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Des pharmacies en Ontario et en Alberta offrent des tests de dépistage payants

Une infirmière tient un écouvillon.

Un prélèvement d'échantillon pour voyager coûte jusqu'à 200 $ en pharmacie.

Photo : AFP / Philippe Lopez

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les pharmacies Shoppers Drug Mart offrent désormais des tests de dépistage de la COVID-19 payants. L’entreprise dit proposer ce service aux voyageurs, mais des experts en santé s’inquiètent de la mise en place d’un système de dépistage à deux vitesses.

Depuis le 7 décembre, les pharmacies Shoppers Drug Mart, qui appartiennent au géant de l’alimentation Loblaws, offrent à leurs clients deux types de dépistage de la COVID-19. Le dépistage public, réservé aux personnes asymptomatiques qui correspondentaux critères de leur province est offert gratuitement. Une option de dépistage accéléré est aussi proposée aux voyageurs devant se rendre à l’étranger. La seconde option coûte 199 $ en Ontario, 150 $ en Alberta et pourrait bientôt être offerte en Colombie-Britannique.

Les résultats du dépistage public sont généralement disponibles dans les 3 à 7 jours suivant le test, selon le site Internet de Shoppers, alors que l’option payante garantit un résultat dans les 24 à 48 heures.

Une piétonne passe devant un commerce Shoppers Drug Mart.

Les tests de dépistage payants sont disponibles dans certaines pharmacies.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Kerry Bowman, professeur en bioéthique à l’Université de Toronto, qualifie ce nouveau service d’inquiétant. Selon lui, il est peu surprenant qu’une demande naisse pour ce type de service rapide. De plus en plus de pays vont sans doute demander une preuve que les voyageurs n’ont pas la COVID et un jour une preuve que les visiteurs ont été vaccinés, affirme le professeur.

Toutefois, il s’inquiète des possibles dérapages d’un tel programme. Cela peut introduire des injustices dans le cadre desquelles certaines personnes seront en mesure d’obtenir des résultats de test beaucoup plus rapidement que d’autres, avance le Dr Bowman.

Les résultats positifs comptabilisés, mais pas le nombre de tests

En Alberta, le ministère de la Santé affirme que les tests de dépistage effectués par des entreprises privées ne sont pas comptabilisés dans les statistiques provinciales. Toutefois, tout résultat positif doit être communiqué aux autorités de santé publique. La situation est la même en Ontario.

De plus, un porte-parole du ministère de la Santé ontarien affirme que seules les personnes qui ne peuvent faire un test gratuit peuvent obtenir un test payant.

Un porte-parole du ministère albertain assure également que les ressources utilisées par les entreprises qui vendent des tests ou qui les utilisent pour leurs propres employés ne prennent pas sur celles du système public et ne ralentissent pas l’accès aux tests gratuits.

Toutefois, Amélie Quesnel-Vallée, professeure en sociologie et épidémiologie à l’Université McGill, en doute.

Une femme dans un décor festif.

La professeure Amélie Quesnel-Vallée estime que les tests payants soulèvent plusieurs questions.

Photo : Radio-Canada

Selon elle, les systèmes de santé public et privé sont des vases communicants.

S’il y a de la capacité pour faire des tests et qu’on voit que le public peine à fournir ces tests est-ce qu’il n’y aurait pas lieu de dire : "Il faudrait mobiliser toute la société et le privé autant que le public pour fournir ces tests et non permettre aux gens qui ont les moyens de se le permettre de dépasser la queue", suggère-t-elle.

Le médecin Scott Kapoor, qui travaille dans plusieurs cliniques de la région de Toronto, s’inquiète aussi de la mobilisation d’équipements médicaux disponibles en quantité limitée par le secteur privé.

Un homme vêtu d'un sarau dans un bureau.

Dr Scott Kapoor affirme que les cliniques dans lesquelles il travaille dans la région de Toronto n'ont pas toujours l'équipement nécessaire pour procéder aux tests de dépistage.

Photo : Radio-Canada

Il affirme que certaines des cliniques où il travaille manquent parfois d’équipement, comme des écouvillons.

« Nous avons des quantités limitées d’équipement, alors conserver ces équipements pour des gens qui peuvent les payer est préoccupant. »

— Une citation de  Dr Scott Kapoor

Le professeur Kerry Bowman se questionne également sur le coût de ce service. Selon lui, la majorité des personnes qui voyagent en temps de pandémie le font pour des motifs urgents ou familiaux et ces frais additionnels pourraient empêcher certains d’entre eux d’effectuer des déplacements essentiels.

Le site Internet de Shoppers, qui propose le nouveau dépistage, s’adresse spécifiquement aux voyageurs. La compagnie affirme également vérifier l’admissibilité de chaque patient en demandant, entre autres, les détails d’un éventuel vol à titre de confirmation.

La direction affirme également que ces tests payants sont le résultat d’un partenariat avec les laboratoires LifeLabs en Ontario et le transporteur aérien Air Canada.

Air Canada offre par ailleurs des tests de dépistage directement à l’aéroport de Montréal.

Une personne tient dans ces mains un outil de dépistage pour tester la présence du coronavirus sur les voyageurs.

Les mesures sanitaires dans les aéroports se multiplient.

Photo : CBC

De plus, bien qu’Air Canada n’ait pas ajouté de vols spécifiquement pour la période des fêtes, la porte-parole du transporteur aérien, Pascale Déry, affirme que sur certains trajets, les appareils ont été remplacés pour permettre d’augmenter la capacité, ce qui laisse entendre qu’un nombre accru de voyageurs canadiens prévoit se rendre à l’étranger au cours des prochaines semaines.

« De nombreux pays exigent désormais un test de dépistage avant départ de la COVID-19 négatif, et nous sommes heureux de pouvoir faciliter ce processus pour nos clients. Les tests constituent selon nous un élément clé qui permettra la relance de l’industrie du transport aérien, en plus d'être une mesure importante pour rétablir en toute sécurité les déplacements dans le monde. »

— Une citation de  Pascale Déry, porte-parole d’Air Canada

Air Canada remarque également une hausse de l’intérêt des consommateurs pour les destinations soleil cet hiver. Les opérations sont toutefois loin d’approcher les niveaux atteints avant la pandémie.

Le transporteur a éliminé près de 20 000 postes depuis le début de la crise.

Selon la Dre Quesnel-Vallée, il n'y a pas lieu de célébrer ce retour de l'engouement pour le voyage. Elle rappelle que le gouvernement recommande toujours d'éviter tout déplacement non essentiel.

« Le fait qu’une compagnie comme Shoppers décide d’offrir ce service aux gens, je me dis qu’eux ont vu qu’il y a un marché plus grand. Dans ce cas-là, [...] des gens s'apprêtent à voyager pour des raisons non essentielles. »

— Une citation de  Amélie Quesnel-Vallée, professeure en sociologie et en épidémiologie à l'Université McGill

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