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Une expédition scientifique pour découvrir la face cachée des océans

Un membre d'équipage du Tara.

Un membre d'équipage du Tara salue le public au moment du départ de la nouvelle expédition du navire scientifique.

Photo : Getty Images / Fred Tanneau

Agence France-Presse

La goélette Tara a mis les voiles samedi depuis la France vers l'hémisphère Sud pour une mission scientifique qui doit sonder les mystères des micro-organismes marins et comprendre leur rôle clé dans l'écosystème océanique.

70 000 kilomètres en mer, 21 escales : le navire, parti le jour du cinquième anniversaire de l'Accord de Paris sur le climat, filera directement vers Punta Arenas, dans le sud du Chili, où embarqueront les scientifiques en février.

Le célèbre voilier conçu par l'explorateur Jean-Louis Étienne s'est élancé de son port d'attache de Lorient, en Bretagne, dont les quais étaient quasiment déserts, COVID-19 oblige.

C'est très bizarre. D'habitude, notre départ est festif, il y a la foule, des animations..., a commenté Romain Troublé, directeur général de la fondation Tara Océan, soulagé que le projet démarre enfin après maints reports liés à la crise sanitaire.

La date symbolique choisie pour le départ rappelle que le court terme, avec la crise de la COVID-19, ne doit pas nous faire oublier les enjeux du long terme du réchauffement climatique, dont l'océan est le parent pauvre, selon lui.

Un mystérieux microbiome

Le navire – 36 mètres de long par 10 mètres de large – file donc droit vers Punta Arenas, où les premiers scientifiques embarqueront en février. Il doit parcourir au total 70 000 kilomètres en mer, avec 21 escales, pendant 21 mois.

L'objectif? Sonder le microbiome, face cachée des océans constituée de millions d'espèces pour la plupart invisibles à l'oeil nu : virus – un simple seau d'eau de mer en contient 10 milliards –, bactéries et organismes unicellulaires qui ne sont ni plantes ni animaux, comme les protistes ou les archées.

Ils peuvent vivre flottants, attachés aux autres organismes comme le zooplancton, ou à l'intérieur d'autres organismes, à l'instar du microbiote humain, ces milliards de micro-organismes vivant dans notre intestin.

Décrits dès la fin du XIXe siècle par le biologiste allemand Ernst Haeckel et largement répertoriés grâce à la précédente mission Tara Océan, ces micro-organismes représentent au moins les deux tiers de la biomasse des océans, soit quatre fois plus que la biomasse cumulée de tous les insectes sur Terre, explique Chris Bowler, directeur scientifique du consortium Tara Océan.

De leur fonctionnement, cependant, on ignore tout. L'enjeu de Tara Microbiomes est donc de sonder le théâtre d'activité de cette vie microbienne, qui est essentielle à tout l'écosystème océanique et qui constitue le premier maillon de la chaîne alimentaire.

Comment ce peuple invisible produit-il de l'oxygène? Comment stocke-t-il le CO2? Comment réagit-il au réchauffement climatique, à la pollution?

On va se mettre dans la peau d'un microbe pour comprendre, résume Colomban de Vargas, directeur de recherche au CNRS, codirecteur de la mission Microbiomes.

Prédire les destinées des océans

À bord, l'équipage sondera l'eau de mer jusqu'à 1000 mètres de profondeur et collectera plusieurs dizaines de milliers d'échantillons, qui seront conservés à des températures de froid extrême dans de l'azote liquide.

Après le Chili, la goélette longera l'Amérique du Sud jusqu'au canal de Panama, transitera par les Antilles françaises, redescendra le long de l'Amazonie, de l'Argentine, puis mettra le cap sur la mer de Weddell, en Antarctique.

De là, elle remontera en Afrique du Sud, en mars 2022, puis longera le continent africain, avec plusieurs escales, avant de rejoindre Lisbonne en septembre 2022 et de rentrer en France.

Ce trajet assez proche des côtes permettra d'échantillonner des gradients, paramètres environnementaux qui changent très rapidement dans un espace réduit du fait de l'interaction entre la terre et la mer (différences de salinité et de température quand un glacier fond, de niveau de pollution quand un fleuve se jette dans le mer, etc.).

Ces gradients sont un résumé à petite échelle d'une variation qui va se réaliser à l'échelle planétaire. C'est une boule de cristal, analyse Colomban de Vargas.

Au total, 15 marins et 80 chercheurs se relaieront à bord, avec 42 institutions scientifiques de 13 pays, dont la France, le Chili, le Brésil, l'Italie et l''Afrique du Sud.

Après Tara Océan, Tara Pacific et Tara Microplastiques, notamment, Tara Microbiomes est la 12e mission depuis le lancement, en 2003, de ces expéditions par Étienne Bourgois et la créatrice de mode Agnès b.

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