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Le caribou victime de la « déresponsabilisation » du Québec

Vue aérienne d'un groupe de caribous.

Un groupe de caribous forestiers.

Photo : Courtoisie, MFFP

« L'immobilisme » du gouvernement devant le déclin marqué de certains cheptels de caribous de la province est la conséquence d'un désintérêt de l'État face à la protection de la faune, selon des organismes environnementaux. S'ils réclament un plan de protection et de redressement de l'habitat de l'animal, c'est surtout un changement de culture qui est demandé au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

Les hardes isolées de Val-d'Or et de Charlevoix sont déjà sur le respirateur artificiel, avec respectivement 6 et 19 animaux toujours en vie. La première est en enclos, la seconde le sera au printemps prochain.

En Gaspésie, tous les voyants sont au rouge pour le caribou montagnard fréquentant la réserve faunique des Chics-Chocs. Une cinquantaine d'individus ont été observés lors du dernier inventaire aérien du MFFP, en baisse par rapport aux années précédentes.

Dans tous les cas, les causes du déclin sont similaires : perte d'habitat, dérangement causé par l'activité humaine, développement de chemins forestiers et augmentation des événements de prédation.

Des caribous montagnards de la Gaspésie.

Des caribous montagnards de la Gaspésie

Photo : Radio-Canada

Problème « d'attitude »

Alain Branchaud, de la Société pour la nature et les parcs (SNAP) du Québec, n'est pas très optimiste pour l'espèce si le statu quo persiste. À son avis, s'il n'y a pas un changement d'attitude rapidement au MFFP, les hardes de caribou courent un grand risque.

Ou on décide de protéger, ou on arrête de faire semblant, tranche le biologiste, pour qui il y a suffisamment de science pour prendre des décisions éclairées sur la gestion du caribou. On connaît la recette, dit-il. À commencer par la protection de larges pans d'habitat et le maintien de corridors entre les zones protégées.

Mais tant que la perspective économique l'emportera au MFFP, il ne voit comment une telle vision verrait le jour. La forêt boréale est selon lui perçue comme une cour à bois par le gouvernement québécois, plutôt qu'une addition d'habitats et un espace de biodiversité.

Le ministre Pierre Dufour.

Le ministre Pierre Dufour

Photo : Radio-Canada

Pas plus tard que l'an dernier, le ministre Pierre Dufour avait donné cette définition de la forêt : La forêt, c'est une manière d'exploiter économiquement quelque chose qui repousse. Il avait ensuite concédé que l'exploitation forestière pouvait avoir un effet sur le caribou. On ne se le cachera pas. Un moment donné, on va se dire les vraies affaires aussi.

Cette perspective n'a pas changé, selon Alain Branchaud, qui n'hésite pas à parler de ministère pour les forêts, mais contre la faune et les parcs.

Ce qu'on comprend, c'est que l'attitude du Ministère, c'est de ne rien céder au niveau du potentiel forestier.

Une citation de :Alain Branchaud, président, SNAP Québec

La SNAP Québec attend avec impatience les prochaines annonces sur la création de nouvelles aires protégées, prévues au cours des prochains jours. Le Québec doit atteindre la cible de 17 % d'aires protégées d'ici la fin de l'année.

Québec a confirmé la semaine dernière la protection de 30 000 km2 au Nunavik, portant à 13 % la superficie du territoire québécois incluse dans le réseau d'aires protégées. Satisfait par cette annonce, qui pourrait aiderle caribou migrateur, M. Branchaud espère maintenant qu'une superficie importante de la forêt boréale sera elle aussi conservée.

Désintérêt

Le Conseil régional de l'environnement (CRE) de la Capitale-Nationale juge lui aussi que la protection faunique est reléguée au second plan au MFFP. L'organisme parle de déresponsabilisation et d'inaction dans le cas du caribou.

Le MFFP sait [depuis longtemps] que le caribou forestier encaisse difficilement les perturbations causées par l’industrie forestière et la multiplication des chemins forestiers, tranche David Viens, coordonnateur de projets en milieux naturels au CRE.

Cela n’a pas empêché le gouvernement Legault, en 2019, de remettre à 2022 l’élaboration d’une stratégie pour éviter la disparition de l’espèce au Québec.

Une citation de :David Viens, CRE de la Capitale-Nationale

Les symptômes de ce désintérêt pour le caribou se sont manifestés récemment à Québec, selon le CRE de la Capitale-Nationale.

Le 8 décembre, lors d'une réunion de la Table régionale intégrée des ressources et du territoire, entités créées par le Ministère, l'état de situation du caribou forestier a été traité à la section varia de la rencontre. Section à laquelle étaient allouées une quinzaine de minutes sur une réunion de cinq heures, selon le CRE.

Or le MFFP savait déjà que le rapport d'inventaire 2020 sur l'état du caribou forestier de Charlevoix serait dévoilé le même jour. Il est nécessaire de revoir la place allouée à la protection d’espèces menacées, selon David Viens.

Émilise Lessard-Therrien.

Émilise Lessard-Therrien

Photo : Frédéric Patoine

Accélérer le pas

Sur la scène politique, Québec solidaire demande au gouvernement de se doter, en collaboration avec les Premières Nations concernées, d’une stratégie nationale pour les caribous forestiers et montagnards dès 2021, et non pas en 2022.

Si le ministre fouillait un peu dans ses classeurs, il trouverait des plans qui ne demandent qu’à être appliqués, affirme, par courriel, la députée solidaire Émilise Lessard-Therrien, accusant le gouvernement d'acheter du temps.

Radio-Canada a tenté d'obtenir des commentaires du ministre Pierre Dufour dès mardi au sujet des hardes de caribous en déclin et de la stratégie de redressement de leur habitat. Samedi, son cabinet n'avait toujours pas donné suite à nos demandes.

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