne provoque pas l’infertilité chez les femmes, parce que ses effets à long terme ne sont pas encore connus.

Par contre, il n’existe aucune preuve scientifique soutenant la thèse de l'infertilité causée par ce vaccin. Plusieurs experts jugent que cela est hautement improbable, voire presque impossible, surtout lorsqu’on considère que la supposition des docteurs Yeadon et Wodarg est erronée.

S’il est vrai que la protéine essentielle pour la formation du placenta – la syncitine-1 – partage des séquences d’acides aminés avec celle du SRAS-CoV-2 contre laquelle nous immunise le vaccin – la protéine de spicule – il reste que ces protéines sont différentes et que les anticorps créés par le vaccin ne devraient pas les confondre.

Une molécule du SRAS-CoV-2.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les protéines de spicule sont les pointes rouges que l'on voit sur cette illustration de la molécule du SRAS-CoV-2.

Photo : Centres américains de contrôle des maladies

Notre système immunitaire ne va pas se laisser berner si facilement par quelques ressemblances, qui ne sont pas suffisantes pour provoquer une réaction immunitaire croisée, juge Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et spécialiste en virologie.

Même son de cloche du côté du microbiologiste moléculaire Louis-Charles Fortier, professeur au Département de microbiologie et d'infectiologie de l’Université de Sherbrooke.

On peut toujours trouver des similitudes, mais c’est comme comparer un érable et un bouleau. Les deux ont un tronc, des branches, des feuilles et sont en position verticale, la plupart du temps. Est-ce qu’ils sont comparables ou identiques pour autant? Je vous laisse deviner, illustre-t-il.

C’est sans mentionner que plusieurs autres protéines comme le collagène et l’hémoglobine ont des séquences d’acides aminés en commun avec celles de la protéine de spicule. S’il était vrai que le vaccin de Pfizer-BioNTech provoquait une réaction immunitaire contre les protéines semblables à celle propre au SRAS-CoV-2, cela aurait été observé lors des essais cliniques. Or, ce n’est pas le cas.

La COVID-19 n’affecterait pas la fertilité

Autre preuve que le vaccin de Pfizer-BioNTech ne devrait pas avoir de conséquences sur la fertilité des femmes : le SRAS-CoV-2 ne semble pas avoir d’effet sur celle-ci.

Comme il le fait lorsqu’on reçoit le vaccin, le système immunitaire d’une personne infectée par le virus réagira à la protéine de spicule, créant ainsi une immunité. Si le vaccin provoquait l’infertilité, on pourrait s’attendre à ce que le virus provoque des réactions semblables, et que toute femme ayant contracté la COVID-19 est devenue stérile. Or, ce n’est pas le cas.

De plus, aucune donnée scientifique ne suggère (Nouvelle fenêtre) qu’il y aurait davantage de risques importants associés à la COVID-19 pour les femmes enceintes. Les femmes qui attrapent la maladie n’ont par exemple pas davantage de possibilités de faire une fausse couche, selon un billet (Nouvelle fenêtre) de l’Université Harvard.

Il n’en demeure pas moins que la vaccination contre la COVID-19 n’est pas présentement recommandée pour les femmes enceintes par mesure de précaution (Nouvelle fenêtre), puisqu’aucun essai clinique n’a été fait auprès de ce groupe. On devrait en savoir davantage dans les prochains mois.

Avec la collaboration de Marie-Pier Elie

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.
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