•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Feu vert jusqu'en septembre pour le centre de prévention des surdoses

Amélie Roy-Ayotte et Amélie Lechasseur se tiennent devant des tables. Sur ces tables se trouvent des bacs de récupération des seringues souillées.

Ariane Roy-Ayotte, la directrice adjointe de IRIS Estrie, et Amélie Lechasseur, l'intervenante responsable du centre de prévention des surdoses, espèrent éventuellement obtenir le droit d'ouvrir de façon permanente.

Photo : Radio-Canada / Emy Lafortune

Emy Lafortune

Ouvert en août dernier, le Centre de prévention des surdoses de Sherbrooke, qui est géré par l’organisme IRIS Estrie, avait reçu l'autorisation d'accueillir des usagers jusqu'à la fin de décembre 2020. Il a récemment obtenu le feu vert et le financement de la Santé publique de l'Estrie pour continuer ses activités jusqu'en septembre 2021.

Au centre, les usagers se voient offrir gratuitement des seringues propres et d'autres matériels d'injection. Ils trouvent aussi un lieu sécuritaire pour consommer, où des intervenants peuvent les aider à adopter des pratiques qui réduisent les risques d'infection ou intervenir en cas d’intoxication.

L'objectif est de réduire les surdoses, [...]et également leur donner les moyens de pouvoir intervenir pour eux ou pour des proches avec de la Naloxone, le remède temporaire pour faire revenir une personne d’une surdose, explique Ariane Roy-Ayotte, la directrice par intérim d'IRIS Estrie.

IRIS distribuait déjà de 40 000 à 50 000 seringues par an dans la région. Les besoins sont cependant devenus particulièrement criants depuis le début de la pandémie, note Amélie Lechasseur, l'intervenante responsable du centre de prévention des surdoses.

Les frontières sont fermées, la drogue est vraiment mélangée avec plein de choses, qui créent des cocktails explosifs dangereux pour le système nerveux, et les gens sont moins entourés de ressources.

Une citation de :Amélie Lechasseur, l'intervenante responsable du centre de prévention des surdoses.

Le centre accueille jusqu’à 10 personnes par jour, et une demande a été faite à Santé Canada pour obtenir l'autorisation de rester ouvert en permanence.

C’est le fun des projets comme ça[...], mais quand c'est temporaire, on répond un certain temps et après on laisse les gens sans ressource, démunis. On veut vraiment que ce projet-là perdure dans le temps, avec une enveloppe récurrente, souligne Ariane Roy-Ayotte.

Le centre a d’ailleurs déjà pu observer les répercussions d’une fermeture. À ses débuts, il a été obligé de fermer ses portes pendant trois semaines après que la compagnie d’assurance d’IRIS eut refusé de couvrir ce genre de services.

La direction a fini par trouver un nouvel assureur, mais beaucoup de travail a été nécessaire pour regagner la confiance des usagers et les faire revenir après la réouverture.

J’ai tout le reste de ma vie

Un des usagers d'IRIS, fils d'une mère qui était elle aussi toxicomane, affirme que le centre lui a donné la force d'aller chercher de l'aide et d'arrêter de consommer après presque 20 ans à le faire.

À la place de consommer en dessous d'un pont, ou dans un appartement abandonné, ou dans la rue [...] j'ai trouvé que ça serait une bonne idée d’aller au centre, car j'étais un consommateur seul, se souvient-il.

Il ne ressentait aucun jugement de la part des intervenants, ce qui l'a beaucoup aidé, explique-t-il.

Le monde [du centre de prévention des surdoses] m’aimait que je sois gelé ou que je sois sobre, donc c’était un choix que je devais faire moi-même

Une citation de :Un usager d'IRIS Estrie

Avec ça, j’ai tout le reste de ma vie, conclut-il.

Le lieu n'a cependant pas comme but premier d'inciter les gens à arrêter de consommer.

Nous on n'est pas dans l'abstinence, on est vraiment en réduction des méfaits, ce qui fait qu'on va aller diminuer les conséquences d'un comportement à risque, remarque Amélie Lechasseur.

Si quelqu'un a envie d'arrêter de consommer, il n'y a aucun problème, on l'accompagne dans son cheminement, on va le motiver, c'est bien certain. Par contre, on ne va jamais aller juger la consommation de quelqu'un, parce que dans la vie, quand on veut arrêter de consommer, il faut être motivé par soi-même, ajoute-t-elle.

Une approche qui a fait ses preuves

Cette idée de réduction des méfaits a fait ses preuves, soutient Julie Christine Cotton, professeure adjointe à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke dans le programme de toxicomanie.

Elle voit le prolongement de l’ouverture du Centre de prévention des surdoses d’un très bon œil.

À Vancouver, il y a une étude qui a démontré que dans un rayon à proximité de l’organisme Insite [un centre de prévention] , il y avait une diminution de 35 % des surdoses, remarque-t-elle.

Elle avance aussi que des chercheurs de nombreux pays ont remarqué d'autres bienfaits liés à ce genre de services.

Ils ont vraiment observé des résultats intéressants pas juste au niveau de la diminution des surdoses, mais aussi la diminution des surdoses mortelles, et de façon indirecte du VIH, des ITSS [infections transmissibles sexuellement et par le sang] et de l'hépatite C, donc c'est quand même des effets bien documentés.

Le CIUSSS de l'Estrie-CHUS note environ 40 visites à l'urgence par mois sur son territoire pour des intoxications potentiellement liées aux opioïdes.

Son porte-parole indique que plus de 30 000 $ a été accordé à IRIS pour son centre de prévention des surdoses, et qu’un autre montant de près de 18 000 $ sera disponible de janvier à mars 2021. La somme qui sera remise de mars à septembre prochain reste encore à déterminer.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !