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La vente de Ciment McInnis critiquée par plusieurs intervenants gaspésiens

L'usine de Ciment McInnis à Port-Daniel-Gascons.

L'usine de Ciment McInnis est dorénavant détenue à 83 % par un conglomérat brésilien et à 17 % par la Caisse de dépôt et placement du Québec (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Le député de Bonaventure et le groupe écologiste Environnement Vert-Plus qualifient de « vente de feu » la transaction qui fait de Votorantim Cimentos l’actionnaire majoritaire de la cimenterie de Port-Daniel–Gascons.

C’est de l'antinationalisme économique, lance le député de Bonaventure Sylvain Roy pour décrire la transaction.

Sylvain Roy digère mal que 83 % des actions de l'entreprise soient maintenant la propriété de la société brésilienne Votorantim Cimentos.

Selon lui, l'État québécois aurait pu profiter de l'occasion pour établir un partenariat avec l'entreprise plutôt que de voir partir sa gouvernance vers Toronto.

L’État québécois est le plus gros acheteur de ciment au Québec, affirme Sylvain Roy. Je ne comprends pas qu'on n’ait pas réfléchi à un autre modèle d’affaires pour Ciment McInnis. Le ministère des Transports aurait pu être partenaire de Ciment McInnis pour s’approvisionner en ciment. Non, on a plutôt vendu ça à une entreprise qui se délecte déjà des investissements que l’État québécois va faire en infrastructures.

Le ministre Pierre Fitzgibbon a fait du saccage. La CAQ a toujours été contre le projet de Ciment McInnis et il vient de le prouver en donnant ça à une entreprise étrangère dont le siège social est à Toronto.

Une citation de :Sylvain Roy, député de Bonaventure
Sylvain Roy regarde au loin devant des arbres.

Le député de Bonaventure, Sylvain Roy

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Par ailleurs, Sylvain Roy s'inquiète du fait que les garanties pour le maintien des installations et des emplois se terminent en 2029.

Qu’est-ce qui va se passer après?, questionne le député. Est-ce que qu’on va rester avec une entreprise abandonnée et on va se ramasser avec le même scénario qu’à New Richmond, où nous avons été obligés collectivement de décontaminer?, craint M. Roy, faisant référence à l’ancienne cartonnerie Smurfit Stone.

Une catastrophe, selon Environnement Vert Plus

Le fait qu’on perde près d’un demi-milliard de dollars là-dedans, c’est assez catastrophique, affirme le porte-parole d’Environnement Vert Plus, Pascal Bergeron.

Ses propos font écho à ceux du ministre de l'Économie qui a affirmé jeudi qu'il est fort probable qu'Investissement Québec perde 472 millions de dollars dans l'aventure de la cimenterie gaspésienne.

En termes de pertes de fonds publics, ce qui s’est passé, c’est ce qu’on dit depuis le début, mentionne Pascal Bergeron. Ce projet-là est mal monté, il n’est pas passé par un processus d’évaluation environnementale publique qui aurait pu permettre de le bonifier. La cimenterie a de gros défauts de construction. Ce n’est pas pour rien que Votorantim n’a pas payé ça cher.

C’est un projet qui a été fait à la course et qui a tous les défauts d’un projet fait à la course. Il fuit.

Une citation de :Pascal Bergeron, porte-parole d’Environnement Vert Plus
Le porte-parole d'Environnement vert plus (EVP), Pascal Bergeron

Le porte-parole d'Environnement Vert Plus, Pascal Bergeron

Photo : Radio-Canada

Environnement Vert Plus demande à la nouvelle coentreprise de faire preuve de davantage de transparence que l'actionnariat précédent, notamment en divulguant les données de qualité de l'air prélevées à proximité de la cimenterie.

Le dossier de la Caisse de dépôt et placement du Québec en matière de transparence était très médiocre, affirme Pascal Bergeron. Celui de Votorantim, on ne le connaît pas, mais on sait que c’est une entreprise qui a une grosse amende à payer au Brésil, 700 millions de dollars canadiens, pour avoir mené un cartel du ciment là-bas.

