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Transport en commun : Ottawa dit attendre le plan d'affaires de Caroline Mulroney

Les ministres Caroline Mulroney et Catherine McKenna.

Les ministres Caroline Mulroney et Catherine McKenna.

Photo : Colin Roch

La ministre des Transports de l’Ontario, Caroline Mulroney, continue de faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il finance quatre grands projets de transports en commun, mais Ottawa fait la sourde oreille pour l'instant.

Le gouvernement Ford n'a toujours pas soumis de plan d'affaires ni démontré qu'il y aurait une rentabilité de l'investissement si Ottawa devait verser 40 % du financement pour les nouvelles lignes de métro et de train léger à Toronto, rétorque la ministre de l’Infrastructure Catherine McKenna dans un courriel à Radio-Canada.

Nous devons être attentifs à l'argent des contribuables. Il est donc essentiel que nous voyions le plan d’affaires et l’analyse de rentabilité de la province de l’Ontario dès que possible.

Une citation de :Catherine McKenna, ministre de l’Infrastructure

Le plan ambitieux doit coûter 28,5 milliards de dollars. 40 % représente la juste part du gouvernement fédéral, répète Caroline Mulroney depuis que le projet a été annoncé en 2019.

Son nouvel argument : Ottawa peut puiser dans l'enveloppe qui peut aller jusqu'à 100 milliards de dollars annoncée dans l'énoncé économique de novembre. L'Ontario a besoin de grands projets d'infrastructures, dit-elle, pour se sortir du marasme économique causé par la COVID-19.

Photo de lignes de différentes couleurs montrant sur une carte les nouvelles lignes de transport en commun projetées et les lignes existantes.

La carte des nouvelles lignes projetées par le gouvernement Ford

Photo : Radio-Canada

C'est un projet d'envergure nationale et historique, lance-t-elle en entrevue avec Radio-Canada. La fameuse Downtown Relief Line, la nouvelle ligne de métro prévue pour le centre-ville et rebaptisée la ligne Ontario, a été envisagée à maintes reprises dans les dernières décennies.

De plus, le temps presse. À Scarborough par exemple, le métro léger devra être mis hors service en raison de sa désuétude avant que la ligne ne puisse être remplacée par l'extension du métro, confirmait le maire John Tory la semaine dernière.

On est au même stade de développement du plan d'affaires que d'autres projets qui ont été financés à ce stade, ajoute la ministre Mulroney, qui cite en exemple le REM et la ligne bleue à Montréal et le SkyTrain de Vancouver.

Le gouvernement fédéral pourrait rétorquer qu'on parle du prolongement de la ligne bleue depuis plus longtemps et que la structure de financement du REM n'est pas comparable. Mais surtout, le projet avancé par le gouvernement Ford a essuyé des critiques, y compris des troupes de Justin Trudeau.

La ligne Ontario est un gribouillage sur une carte. Aucune estimation de coûts, aucune étude et aucun espoir d'être construite, avait lancé le député fédéral de Spadina–Fort York, Adam Vaughan, en juillet 2019. Le tracé doit traverser sa circonscription.

Une saga qui ne finit plus

L'expansion du transport en commun est une saga sans fin depuis plus de 15 ans (certains diront depuis toujours) dans le Grand Toronto. Plus d'une dizaine de projets de métro, de train léger, d'autobus et de tramways ont été proposés puis annulés par la Ville ou la province.

Au lendemain de son élection en 2010, le défunt maire Rob Ford avait annulé le projet d'expansion du réseau de train léger de son prédécesseur, David Miller. Doug Ford a décidé, comme son frère, d'enfouir des tronçons initialement prévus en surface.

Ce va-et-vient constant entre la Ville et la province a peut-être fait en sorte que le gouvernement Trudeau n'est pas convaincu qu'il investirait dans quelque chose de bien ficelé, souligne le politologue Peter Graefe.

Il y a beaucoup de gens dans le Parti libéral à Ottawa qui faisaient partie du gouvernement libéral de Dalton McGuinty, qui appuyait le plan du maire Miller. Ils y voient peut-être une occasion de limiter à leur tour les ambitions du clan Ford.

Caroline Mulroney croit-elle qu'Ottawa joue un jeu politique? C'est une question à poser au gouvernement fédéral, répond la ministre. Pour nous, c'est une question d'avancer des grands projets d'infrastructure.

En campagne électorale, Justin Trudeau a octroyé plus d'un milliard de dollars pour le transport en commun à Toronto, mais cette enveloppe sert déjà ailleurs, comme à la rénovation de la station de métro Bloor-Yonge. La Ville a aussi d'autres projets de transport en commun dans sa mire, dont la ligne Eglinton Est.

Peut-être qu'Ottawa a des doutes par rapport au sérieux des projets que Doug Ford met de l'avant et qu'ils vont décider de financer des projets de la Ville à la place, dit Peter Graefe.

L'achalandage dans les transports en commun, à Toronto comme ailleurs, est aussi en chute libre depuis le début de la pandémie. Le fédéral y voit peut-être une priorité moins pressante à court terme.

Réclamé par les maires

Mercredi dernier, les quatre maires de la région de York ont écrit à Justin Trudeau pour l'exhorter à donner son feu vert au prolongement de la ligne de métro Yonge vers la banlieue nord de Toronto, l'un des quatre projets du gouvernement Ford. Ils soulignent que 85 % des résidents de York appuient le projet et veulent qu'Ottawa augmente ou égalise la contribution provinciale, selon un récent sondage de la firme Abacus Data.

Si ce projet devait être approuvé, c'est que la région de York est riche en circonscriptions pour les libéraux. La Ville de Toronto n'y tient pas particulièrement, car le projet risque d'engorger davantage la ligne Yonge-University et ne profiter qu'aux banlieusards. Le conseil municipal a toutefois donné son aval au projet de la ligne Ontario.

En attendant, Mme Mulroney continue d'avancer et reste optimiste.

Depuis l'été, Infrastructure Ontario a publié plusieurs appels de sélection préalable en vue de lancer des appels d'offres pour des contrats en partenariat public-privé (PPP) pour le projet de la ligne Ontario. Ce processus préliminaire peut prendre entre 12 et 18 mois. Les appels d'offres, encore plus.

Mais sans l'appui d'Ottawa, la province devra soit financer l'entièreté des projets, soit les abandonner.

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