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Ottawa présente un plan climatique renforcé assorti d'investissements de 15 G$

Un drapeau canadien avec, en arrière-plan, de la fumée qui sort d'une cheminée.

Ottawa vise en ce moment à réduire ses émissions de GES de 30 % sous les niveaux de 2005 d'ici 2030. En 2018, il n'avait réussi à les faire baisser que de 0,1 %.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Anaïs Brasier

Ottawa a présenté vendredi un « plan climatique renforcé », assorti d'investissements initiaux de 15 milliards de dollars en vue de dépasser la cible de réduction des gaz à effet de serre (GES) à l'horizon 2030, que le gouvernement Harper a fixée il y a plus de cinq ans.

La nouvelle cible de réduction des GES devrait se situer entre 32 % à 40 % sous les niveaux de 2005 d'ici 2030, contre 30 % à l'heure actuelle, a indiqué sans plus de précisions le premier ministre Justin Trudeau lors d'une conférence de presse à Ottawa.

Le gouvernement Trudeau entend y parvenir notamment en augmentant la taxe fédérale sur le carbone, qui doit atteindre 50 $ par tonne de GES en 2022. Il propose maintenant de l'augmenter de 15 $ par an jusqu'à atteindre 170 $ la tonne en 2030, tout en admettant que des élections auront lieu d'ici là.

J’ai toujours dit qu’il allait y avoir des élections avant d’augmenter le prix sur le carbone en 2023, et évidemment [avec] un gouvernement minoritaire, on peut très bien comprendre qu’il va y avoir des élections avant.

Une citation de :Justin Trudeau, premier ministre du Canada

C’est une proposition fédérale, a pour sa part déclaré le ministre de l'Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson. Bien sûr, nous allons discuter avec les provinces et les territoires [au cours] des prochaines semaines, des prochains mois.

En août 2019, Catherine McKenna, qui était alors ministre fédérale de l'Environnement, a pourtant déclaré que le gouvernement déciderait du montant de la taxe sur le carbone après 2022 à la suite d'une négociation avec les provinces et les territoires.

Jusqu'à nouvel ordre, cette taxe s'applique uniquement dans les provinces qui n'ont pas de plan de réduction des GES ferme, ce qui n'est pas le cas du Québec. M. Trudeau a d'ailleurs indiqué qu'il n'entend toujours pas changer d'idée à ce sujet.

On n'a pas besoin d’imposer quoi que ce soit au Québec, parce que le leadership du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques est bien compris, bien évident et continuera pour bien des années à venir, a-t-il dit.

Parmi les 15 milliards d'investissements annoncés, Ottawa prévoit d'en consacrer plus de six à des efforts de réduction de gaspillage d'énergie. Cela inclut :

  • 1,5 G$ sur trois ans pour la construction de bâtiments écologiques et inclusifs, dont 150 M$ seront réservés à des projets à l'intention des communautés autochtones;
  • 2,6 G$ sur sept ans pour améliorer l'efficacité énergétique d'habitations, par l'entremise notamment de subventions pouvant aller jusqu'à 5000 $;
  • 2 G$ pour financer la rénovation de bâtiments commerciaux.

Il vise aussi une décarbonisation graduelle du secteur industriel, qui passera entre autres par des investissements faits par l'entremise d'un fonds d'accélération de la carboneutralité (3 G$ sur cinq ans) et d'un fonds pour les combustibles à faible teneur en carbone et à émissions nulles (1,5 G$).

Le reste du plan s'articule autour d'une offre accrue de transport et d'électricité propres ainsi que l'assainissement de l'environnement. Cette dernière mesure répond à l'engagement électoral du Parti libéral de planter deux milliards d'arbres, grâce à un investissement de 3,16 G$ étalé sur dix ans.

Ces mesures pourraient permettre de réduire davantage les émissions d’au moins 85 millions de tonnes par rapport aux réductions engendrées par la mise en œuvre du Cadre pancanadien, ce qui représenterait une diminution de 32 % à 40 % par rapport au niveau de 2005 en 2030.