Gaétan Lelièvre déçu de la tournure des événements

C’est sûr que c’est décevant, on perd un siège social au Québec, affirme l'ex-député de Gaspé, Gaétan Lelièvre.

Ce dernier était ministre délégué aux Régions et ministre responsable de la Gaspésie lorsque le gouvernement minoritaire de Pauline Marois a donné l'aval au projet de cimenterie en 2014.

C’est un dossier qu’on avait mis en place, qui ne faisait pas l’unanimité, j’en conviens, mais c’est quand même le plus gros investissement de l’histoire de la Gaspésie, rappelle Gaétan Lelièvre.

Selon lui, le projet s'appuyait sur des conditions gagnantes au départ, mais a déraillé en cours de route.

Il y a eu certains manques dans le projet, dans la réalisation de la construction, de nombreuses directions se sont succédé soutient M. Lelièvre. Il y a eu plusieurs lacunes, quant à moi, dans la surveillance du chantier de construction.

Le ministre responsable de la Gaspésie et des Îles, Gaétan Lelièvre

Gaétan Lelièvre était ministre délégué aux Régions de 2012 à 2014.

Photo : Radio-Canada / CBC

L’ex-député ne regrette toutefois pas d’avoir contribué à la concrétisation du projet de la cimenterie.

Je ne reprocherai jamais à ma première ministre de l’époque, Mme Marois, d’avoir cru en son projet. On avait la volonté d’aider la Gaspésie, affirme Gaétan Lelièvre.

Toutefois, l’ex-politicien admet aujourd’hui que ce projet ne cadrait pas totalement avec sa vision personnelle du développement de la Gaspésie, mais qu’il l’a défendu bec et ongles, parce qu’il sentait un très large consensus de la population en faveur du projet.

Ciment McInnis a été le projet qui a amené le plus grand déchirement dans ma position comme individu, versus mon rôle de député et de ministre régional.

Une citation de :Gaétan Lelièvre, ex-député de Gaspé et ex-ministre péquiste

C’est clair que quand on entend des chiffres indiquant qu’on allait être le plus grand producteur de gaz à effet de serre au Québec, ça nous interpelle de façon très sérieuse dans nos valeurs et notre perception du développement de la région, explique Gaétan Lelièvre. Mais quand tu es en politique, jusqu’à un certain point, tu dois distinguer ta volonté et ta vision comme individu du bien commun de la population que tu représentes.

J’ai choisi de me faire une certaine carapace, il ne faut pas se le cacher, et de défendre ce projet-là, qui faisait un large consensus dans ma région, selon mon évaluation à l’époque, affirme M. Lelièvre, qui rappelle que Rocher-Percé était la deuxième MRC la plus dévitalisée au Québec en 2014.

Moins alarmant qu’on pense, selon un expert

Yan Cimon, professeur titulaire en stratégie à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval, se montre rassurant quant à la vente de Ciment McInnis.

Il rappelle que ce type de transaction se produit un peu partout dans le monde.

Dans ce cas-ci, la transaction est intéressante dans le sens où on voit qu’un gros joueur étranger de l’industrie s’est intéressé à un actif sur le sol québécois. Ça montre que [l’usine de Ciment McInnis] a une valeur importante, note-t-il.

M. Cimon estime que la présence de la Caisse de dépôt et de placements du Québec, qui reste actionnaire, permettra de garder une certaine stabilité dans le transfert de mains.

Ça veut aussi dire que la Caisse a encore espoir de récupérer une partie de l’argent qu’elle a investi, voire d’avoir un rendement à son investissement.

Une citation de :Yan Cimon, professeur à la faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval

Comme Votorantim Cimentos s’est engagée à consolider la cimenterie de Port-Daniel-Gascons au moins jusqu’en 2029, Yan Cimon considère cette transaction comme une bonne nouvelle, à la fois pour la région et les employés.

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