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COVID-19 : 68 % des emplois perdus par des femmes au Québec

La pandémie de COVID-19 a creusé les inégalités entre les femmes et les hommes, notamment en matière d'emploi.

Une femme avec son bébé dans les bras tandis qu'elle travaille sur un ordinateur.

La conciliation travail-famille peut être difficile pour les femmes en période de pandémie.

Photo : iStock

Un rapport de l'Observatoire québécois des inégalités (OQI) et de l'Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) sonne l'alarme : le gouvernement est préoccupé par une diminution importante de l'emploi féminin.

D'octobre 2019 à octobre 2020, 68 % des emplois perdus au Québec étaient occupés par des femmes, selon le ministère du Travail.

Il s'agit du double des pertes d'emplois chez les hommes. La plupart de ces femmes ont été touchées par des licenciements massifs dans les secteurs de la restauration, du tourisme ou encore dans le milieu culturel.

Le ministre du Travail Jean Boulet lance donc un appel aux femmes pour qu'elles réintègrent le marché du travail, mais aussi aux employeurs pour qu'ils mettent en place des conditions de travail qui favorisent leur rétention.

Les femmes plus affectées par la crise

La première vague du coronavirus a entraîné de graves conséquences sur la qualité de vie des femmes. Leur précarité sociale s'est considérablement accentuée. Elles étaient plus nombreuses que les hommes à devoir faire du télétravail et des heures supplémentaires tout en accomplissant les tâches familiales.

Les responsabilités étaient plus importantes en raison du confinement et de la fermeture des écoles et des garderies.

Celles qui travaillaient toujours et qui n'ont pas perdu leur emploi devaient quand même arriver à atteindre leurs objectifs au travail tout en cumulant l'ensemble de ces stresseurs-là. La charge mentale était extrêmement élevée. Les emplois sont donc affectés sous de nombreux aspects, affirme Marianne Dessureault, de l'Association pour la santé publique du Québec.

Parce qu'elles n'arrivaient pas à tout concilier, certaines femmes se sont même résignées à quitter leur emploi. Une réalité particulièrement ressentie dans le secteur manufacturier. Avant la crise, environ 27 % des employés de ce secteur étaient des femmes.

C'est vraiment à partir du moment où il y a eu le confinement qu'on a vu le nombre de femmes diminuer. Il y a plusieurs femmes qui ne sont pas revenues au travail après qu'une partie du secteur manufacturier a fermé au printemps, constate Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers & Exportateurs du Québec.

Elle soutient que l'emploi féminin dans le secteur manufacturier a reculé de 20 %, alors que l'emploi masculin a bondi de 7 %, d'après des données fournies en octobre.

C'est clair que ça nous préoccupe beaucoup. Le secteur manufacturier connaissait une pénurie de main-d’œuvre avant la crise et c'est toujours vrai. On a encore de la difficulté à trouver les travailleurs dont on a besoin. C'est difficile pour nous de se priver de ce bassin de travailleurs là, poursuit Mme Proulx.

Cette donnée inquiète aussi sérieusement le ministre du Travail Jean Boulet. Il faut aider ces femmes-là à se requalifier. Les femmes, c'est un potentiel immense dans un contexte de relance économique.

Il les invite à s'inscrire rapidement au Programme d'aide à la relance avec de la formation (PARAF) lancé récemment. Ce programme vise à offrir des formations aux gens qui voudraient rehausser leurs compétences ou se requalifier.

Selon M. Boulet, plusieurs secteurs d'emploi sont en effervescence, comme la construction, les technologies de l'information, les communications, le transport, la santé et l'éducation.

Des infirmières discutent.

Très présentes dans le secteur de la santé, les femmes ont été surexposées au risque d'infection de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

De la responsabilité des employeurs et du gouvernement

Je fais aussi un appel parallèle aux employeurs : soyez ouverts, faites preuve de flexibilité, réalisez l'importance de ce potentiel-là, énorme pour répondre à vos besoins! Il y a énormément de place pour les femmes et il y a une demande extrêmement urgente pour nous aider à faire une relance prospère et inclusive.

Véronique Proulx lance elle aussi un appel : On dit aux femmes, il y a une place pour vous! Et surtout pour celles qui ont perdu leur emploi. Il faut juste qu'on réussisse à faire connaître les opportunités qui existent.

Tous conviennent cependant que la conciliation travail-famille sera essentielle. Le rapport de l'OQI et de l'ASPQ (Nouvelle fenêtre) démontre que 51 % des femmes ont trouvé difficile de concilier leur vie personnelle et familiale avec le travail et/ou les études.

Selon Mme Dessureault, de l’ASPQ, le gouvernement a une part de responsabilité pour faciliter cette conciliation, notamment en facilitant l'accès aux services de garde et en mettant en place des mesures pour la réussite scolaire des enfants.

Dans l'éventualité d'un autre confinement, les experts jugent qu'il est aussi crucial de mettre en place des mesures d'accommodement pour les parents qui ont des enfants confinés.

Mme Dessureault ajoute que le gouvernement doit aussi s'assurer, lorsqu'il met en place des politiques, de ne pas créer ou accentuer des inégalités pour les femmes et les minorités.

Quand on adopte des lois, il faut mettre des lunettes qui permettent de mieux analyser les impacts pour s'assurer que ça ne viendra pas davantage exclure les femmes ou d'autres groupes plus vulnérables.

Une citation de :Marianne Dessureault, de l'Association pour la santé publique du Québec.

La pandémie a vulnérabilisé les femmes

La diminution du revenu ou les pertes d'emploi font partie des facteurs ayant contribué à dégrader la santé mentale des femmes dans les neuf derniers mois.

Le rapport de l'OQI et de l'ASPQ indique que près d'une femme sur cinq s'est sentie plus déprimée et anxieuse depuis le mois de mars. Environ 65 % des participantes à l'étude des deux organismes affirment que leur niveau de stress a augmenté.

Le rapport lève aussi un drapeau rouge au sujet de l'augmentation de situations de violence et d'exploitation. Deux fois plus de jeunes femmes âgées de 18 à 34 ans se disent victimes de violence physique ou verbale depuis le début de la pandémie.

La situation d'urgence sanitaire a engendré d'autres conséquences disproportionnées sur la santé des femmes. Comme elles sont prédominantes dans le secteur de la santé, elles ont subi une surexposition au risque d'infection de la COVID-19. Elles étaient donc plus nombreuses que les hommes à contracter la maladie.

Environ 1500 femmes ont été interrogées dans le cadre de l'étude de l'OQI et de l'ASPQ.

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