Une citation de :Extrait du plan d'action dévoilé vendredi par le gouvernement Trudeau

Cinquième anniversaire de l'Accord de Paris

En vertu des cibles établies par le gouvernement conservateur de Stephen Harper en vue de l’Accord de Paris, qui fêtera samedi son cinquième anniversaire, le Canada vise en ce moment à réduire ses émissions de GES de 30 % sous les niveaux de 2005 d'ici 2030.

Élu tout juste avant cet accord, le gouvernement libéral de Justin Trudeau n’a jamais modifié cette cible. Pendant la dernière campagne électorale, il s’est cependant engagé à la dépasser, puis à faire du Canada un pays carboneutre d’ici 2050.

Il y a trois semaines, le ministre Wilkinson a d’ailleurs déposé un projet de loi prévoyant que le gouvernement fédéral se fixe des cibles nationales de réduction des émissions de GES au Canada pour 2030, 2035, 2040 et 2045 afin d'atteindre cette carboneutralité.

Le Canada est loin d’être en voie d'atteindre ses cibles actuelles de réduction des GES. Entre 2005 et 2018, les émissions n’ont diminué que de 0,1 % à l’échelle du pays, selon les plus récentes données officielles qu’il a fournies à l’ONU.

On a aussi depuis quelques années perdu un peu de terrain à cause de décisions prises par certaines provinces pour réduire leurs mesures pour lutter contre les changements climatiques et on a dû se rattraper. Mais on a maintenant un plan concret qui ne fait pas qu’atteindre nos cibles de 2030, mais va les dépasser.

Une citation de :Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Afin d’améliorer ce bilan, le gouvernement Trudeau a imposé en 2019 une tarification du carbone dans les provinces qui n'avaient pas de plan de réduction des GES.

Cette tarification prend la forme d’une redevance sur les combustibles pour les producteurs et les distributeurs, dont le prix est appelé à être modulé. Le tout est refilé aux consommateurs, qui sont cependant en partie remboursés par Ottawa.

Le gouvernement Trudeau souhaite d'ailleurs que les remboursements aux Canadiens touchés par la taxe soient versés chaque trimestre dès 2022, plutôt qu'une fois par an, comme c'est le cas en ce moment.

Dans un rapport publié il y a deux mois, le directeur parlementaire du budget estimait que la taxe devrait passer à 117 $ la tonne d'ici 2030 pour toutes les industries si le Canada voulait atteindre sa cible.

Cela supposait cependant que la redevance s'applique à toutes les provinces après 2022, et qu’elle soit la seule mesure utilisée pour atteindre les objectifs d'émissions fixés par Ottawa.

Les conservateurs dans la poche

M. O'Toole pose une question à la Chambre des communes.

Erin O’Toole, chef du Parti conservateur du Canada, a déjà confirmé que ses troupes voteront en faveur du projet de loi C-12.

Même si les moyens diffèrent, les conservateurs ont en tête le même objectif : que le Canada soit carboneutre en 2050.

On doit avoir des politiques claires aussi pour réduire les gaz à effet de serre, et c'est pourquoi nous appuyons le projet de loi C-12 sur la réduction de gaz à effet de serre. C’est un grand plan pour notre pays. C'est une priorité pour moi, a déclaré M. O'Toole.

Le chef conservateur a aussi été questionné sur son plan environnemental lors d'une séance virtuelle de questions vendredi. Il a promis que son parti présenterait des politiques claires sur l'environnement d'ici la prochaine élection.

Entre enthousiasme et insatisfaction parmi les groupes environnementaux

Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada, a salué le plan sérieux présenté par le gouvernement Trudeau, mais soutient tout de même qu'il doit en faire beaucoup plus à l'avenir.

L'augmentation proposée du prix sur le carbone est une mesure audacieuse permettant d’appliquer le principe de pollueur-payeur, qui est un élément essentiel d’un plan climatique, au même titre que des réglementations strictes et des investissements dans les énergies propres, écrit-il dans un communiqué.

