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Ciné-cadeau : c’est beau la nostalgie, mais faut-il revenir aux sources?

Construire la programmation de Ciné-cadeau est un exercice d’équilibriste qui vise à la fois la conservation des classiques d’hier et la préparation des classiques de demain, selon Richard Haddad, de Télé-Québec.

Une image tirée du film <i>Astérix et Cléopâtre</i>, que Ciné-cadeau diffuse souvent.

Une image tirée du film Astérix et Cléopâtre, que Ciné-cadeau diffuse fréquemment.

Photo : Télé-Québec

Angie Landry

Alors que novembre tamise d’un trait la lumière de l’automne, l’annonce de la programmation annuelle de Ciné-cadeau, vers la moitié du mois, crée une joie indicible : son effet réconfort frappe fort. Sauf que si regarder Télé-Québec en famille pendant les Fêtes est devenu une coutume, c’est parce que la chaîne a su, par le passé, sortir du moule et oser. Faudrait-il aujourd’hui sortir Ciné-cadeau de ses pantoufles?

Télé-Québec est devenue la première chaîne au Québec à mettre sur pause sa grille horaire habituelle pendant le long congé pour la remplacer par du contenu cinématographique et télévisuel inédit. Après une première année test en 1981, c’est officiellement en 1982 que la chaîne qu’on connaissait sous le nom de Radio-Québec, à l’époque, intitule sa programmation des Fêtes Ciné-cadeau.

Les parents ont finalement pris goût à cette initiative née d’une envie d’offrir une pause ludique aux enfants.

Déjà, on diffusait en 1982 ce qui allait devenir plus tard des classiques du temps des Fêtes dans les foyers québécois : Snoopy au cirque, de la série Charlie Brown, Les douze travaux d’Astérix et Astérix et Cléopâtre. Si le bon Chuck et son fidèle Snoopy ont été détrônés de la populaire grille au début des années 2010, les deux autres films sont toujours là, fidèles au poste.

On ne pourrait pas les enlever, je pense qu’il y aurait une révolution, explique Richard Haddad, directeur de la programmation à Télé-Québec, à propos des aventures mettant en scène les irréductibles Gaulois de René Goscinny et d’Albert Uderzo, ou l’homme qui tire plus vite que son ombre, le mythique cowboy Lucky Luke.

Aujourd’hui, on considère ces films comme des intouchables. On ne pourrait pas décider de retirer des classiques comme les Astérix, les Tintin, ou des films québécois, comme La guerre des tuques. Ciné-cadeau, c’est une tradition au Québec. Il y a quelque chose qui tient du rituel.

Richard Haddad

En 2019, Les douze travaux d’Astérix, Astérix chez les Bretons, Astérix et Cléopâtre, Astérix et la surprise de César et Astérix et les Vikings ont complètement dominé la liste des cinq films les plus regardés.

Un cowboy, Lucky Luke, tire un cheval avec, sur son dos, les frères Dalton.

Un extrait du film «La ballade des Dalton», sorti en 1978.

Photo : Film : La ballade des Dalton / Dargaud Films, Les Productions René Goscinny, Studios Idéfix

Richard Haddad admet cependant qu’il faut préparer les classiques de demain. Ciné-cadeau, tout comme les traditions, doit évoluer et s’adapter aux époques et aux nouvelles générations.

Il faut trouver un équilibre entre la conservation de nos classiques d’hier et la préparation des classiques de demain, concède-t-il.

Peut-on surfer sur la nostalgie à long terme?

Selon Stéphanie Roussel, directrice de l’ouvrage Un Noël cathodique : la magie de Ciné-cadeau déballée, il faut retourner aux sources de la programmation. L’idée est d’aller puiser dans les racines de Ciné-cadeau, qui est devenu une référence dans l’industrie par son caractère unique et diversifié.

Des films polonais, des films japonais, des films turcs... Il y avait vraiment une variété de films d’animation, au départ, à Ciné-cadeau, et c’est aussi ça, pas juste les classiques, qui en a fait le succès.

Stéphanie Roussel

À une certaine période, l’accessibilité au cinéma de répertoire pouvait être plus difficile, voire nulle, notamment dans les régions éloignées, parfois exemptes de ciné-clubs.

Télé-Québec, par sa mission première, mais aussi par l’entremise de Ciné-cadeau, permettait à l’ensemble des téléspectateurs et téléspectatrices de se rassembler en famille devant des chefs-d’œuvre d’un peu partout dans le monde, comme le rappelle l’autrice.

Le film La guerre des tuques

Un extrait du film «La guerre des tuques», un classique de la programmation de Ciné-cadeau.

Photo : Productions La Fête

Ça donnait accès à un bassin culturel commun en matière de films d’animation, année après année, soutient Stéphanie Roussel. Elle estime qu’il serait même important que Télé-Québec, à titre de diffuseur public, renoue avec des productions canadiennes, maintenant quasi absentes de la grille horaire de Ciné-cadeau, et propose également des partenariats avec des cinéastes autochtones.

Je suis certaine que Ciné-cadeau a encore ce potentiel de faire découvrir du cinéma d’animation plus diversifié et cette possibilité de redevenir ce marqueur culturel auquel tout le monde a accès.

Stéphanie Roussel

Si elle est d’accord avec l’idée du rituel soulevée par Richard Haddad, Stéphanie Roussel émet toutefois un bémol par rapport au caractère nostalgique qu’on associe à outrance à la programmation chouchou du temps des Fêtes.

Elle croit que Ciné-cadeau s’appuie désormais trop sur les classiques, empêchant à d’autres émissions ou films d’en devenir à leur tour. Dans les dernières années, la programmation est un peu devenue paresseuse, dit-elle.

« Ciné-cadeau, c’est le rituel qui y est associé qui est important. Ce n’est pas juste le contenu télévisuel, c’est aussi la musique, c’est l’idée de s’asseoir devant la télévision avec la famille. Je pense qu’on pourrait faire plus confiance au public pour suivre [avec plus de nouveaux contenus] », conclut-elle.

Deux faits sur Ciné-cadeau

  • Entre 1981 et 2016, 33 films sur les 320 diffusés à Ciné-cadeau ont été produits au Canada et 9 ont été coproduits.
  • Sur la même période, 18 films ont été réalisés ou coréalisés par des femmes, ce qui constitue 5,6 % de l’ensemble des courts ou longs métrages programmés.

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