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Plus de 2200 enseignants non qualifiés travaillent dans le réseau scolaire du Québec

Une école primaire.

La pénurie d'enseignants a forcé Québec à se tourner vers d'autres personnes pour donner les cours.

Photo : Radio-Canada

Le nombre d'enseignants non qualifiés continue d'augmenter dans les écoles du Québec. La pénurie de professeurs pousse les directions d'écoles à embaucher du personnel qui n'est pas légalement qualifié. Ils sont ainsi plus de 2000 dans les classes du Québec à enseigner aux enfants. Leur nombre a plus que doublé depuis cinq ans.

Depuis la rentrée, Valérie Vallée est nerveuse chaque fois qu'elle entre dans la salle de classe de son école primaire. Dans son local, où s'entassent une vingtaine d'élèves, elle apprend à se familiariser avec le métier d'enseignante depuis le mois de septembre, en plus de donner ses cours.

Valérie n'est pas une enseignante comme les autres. Même si elle n'a pas de baccalauréat en enseignement ni de brevet, l'école l'a embauchée comme professeure.

Diplômée en criminologie et en psychologie, elle affirme qu'il n'est pas toujours facile d'apprendre le métier au quotidien dans une salle de classe.

On apprend sur le terrain en côtoyant les élèves, mais aussi en côtoyant les collègues. Il y a beaucoup d'aspects techniques dans l'école. C'est peut-être ça qui est insécurisant.

Malgré tout, elle estime qu'elle a les compétences pour enseigner.

Valérie Vallée.

Valérie Vallée

Photo : Radio-Canada

Valérie Vallée n'est pas la seule dans cette situation au sein de son école. À l'École Paul-Jarry, 3 des 18 enseignants n'ont pas les compétences requises pour enseigner.

La directrice de l'école, Marie-Claude Allard, affirme qu'elle n'a pas le choix d'embaucher ces personnes, car il manque d'enseignants dans les classes.

On est en pénurie d'enseignants actuellement, donc on a besoin d'avoir des gens dans les classes pour s'occuper de nos enfants.

Elle affirme que l’embauche de ces personnes permet une plus grande stabilité en classe, car sans elles, les écoles pourraient devoir engager quotidiennement des suppléants différents pour enseigner au cours de l’année scolaire.

Il y aurait des changements quotidiens auprès des enfants [...]; en ayant ces personnes-là non légalement qualifiées, on a une personne stable.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Un an de validité

La pénurie d'enseignants est telle au Québec que le ministère de l'Éducation permet aux centres de services scolaires d'embaucher des professeurs qui n'ont pas le baccalauréat en enseignement et le brevet.

On leur octroie alors une tolérance d'engagement qui est valide pour un an.

Avec la pandémie, la pénurie s'est accentuée et le manque de personnel qualifié est encore plus grand dans les écoles. Selon des données du ministère de l'Éducation, il y a actuellement 2210 enseignants non qualifiés dans le réseau scolaire qui ont une tolérance d'engagement, soit une augmentation de 25 % par rapport à l'an dernier.

En fait, cette tendance à la hausse est observable depuis cinq ans. En 2015-2016, ils étaient 896. Il s'agit donc d'une augmentation de 146 % depuis ce temps.

À l’École secondaire Georges-Vanier à Laval, une dizaine de professeurs sur les 90 que compte l'établissement ne sont pas légalement qualifiés.

Le directeur de l'école, Jean Godin, se défend d’embaucher n’importe quel candidat pour pourvoir les postes d’enseignants.

Jean Godin.

Jean Godin, directeur de l'École secondaire Georges-Vanier, à Laval

Photo : Radio-Canada

Ce n'est pas des gens qu'on a pris sur le bord de la rue et à qui on a dit : "Viens enseigner, parce qu'il n'y a personne d'autre". On sélectionne les personnes pour lesquelles il y a le plus grand potentiel d'intégration à moyen et à long terme. Des gens qui ont des compétences qui peuvent se transférer dans l'enseignement, explique-t-il.

Je pense que c'est important de défaire ce mythe-là qui est que ceux qui sont non légalement qualifiés, ce sont tous des incompétents et qu’on n’a pas le choix de les prendre.

Jean Godin, directeur de l'École secondaire Georges-Vanier

Plus de 50 % à Montréal

Alexandre Raymond-Desjardins, qui a une maîtrise en histoire, admet que certaines journées sont plus difficiles que d'autres en classe. En ce qui concerne les outils pédagogiques que je n'ai pas en ma possession en tant qu'enseignant non qualifié, je dois beaucoup me fier à mes collègues qualifiés, dit-il.

Mais M. Raymond-Desjardins est confiant. Je vais réussir à bien le faire, puis à minimiser l'impact sur les élèves du fait qu'ils n'aient pas un enseignant légalement qualifié, assure-t-il.

Dans les écoles de la grande région de Montréal, on compte la moitié de tous les enseignants non qualifiés avec tolérance d’engagement du Québec. Les centres de services scolaires où on retrouve le plus grand nombre d'enseignants avec une tolérance d'engagement.

Préoccupant

Les besoins sont tellement grands que les universités n’arrivent plus à suffire à la demande. La doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, Pascale Lefrançois, trouve préoccupant qu'il y ait autant d'enseignants non légalement qualifiés.

Il leur manque assurément un peu de formation, alors c'est sûr que ça reste préoccupant pour la qualité de l'enseignement qui est dispensé. C'est pas pour rien qu'on a un brevet d'enseignement pour pouvoir enseigner, dit-elle.

On ne peut pas faire semblant [que ces personnes] sont parfaitement qualifiées. Il faut quand même une formation digne de ce nom pour devenir un enseignant. [...] Je partage la préoccupation qu’il va falloir les qualifier un jour, et malheureusement on n’a pas encore inventé une machine capable de convertir quelqu’un en enseignant qualifié ou en enseignant compétent en l’espace de trois semaines, explique Mme Lefrançois.

Selon elle, parmi les professeurs non qualifiés, on retrouve plusieurs étudiants en enseignement qui n’ont pas terminé leur formation et des personnes formées à l’étranger.

Les universités, dont l’Université de Montréal, offrent des formations adaptées à ces personnes alors que les centres de services scolaires les soutiennent au quotidien.

Marike Zavallone.

Marike Zavallone fait partie d'une équipe qui accompagne les enseignants non légalement qualifiés.

Photo : Radio-Canada

Aide et accompagnement

Au Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys, une équipe de professeurs se promènent d'école en école pour aider et accompagner les enseignants non qualifiés, selon Marike Zavallone, qui est responsable de cette équipe.

Le Centre de services scolaire a dégagé toute une équipe d'enseignants experts qui accompagnent au quotidien ces gens-là, donc à tout moment, ils peuvent appeler leur mentor pour obtenir de l'aide, soit pour organiser la classe ou mettre en place des règles de classe.

Elle affirme que des conseillers pédagogiques viennent également en aide à ces enseignants.

Pour les parents, ce sont des mots qui inquiètent d'entendre dire "du personnel non légalement qualifié", ça peut nous laisser croire que c'est pas du bon personnel.

Marc-Etienne Deslauriers, président du comité de parents du Centre de services scolaire de Montréal

Dans les écoles du Centre de services scolaire de Montréal, les enseignants non qualifiés sont également encadrés par les équipes-écoles, ce qui rassure le président du comité de parents, Marc-Étienne Deslauriers.

Il y a un encadrement qui est prévu, les gens qui travaillent font partie d’une équipe-école. Il y a des directions d’école qui assurent la supervision du personnel. C’est réellement inquiétant de voir à quel point la situation est gravement empirée par le contexte actuel de pandémie, explique-t-il.

Le Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys offre une formation à distance en collaboration avec la TELUQ aux personnes non qualifiées. Elles peuvent suivre les cours du soir et de fin de semaine. C’est d'ailleurs ce qu’a décidé de faire Valérie Vallée pour devenir une véritable enseignante.

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