Le Canada devra en faire beaucoup plus pour respecter la science du climat et décarboniser entièrement l’économie de manière à réellement protéger notre société et les écosystèmes. Le Canada ne peut pas continuer à prétendre pouvoir résoudre la crise climatique tout en augmentant sa production de pétrole et de gaz.

Une citation de :Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada

Nous attendons encore le plan qui démontrera comment le fédéral accélérera la nécessaire et inévitable transition des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables, tout en créant des emplois verts et en garantissant un traitement équitable pour les travailleurs, les travailleuses et les communautés qui dépendent des hydrocarbures, ajoute-t-il.

L'organisme environnemental Équiterre indique pour sa part qu'il accueille favorablement les resserrements réglementaires prévus au nouveau plan climat du gouvernement fédéral, mais soutient qu'Ottawa doit se doter d'une cible de réduction des GES encore plus ambitieuse pour affronter la crise climatique.

Est-ce que cette fois-ci sera la bonne? Atteindrons-nous enfin nos objectifs? On l’espère!, affirme son directeur des relations gouvernementales, Marc-André Viau, dans un communiqué.

Mais l’Union européenne vient de dévoiler sa nouvelle cible d'au moins 55 % de réduction des GES d'ici à 2030 par rapport au niveau de 1990, observe-t-il. Nous faisons des progrès dans le scénario actuel, mais ce dernier n’est pas adapté à l’urgence climatique.

Malheureusement, à un moment où d’autres économies mettent un terme à l’expansion des investissements dans les énergies fossiles, ce plan ne change pas le fait que les gouvernements canadiens continuent d’investir dans les fossiles, soumettant les travailleurs et travailleuses et notre économie à la volatilité toujours croissante des marchés pétrolier et gazier, ajoute de son côté le Réseau action climat Canada.

Des précisions qui se dessineront avec le temps

Steven Guilbeault est assis à une table les mains jointes pendant une conférence de presse.

Steven Guilbeault est ministre du Patrimoine canadien, mais a auparavant cofondé l'organisme environnement Équiterre qu'il a dirigé de 2008 à 2018.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Face à certaines critiques voulant que les cibles ne soient pas assez définies, le ministre du Patrimoine et ancien directeur de l’organisme Équiterre, Steven Guilbeault, explique que la fourchette de réduction des GES, qui est de 32 % à 40 % sous les niveaux de 2005, se précisera dans les mois et les années à venir.

C’est difficile de prévoir quelles seront les réductions d’émissions. Nous allons investir des dizaines de milliards de dollars dans le transport collectif. Avant de savoir exactement quels seront les projets précis – des autobus électriques, des voies réservées, un métro, un train électrique de type REM comme à Montréal – on peut difficilement définir quelle sera la réduction de la pollution.

Steven Guilbeault assure aussi que c’est une cible très ambitieuse pour un pays qui est un des plus grands producteurs de pétrole au monde et où pendant 10 ans au niveau fédéral il n’y a eu aucune action en matière de lutte aux changements climatiques, en faisant référence aux années au pouvoir de Stephen Harper.

On a dû tout repartir de la machine de lutte aux changements climatiques lorsque nous sommes arrivés en 2015, donc c’est normal que nous soyons en mode rattrapage.

Une citation de :Steven Guilbeault, ministre du Patrimoine

Le ministre précise enfin qu’il s’agit pour l’instant d’un plan fédéral, et non d'un plan national. Pour que cela devienne un plan national, le gouvernement doit d’abord en discuter avec les provinces, les territoires et les Premières Nations.

Justement, au chapitre des gouvernements locaux, la Fédération canadienne des municipalités voit le plan libéral d’un bon œil.

Nous nous réjouissons de l’engagement pour un financement permanent en transports collectifs, de même que des nouveaux investissements pour accélérer l’adoption de véhicules zéro émission, déclare son président, Garth Frizzell.

Les nouveaux fonds alloués aux rénovations écoénergétiques d’édifices communautaires et l’engagement à travailler avec les municipalités pour développer la toute première stratégie nationale d’adaptation sont également bienvenus.

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