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Le microbiote intestinal régule aussi les humeurs

Illistration numérique représentant le microbiote du gros intestin.

Une illustration du microbiote du gros intestin.

Photo : iStock

Radio-Canada

Un déséquilibre du microbiote intestinal influe sur les humeurs d’une personne, montrent les travaux de scientifiques français.

Ces nouveaux résultats concernant la communauté bactérienne intestinale s’ajoutent à d’autres études publiées cette année et qui tendent à montrer son rôle dans la survenue de maladies telles que l’alzheimer, le parkinson et le cancer.

Humeurs intestinales

Le chercheur Pierre-Marie Lledo et ses collègues de l’Institut Pasteur expliquent qu’un déséquilibre des bactéries intestinales peut provoquer un effondrement de certains métabolites, qui est responsable de l’état dépressif. Ils estiment ainsi qu’un microbiote intestinal sain contribue au fonctionnement normal du cerveau.

Repères

  • Le microbiome intestinal est une colonie d’environ 100 000 milliards de bactéries tapissant les quelque 400 m2 de sa surface;
  • Il pèse entre un et cinq kilos et se nourrit de ce que nous mangeons;
  • Il est composé en grande partie de bactéries bénéfiques;
  • Il est parfois qualifié de deuxième cerveau du corps humain;
  • Le microbiote intestinal constitue ainsi le plus grand réservoir de bactéries du corps humain.

De récentes observations ont d’ailleurs révélé une association entre troubles de l’humeur et altérations du microbiote intestinal, expliquent les chercheurs dans un communiqué publié par l’institut.

Ces travaux, également menés à l’Institut Pasteur, montraient l’existence d’un lien entre le microbiote intestinal et l’efficacité de la fluoxetine, une molécule fréquemment utilisée comme antidépresseur.

Dans la présente étude, les chercheurs ont découvert dans un modèle animal comment une modification du microbiote intestinal, engendrée par un stress chronique, peut être à l’origine d’un état dépressif notamment en provoquant un effondrement de métabolites lipidiques (petites molécules issues du métabolisme) dans le sang et le cerveau.

Une chute de ces métabolites (endocannabinoïdes) se traduit par un profond défaut de fonctionnement du système de communication dérivé de ces mêmes métabolites.

Illustration montrant comment la baisse des métabolites lipidiques se traduit par un défaut de fonctionnement du système de communication dérivé de ces mêmes métabolites.

La baisse de ces métabolites lipidiques se traduit par un défaut de fonctionnement du système de communication dérivé de ces mêmes métabolites.

Photo : Institut Pasteur/Pascal Marseaud

Ces métabolites se lient sur des récepteurs qui sont aussi la principale cible du THC, l'ingrédient actif le plus connu du cannabis.

Lorsque les endocannabinoïdes n’étaient plus présents dans une région clé du cerveau qui participe à la formation de nos souvenirs et des émotions, l’hippocampe, un état dépressif survenait, expliquent les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Nature Communications (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Pour arriver à ces résultats, les chercheurs ont étudié les microbiotes d’animaux sains et d’animaux présentant des troubles de l’humeur.

De façon surprenante, le simple transfert du microbiote d’un animal présentant des troubles d’humeur à un animal en bonne santé suffit à induire des modifications biochimiques et conférer des comportements synonymes d’un état dépressif chez ce dernier.

Pierre-Marie Lledo

Des bactéries psychobiotiques

Les chercheurs ont identifié certaines espèces bactériennes qui sont fortement diminuées chez les animaux présentant des troubles d’humeur. Ils ont aussi montré qu’avec un traitement oral avec ces mêmes bactéries, il est possible de restaurer un niveau normal de ces dérivés lipidiques et, par conséquent, de traiter l’état dépressif.

Par conséquent, les chercheurs estiment que ces bactéries psychobiotiques peuvent agir en tant qu’antidépresseur.

Cette découverte démontre comment le microbiote intestinal contribue au fonctionnement normal du cerveau.

Gérard Eberl, Institut Pasteur

En cas d’un déséquilibre de cette communauté bactérienne, certains lipides essentiels au bon fonctionnement du cerveau disparaissent, ce qui favorise l’émergence d’un état dépressif. Dans ce cas précis, l’usage de certaines bactéries pourrait être un levier efficace pour rétablir un microbiote sain et lutter plus efficacement contre les troubles de l’humeur, notent les chercheurs.

Au Canada, environ 11 % des hommes et 16 % des femmes feront une dépression majeure au cours de leur vie. À l’échelle mondiale, cette maladie multifactorielle frappe plus de 264 millions de personnes de tous âges.

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